Mention d’une suspicion d’allergie médicamenteuse chez l’enfant : il faut être précis !

mardi 9 avril 2013 par Dr Stéphane Guez1294 visites

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Mention d’une suspicion d’allergie médicamenteuse chez l’enfant : il faut être précis !

Mention d’une suspicion d’allergie médicamenteuse chez l’enfant : il faut être précis !

mardi 9 avril 2013, par Dr Stéphane Guez

Prévalence de l’allergie médicamenteuse immédiate confirmée chez l’enfant. : Erkoçoğlu M, Kaya A, Civelek E, Özcan C, Çakır B, Akan A, Toyran M, Ginis T, Kocabas CN.

Prevalence of confirmed immediate type drug hypersensitivity reactions among school children.

dans Pediatr Allergy Immunol 2013 : 24 : 160–167.

- Contexte :

  • Bien que les réactions d’hypersensibilité liées aux médicaments soient un problème de santé important, les données épidémiologiques concernant l’allergie et l’hypersensibilité médicamenteuse sont limitées, de plus, les études comprenant une démarche diagnostique sont rares.

- Objectif :

  • Le but de cette étude était de déterminer la fréquence réelle de l’hypersensibilité médicamenteuse de type immédiat au moyen de tests de diagnostic chez des enfants scolarisés ayant des allergies aux médicaments déclarées par les parents.

- Méthodes :

  • Cette étude comportait trois phases.
  • La première phase est une enquête auprès des enfants d’un âge moyen de 12,9 ans en fin de cursus de l’école primaire (Turquie) répondant à un questionnaire afin de préciser les symptômes liés à la prise médicamenteuse dans les 2 heures suivant l’ingestion.
  • La population totale était de 210 000, un échantillon de 9096 enfants a été jugé représentatif d’Ankara [(p) = 1,0%, α <0,05, β = 0.8, (d) = 0,2.].
  • Au cours de la deuxième phase, un historique clinique détaillé a été obtenu par téléphone auprès des parents de ces enfants ayant eu des allergies médicamenteuses déclarées par les parents.
  • La dernière étape de l’étude a consisté en un diagnostic détaillé des enfants souffrant d’une histoire clinique compatible avec une réaction de type hypersensibilité médicamenteuse immédiate.

- Résultats :

  • Dans l’ensemble, 11 233 questionnaires ont été distribués, dont 10 096 ont été récupérés après avoir été complétés par les parents.
  • Le taux de déclaration d’hypersensibilité immédiate médicamenteuse par les parents est de 7,87% (792 enfants).
  • Toutefois, l’enquête téléphonique révèle une histoire clinique évocatrice d’allergie médicamenteuse chez seulement 117 enfants (1,16%).
  • Après la poursuite de la démarche diagnostic, la fréquence réelle de l’hypersensibilité médicamenteuse immédiate était de 0,11%.

- Conclusion :

  • Nos résultats suggèrent que l’histoire clinique positive ne suffit pas à poser le diagnostic d’allergie médicamenteuse, ce qui souligne l’importance de procéder à une évaluation plus approfondie du diagnostic.

Voici une étude qui nous vient tout droit de la faculté de Médecine d’Ankara (Turquie) et qui comble un vide sidéral qu’est celui de la prévalence réelle de l’allergie immédiate médicamenteuse chez l’enfant d’âge scolaire.

Combien de fois, l’allergologue reçoit des enfants dont le carnet de santé comporte une mention à l’écriture rageuse voire rouge indiquant une allergie à tel ou tel médicament et particulièrement à un antibiotique.

Pour autant, point de détails, pas de précision sur le délai d’apparition de la réaction cutanée ou autre, pas de description des lésions cutanées, pas plus de notion sur la présence de prurit ; en somme, le cas est très mal documenté.

Voici donc un phénomène très fréquent mais qui manque cruellement de données pertinentes pour en évaluer la réalité.

Les auteurs ont sélectionné une population de 9096 enfants représentatives de celle d’Ankara.

Dans l’enquête par questionnaire 792 enfants, soit 7,87%, sont déclarés comme ayant présenté une allergie immédiate médicamenteuse.

Après complément d’enquête par téléphone auprès des parents, seuls 117 enfants, soit 1,16%, ont une histoire probante.

Enfin, l’enquête allergologique permet de poser le diagnostic d’allergie immédiate médicamenteuse que dans 0,11% soit une dizaine de cas sur 9096 enfants.

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec les auteurs pour ne pas se contenter d’une histoire clinique évocatrice.

Il faut chez chaque enfant suspect d’allergie immédiate médicamenteuse pratiquer un diagnostic à l’aide des tests cutanés, tests de réintroduction et tests biologiques lorsque disponibles.

Il serait intéressant de mettre sur pied une enquête comparable chez les enfants déclarés allergiques par le médecin traitant.

L’allergologue doit toujours être très didactique dans ses comptes-rendus en rappelant au médecin de famille qu’il a un rôle essentiel dans la documentation de l’évènement évoquant une allergie médicamenteuse.

Il vaut mieux une description soigneuse que la mention sans preuve d’une éventuelle allergie immédiate médicamenteuse.