Ne laissez pas votre sens critique être endormi par les histoires à dormir debout aux anesthésiques locaux : les allergies sont très rares.

mercredi 19 juin 2013 par Dr Stéphane Guez427 visites

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Ne laissez pas votre sens critique être endormi par les histoires à dormir debout aux anesthésiques locaux : les allergies sont très rares.

Ne laissez pas votre sens critique être endormi par les histoires à dormir debout aux anesthésiques locaux : les allergies sont très rares.

mercredi 19 juin 2013, par Dr Stéphane Guez

Allergies alléguées et effets indésirables aux anesthésiques locaux (AL) : analyse de 331 patients. : Batinac, T., Sotošek Tokmadžić, V., Peharda, V. and Brajac, I. (2013),

Adverse reactions and alleged allergy to local anesthetics : Analysis of 331 patients.

dans The Journal of Dermatology. doi : 10.1111/1346-8138.12168

- Introduction :

  • Les objectifs de cette étude ont été :
    • de déterminer la prévalence d’une allergie vraie aux AL parmi des patients venant pour une suspicion d’hypersensibilité aux AL
    • et de décrire les caractéristiques principales des réactions indésirables (ADR) aux AL dans cette population.

- Matériel et Méthode :

  • Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur des patients qui sont venus consulter un service de dermatologie à Rijeka en Croatie dans le cadre d’une consultation pour suspicion d’hypersensibilité aux AL entre janvier 2000 et Décembre 2012.
  • Un total de 331 patients a eu des tests cutanés et en cas de tests négatifs une injection sous-cutanée d’un AL.
  • Chez les patients ayant une réaction retardée, un patch test a été réalisé.

- Résultats :

  • Globalement, les 331 patients rapportent 419 ADR survenant durant 346 procédures anesthésiques.
  • Le plus souvent, les patients disent avoir eu seulement 1 ADR, mais :
    • 41 (12.4%) d’entre eux ont eu 2 réactions,
    • 14 (4.2%) ont eu 3 réactions
    • 5 (1.5%) en ont eu 4
    • et enfin 1 patient (0.3%) a eu 5 ADR aux AL.
  • La majorité de incidents sont rapportés lors de soins dentaires avec le plus souvent la lidocaïne et l’articaïne.
  • Les réactions locales sont rapportées par 44 patients, alors que 490 symptômes généraux surviennent lors des 375 ADR indépendants chez 287 patients.
  • Les symptômes les plus fréquents sont des réactions du système cardiovasculaire chez 89 patients (18.2%).
  • Une réaction allergique a été détectée chez 3 patients (0.91%).
  • Un patient a développé une réaction immédiate à la bupivacaïne et 2 patients ont eu des réactions retardées à la lidocaïne.

- Conclusion :

  • Les réactions indésirables aux AL sont fréquentes et essentiellement secondaires à leurs propriétés pharmacologiques et probablement aux associations médicamenteuses ou à une origine psychogène.
  • Les accidents allergiques sont très rares.

Dans ce travail rétrospectif, les auteurs ont analysé tous les dossiers des patients adressés pour une suspicion d’hypersensibilité aux anesthésiques locaux.

Une exploration poussée, avec un test de réintroduction et des patch-tests, confirme la rareté de l’allergie vraie en particulier immédiate évaluée à 0.1% des patients.

La suspicion d’allergie aux anesthésiques locaux est un motif fréquent de consultation médicamenteuse en allergologie.

Souvent l’allergologue, devant la négativité des tests réalisés se demande s’il est normal que ses tests soient toujours négatifs. Ce travail peut donc le rassurer : oui, l’allergie immédiate est très rare, évaluée dans ce travail à 0.1% d’une population sélectionnée. Et encore, il n’y a pas eu un test de provocation confirmant que la positivité observée des tests cutanés est réellement une allergie et non une simple réactivité cutanée.

La pratique des tests avec injection réaliste pour prouver l’absence de toute allergie reste cependant le moyen le plus fiable pour rassurer à la fois le patient et le chirurgien, car même s’il n’y a que 0.1% d’allergique vraie il est impossible de repérer ces vrais allergiques sans la réalisation d’une exploration allergologique.