Voilà un lien possible entre dermatite atopique et champignons !

mardi 24 septembre 2013 par Dr Céline Palussière1464 visites

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Voilà un lien possible entre dermatite atopique et champignons !

Voilà un lien possible entre dermatite atopique et champignons !

mardi 24 septembre 2013, par Dr Céline Palussière

La protéine fongique MGL_1304 dans la sueur est un allergène pour les patients atteints de dermatite atopique. : Takaaki Hiragun, Kaori Ishii, Makiko Hiragun, Hidenori Suzuki, Takanobu Kan, Shoji Mihara, Yuhki Yanase, Joachim Bartels, Jens-M. Schröder, Michihiro Hide

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - September 2013 (Vol. 132, Issue 3, Pages 608-615.e4, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.03.047)

- Contexte

  • La sueur est un facteur majeur d’aggravation de la dermatite atopique (DA) et environ 80% des patients souffrant de DA présentent une hypersensibilité de type 1 vis à vis de la sueur.

- Objectif

  • Le but était d’identifier et caractériser un antigène dans la sueur induisant une libération d’histamine par les basophiles de patients souffrant de DA.

- Méthodes

  • L’activité de libération de l’histamine par les basophiles dans la sueur était purifiée par la combinaison de chromatographies, et les protéines étaient analysées en spectrométrie de masse.
  • Des protéines de recombinaison de l’antigène de la sueur étaient produites, et leur caractéristiques biologiques étaient étudiées en immunoblot, test de libération de l’histamine, et tests de neutralisation.

- Résultats

  • Nous avons identifié une protéine fongique, MGL_1304, dérivée de Malassezia globosa(M globosa) dans l’antigène purifié de sueur.
  • Le recombinant MGL_1304 induisait une libération d’histamine des basophiles de la plupart des patients souffrant de DA, tout comme l’antigène naturel semi-purifié de sueur.
  • De plus le recombinant MGL_1304 abolissait la liaison des IgE sériques des patients souffrant de DA à l’antigène semi-purifié de sueur, ou les analyses d’inhibition réciproque en immunoblot, et atténuait la sensibilisation des mastocytes RBL_48 exprimant le FcεRI par les IgE sériques.
  • Les analyses de mutants tronqués de MGL_1304 montraient que les IgE des patients souffrant de DA reconnaissaient la structure conformationnelle de MGL_1304 plus que de courtes séquences peptidiques.
  • Les analyses en Western-blot du lysat complet, la culture du surnageant de M globosa, et l’antigène semi-purifié de sueur montrait que MGL_1304 était produit comme antigène immunologique mineur de M globosa avec modification post-translationnelle, clivé et sécrété comme un antigène majeur de 17kDa libérateur d’histamine.

- Conclusion

  • MGL_1304 est un allergène majeur dans la sueur humaine et pourrait être responsable de réactions allergiques de type 1 chez les patients souffrant de DA.

La flore cutanée normale est très diverse, avec présence de champignons, le plus souvent sans aucune manifestation pathologique. Ceux-ci sont toutefois soupçonnés d’être parfois impliqués dans l’entretien de la dermatite atopique.

Voici qu’une étude très sérieuse découvre un allergène potentiel dans la sueur, issu de la levure Malassezia globosa.

La prolifération de ce champignon peut être responsable de dermatite séborrhéique et de pytiriasis versicolor.

Cette étude émet l’hypothèse d’une réaction immunologique spécifique vis à vis d’une protéine de M globosa, nommée MGL_1304, qui favoriserait les poussées de dermatite atopique. Il s’agirait donc d’une réaction allergique de type 1, ce qui n’avait pour l’instant pas été mis en évidence.

La sueur de sujets souffrant de dermatite atopique a été analysée comme une source allergénique (plutôt que comme allergène...) et les auteurs ont isolé cet antigène, qui a ensuite été analysé et produit sous forme de protéine de recombinaison. Il s’agit d’une petite protéine de 17kDa à épitopes conformationnels.

In vitro, les études semblent concluantes, avec une libération d’histamine par les basophiles mis en contact avec la protéine et des tests d’inhibition positifs.
Les processus post-transcriptionnels ont aussi été analysés.

Manquent les tests in vivo. Puisque la protéine était produite sous forme recombinante, pourquoi n’avoir pas réalisé de tests cutanés ? La pertinence clinique reste donc encore à préciser.

L’hypothèse est toutefois intéressante, et pourrait expliquer l’aggravation des dermatites atopiques avec la transpiration. Plus que le sébum, classiquement considéré comme milieu de prolifération de Malassezia, on évoque ici le rôle de la sueur.

Nous n’avons plus de candidine à tester... à quand la malassezine ?