Le tabagisme actif comme facteur de gravité de l’asthme sévère ???

jeudi 25 avril 2013 par Dr Cécilia Nocent708 visites

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Le tabagisme actif comme facteur de gravité de l’asthme sévère ???

Le tabagisme actif comme facteur de gravité de l’asthme sévère ???

jeudi 25 avril 2013, par Dr Cécilia Nocent

Résultats cliniques et biomarqueurs inflammatoires chez des asthmatiques sévères fumeurs actifs ou ex-fumeurs. : Neil C. Thomson, Rekha Chaudhuri, Liam G. Heaney, Christine Bucknall, Robert M. Niven, Christopher E. Brightling, Andrew N. Menzies-Gow, Adel H. Mansur, Charles McSharry

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - April 2013 (Vol. 131, Issue 4, Pages 1008-1016, DOI : 10.1016/j.jaci.2012.12.1574)

- Contexte :

  • Les résultats cliniques sont moins bons chez les fumeurs actifs et les ex-fumeurs ayant un asthme modéré que chez les non-fumeurs mais on sait peu de choses sur l’influence du statut tabagique chez les asthmatiques sévères.

- Objectifs :

  • Les auteurs se sont intéressés à l’association entre le tabagisme actuel ou antérieur et les caractéristiques cliniques et inflammatoires chez des asthmatiques sévères.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont comparés les caractéristiques démographiques, cliniques et les biomarqueurs de l’inflammation chez des fumeurs actifs (n=69, 9%), des ex-fumeurs (n=210, 28%) et des non fumeurs (n=461, 62%) présentant un asthme sévère (n=760) issus du registre des asthmes sévères de la British Thoracic Society.

- Résultats :

  • Les fumeurs actifs ont un moins bon contrôle de leur asthme, plus de visites médicales non prévues, plus recours à une corticothérapie orale et des scores d’anxiété et de dépression plus élevés que les ex-fumeurs et les non fumeurs.
  • Les fumeurs actifs ont une diminution des éosinophiles dans les crachats par rapport aux non-fumeurs (1% et 4% respectivement) et une fraction exhalée de NO plus basse (50 ml/s ; 14 ppb et 35 ppb respectivement).
  • Les ex-fumeurs comparés aux non-fumeurs ont une augmentation du nombre de neutrophiles dans les crachats (59% et 43% respectivement) mais une quantité similaire d’éosinophiles (3%) et une fraction exhalée de NO comparable (50 ml/s ; 35 ppb).
  • Les fumeurs actifs et les ex-fumeurs ont une réduction des taux d’IgE spécifiques dans le sérum pour les principaux allergènes de l’environnement.

- Conclusion :

  • Les fumeurs actifs ayant un asthme sévère ont des résultats cliniques et un recours aux soins moins bons que les ex-fumeurs ou les non-fumeurs asthmatiques sévères.
  • Les profils inflammatoires des crachats et du sang sont également différents.

Cette étude épidémiologique britannique parue dans le JACI s’intéresse à l’influence du tabagisme actif sur les caractéristiques cliniques et sur les marqueurs de l’inflammation chez des asthmatiques sévères.

Les auteurs ont étudié les caractéristiques démographiques, les caractéristiques cliniques et les marqueurs de l’inflammation chez des patients présentant un asthme sévère (et connus comme tels dans un registre) et ils ont comparés ces résultats en fonction du statut tabagique des patients.

On constat que 62% des asthmatiques sévères étudiés sont non fumeurs ce qui est plutôt bien mais cela représente quand même 38% d’asthmatiques sévères tabagiques actifs.

Le contrôle de l’asthme est moins bon dans le groupe des fumeurs actifs avec un recours aux soins plus important et un retentissement plus important sur les échelles d’anxiété-dépression.

Sur le plan biologique, le statut tabagique entraîne une modification des cellules retrouvées dans les crachats avec moins d’éosinophiles chez les fumeurs actifs et plus de neutrophiles chez les ex-fumeurs que chez les non-fumeurs.

Le taux circulant d’IgE spécifiques pour les pneumallergènes courants est plus bas chez les fumeurs actifs et les ex-fumeurs.

Il semble donc que le tabagisme modifie le profil inflammatoire des asthmatiques sévères (ce que l’on savait déjà dans des populations moins sévères). Les asthmatiques sévères sont moins bien contrôlés ce qui signifie que le sevrage tabagique doit faire partie intégrante du traitement de ces patients (même s’il s’agit parfois d’un vœu pieux). Devant ces résultats, on peut se demander si les asthmatiques sévères fumeurs actifs doivent recevoir le même traitement que les ex-fumeurs et les non-fumeurs en particulier peut se poser la question de la place des anti-IgE qui, en France, sont réservés aux asthmatiques sévères. Pour prescrire cette classe thérapeutique, un dosage des IgE circulantes est nécessaire et la dose administrée est fonction du résultat de ce dosage et du poids du patient. On peut donc se demander si le taux d’IgE totales est diminué chez les asthmatiques sévères et si tel est le cas, si ce traitement est donc vraiment efficace.

Sur le plan intellectuel, il est également toujours intéressant de voir que le milieu extérieur a une réelle influence sur les constantes biologiques de l’homme. Le tabagisme arrive à modifier le statut inflammatoire (cellularité dans les crachats, mesure de la FeNO) de patients ayant une pathologie sérieuse.

Cette étude est intéressante car le groupe des asthmatiques sévères est difficile à contrôler et tout ce qui peut nous aider à comprendre leur pathologie et à mieux la contrôler est toujours passionant.