« Mickey Mouse » dans les écoles : plus d’asthme en rapport ?

lundi 10 septembre 2012 par Dr Cécilia Nocent908 visites

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« Mickey Mouse » dans les écoles : plus d’asthme en rapport ?

« Mickey Mouse » dans les écoles : plus d’asthme en rapport ?

lundi 10 septembre 2012, par Dr Cécilia Nocent

Allergènes dans les écoles urbaines et les maisons d’enfants asthmatiques : Permaul, P., Hoffman, E., Fu, C., Sheehan, W., Baxi, S., Gaffin, J., Lane, J., Bailey, A., King, E., Chapman, M., Gold, D. and Phipatanakul, W. (2012),

Allergens in urban schools and homes of children with asthma.

dans Pediatric Allergy and Immunology, 23 : 543–549. doi : 10.1111/j.1399-3038.2012.01327.x

- Contexte :

  • Beaucoup d’études sur les allergènes intérieurs se sont intéressées à l’environnement de la maison.
  • Cependant, l’école représente un lieu d’exposition allergénique important pour les enfants asthmatiques.
  • Les auteurs comparent l’exposition allergénique à l’école à l’exposition allergénique à domicile dans une cohorte d’enfants asthmatiques.
  • Ils recherchent une corrélation entre la poussière déposée et le niveau des allergènes aéroportés dans les classes.

- Méthodes :

  • Des échantillons de poussière déposée et d’air intérieur issus de 12 écoles urbaines ont été analysés pour les allergènes intérieurs en utilisant une technique multiplex array (MARIA).
  • Les échantillons venant des écoles étaient reliés aux étudiants asthmatiques entrés dans l’étude SICAS.
  • Les échantillons de poussière déposée venant des chambres d’étudiants étaient analysées de la même manière.

- Résultats :

  • Dans les écoles 229 prélèvements de poussière déposée et 197 prélèvements d’air ont été obtenus.
  • 118 prélèvements de poussière ont été obtenus venant des domiciles.
  • Une analyse par régression linéaire a montré un taux significativement plus élevé dans la poussière déposée d’allergènes de souris, de chat et de chien dans les prélèvements venant d’écoles que dans ceux venant des domiciles ( 545% plus de Mus m1, différence absolue estimée : 0,55 μg/g, p<0,0001 ; 198% plus de Fel d1, différence absolue estimée : 0,13 μg/g, p=0,0033 ; 144% plus de Can f1, différence estimée absolue : 0,05 μg/g, p=0,0008).
  • Le niveau d’allergènes de souris (Mus m1) dans l’air et dans la poussière déposée des classes étaient modérément corrélées (r : 0,48 ; p<0,0001).
  • Dans les écoles et les domiciles, les allergènes de cafard et d’acariens étaient indétectables ou retrouvés à des taux très faibles.

- Conclusion :

  • Les niveaux d’allergènes de souris détectés dans les écoles sont conséquents.
  • En général, les niveaux d’allergènes de chats et de chiens sont bas mais détectables sauf dans les écoles.
  • La présence d’allergènes de souris en aérosol dans les classes pourrait représenter une exposition significative chez les étudiants.
  • D’autres études sont nécessaires pour évaluer l’effet de l’exposition aux allergènes intérieurs dans les écoles sur la morbidité en rapport avec l’asthme chez les étudiants asthmatiques.

Cette étude américaine s’intéresse à la pollution intérieure sous un autre aspect. Effectivement les études s’intéressent souvent à l’exposition allergénique chez les enfants asthmatiques. Les auteurs considèrent que les asthmatiques passent beaucoup de temps dans le milieu scolaire et se sont donc intéressés à l’exposition allergénique dans les salles de classe.

Ils se sont basés sur une cohorte déjà existante d’enfants asthmatiques. Ils ont réalisé des prélèvements de poussière déposée dans les salles de classe, au domicile des étudiants et ont fait des prélèvements d’air intérieur dans les salles de classes.

Tous les prélèvements ont été analysés de la même manière. Il en ressort que dans les salles de classe, le niveau d’allergènes de souris (dans la poussière et dans l’air intérieur) est plus important que dans les domiciles. Les niveaux d’allergènes de chats et de chiens sont également plus élevés dans les salles de classe. Par contre dans les classes, les niveaux d’exposition aux allergènes d’acariens et de cafards sont bas alors qu’il s’agit d’écoles situées en milieu urbain.

Les auteurs décrivent les résultats de leurs mesures mais restent très prudents quant aux conclusions qu’ils en extraient. Effectivement ils demandent de nouvelles études avant d’incriminer la qualité de l’air scolaire dans la morbidité liée à l’asthme.

Cette étude est tout de même très intéressante. Il semble que les familles d’asthmatiques soient bien sensibilisées à la qualité de l’air intérieur et l’on peut s’étonner de trouver des taux faibles d’allergènes courant dans la poussière de domicile. Reçoivent-ils systématiquement des conseils d’éviction ou la visite d’un conseiller en environnement intérieur ?

Par contre, cette étude peut remettre en cause la qualité des services de nettoyage des écoles puisque les taux d’allergènes dans la poussière ou en suspension sont importants. De plus on peut être surpris de l’importance des allergènes de souris dans les salles de classe. Les enfants américains stockent-ils de la nourriture dans les salles de classe ? Pourquoi y-a-t il plus de souris dans des salles de classe que dans des domiciles souvent plus propices au développement des ces mammifères ?

Il est intéressant de lire ce travail et il faudra rester vigilant sur d’éventuelles autres études sur ce sujet. Il serait également intéressant de réaliser une étude similaire en Europe (voir en France). Laissons nous nos enfants toute la journée dans des lieux qui semblent être le paradis des souris ? L’École est-elle responsable de l’aggravation de certains asthmatiques ? Pourra-t-on parler un jour d’ « allergie à l’école » ?