Anti IL13 : poudre aux yeux ou réel bénéfice chez les asthmatiques sévères ?

mercredi 30 avril 2014 par Dr Cécilia Nocent604 visites

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Anti IL13 : poudre aux yeux ou réel bénéfice chez les asthmatiques sévères ?

Anti IL13 : poudre aux yeux ou réel bénéfice chez les asthmatiques sévères ?

mercredi 30 avril 2014, par Dr Cécilia Nocent

Efficacité et innocuité d’un anticorps monoclonal humanisé anti-IL13 chez des asthmatiques sévères : un essai randomisé. : Erika H. De Boever, Claire Ashman, Anthony P. Cahn, Nicholas W. Locantore, Phil Overend, Isabelle J. Pouliquen, Adrian P. Serone, Tracey J. Wright, Mair M. Jenkins, Inderpal S. Panesar, Sivayogan S. Thiagarajah, Sally E. Wenzel

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - April 2014 (Vol. 133, Issue 4, Pages 989-996.e4, DOI : 10.1016/j.jaci.2014.01.002)

- Contexte :

  • Approximativement 5 à 10% des asthmatiques n’obtiennent pas un contrôle complet de leurs symptômes grâce aux traitements classiques.
  • L’association de l’IL13 avec la maladie asthmatique et la réduction de la sensibilité aux corticostéroïdes suggère l’effet potentiellement bénéfique d’un traitement par anti-IL13 dans l’asthme réfractaire.
  • GSK679586, un anticorps monoclonal humanisé, inhibe la fixation de l’IL 13 sur les récepteurs α1 et α2.

- Objectifs :

  • Les auteurs ont évalué l’efficacité et l’innocuité de GSK679586 chez des patients ayant un asthme sévère, réfractaire à la dose maximale de corticoïdes inhalés prescriptibles.

- Méthodes :

  • Les patients restant symptomatiques (Score ACQ>1.5) après administration d’au moins 1000 µg/j de propionate de fluticasone ou plus étaient randomisés pour recevoir soit des injections IV de 10 mg/kg de GSK679586 (n=99) soit du placebo (n=99).

- Résultats :

  • Les différences obtenues à 12 semaines de traitement par rapport aux données de base étaient non significatives en ce qui concerne les scores de symptômes ACQ (GSK679586 = -0.31 ; placebo = -0.17, p=0.058) et le VEMS (GSK679586 = -0.01, placebo = 0.03, p=0.276).
  • Des analyses similaires ont été effectuées chez les patients ayant une élévation du taux d’IgE sanguin, une hyperéosinophilie ou les deux et étaient également négatives.
  • L’incidence des exacerbations d’asthme était similaire dans les 2 groupes.
  • Les principaux effets secondaires étaient mineurs et sans rapport avec les traitements.
  • Deux patients recevant GSK679586 ont présenté des effets secondaires sérieux (léthargie et extrasystoles supra-ventriculaires).

- Conclusions :

  • Quoique bien toléré, GSK679586 n’a pas démontré d’amélioration clinique sur l’amélioration du contrôle de l’asthme, la fonction pulmonaire ou les exacerbations chez des asthmatiques sévères.
  • D’autres études seront nécessaires pour déterminer si les traitements ciblant l’IL13, le fonctionnement en rapport avec l’IL4 ou les 2 peuvent apporter un bénéfice clinique aux patients ayant un asthme sévère réfractaire ou à un sous groupe de patients recevant de très fortes doses de corticostéroïdes inhalés.

Cette étude sponsorisée par GSK et publiée dans le JACI d’avril 2014 s’intéresse à l’efficacité et à l’innocuité d’un nouvel anticorps monoclonal humanisé anti-IL13 dans l’asthme sévère non contrôlé malgré de fortes doses de corticostéroïdes inhalés.

Depuis quelques années, plusieurs pistes thérapeutiques ont été étudiées dans l’asthme sévère en se basant sur les connaissances physiopathologiques de cette pathologie. Il y a eu de grands espoirs dans l’anti-IL5 (qui ont été revus à la baisse) ; les anti-IgE ont quant à eux prouvé leur efficacité et sont largement utilisés dans cette indication. Les anti-IL13 ont été également au cœur de nombreuses recherches et plusieurs laboratoires en ont développé.

Cette étude s’intéresse à la molécule développée par GSK. Elle a donc été comparée au placebo sur une étude de 12 semaines chez des asthmatiques sévères non contrôlés. Ces patients étaient randomisés soit pour recevoir ce nouvel anticorps monoclonal soit pour recevoir le placebo. A l’issue des 12 semaines, il n’a pas pu être mis en évidence de différence significative entre les deux groupes, tant sur le plan du contrôle des symptômes, de la fonction respiratoire ou de l’incidence des exacerbations.

Cette étude comportait quand même un effectif intéressant puisque 99 patients étaient inclus dans chaque bras. Les auteurs ont essayé de trouvé des différences en étudiant la population en sous-groupes en s’intéressant au taux d’IgE circulants, aux éosinophiles mais là encore rien n’est sorti.

Il s’agit d’une étude intéressante car malgré des résultats négatifs, elle est publiée dans un journal à fort impact factor. Très souvent les études ne donnant pas les résultats escomptés sont passées sous silence.

Il ne faut à mon avis pas oublier immédiatement les anti-IL13 malgré les résultats de cette étude. D’autres molécules développées comme le lebrikizumab ont donné de bons résultats (publiés dans le NEJM). D’autres molécules comme le tralokizumab sont également en cours de développement. Dans cette classe thérapeutique, il semble que les patients répondeurs soient des patients ayant un taux sanguin de périostine élevé. Il est étonnant de voir dans l’étude de De Boever et al que ce marqueur n’a pas été étudié et que les auteurs ne se sont pas intéressés au sous groupe des patients ayant un taux de périostine élevé.

Il faut à mon avis suivre la littérature sur ce sujet et rester vigilant car nous sommes encore très démunis dans la prise en charge de ce petit sous groupe de patients sévères.