Trop bien : plus il y a de pollens, plus la désensibilisation soulage les patients !

mercredi 7 mai 2014 par Dr Céline Palussière502 visites

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Trop bien : plus il y a de pollens, plus la désensibilisation soulage les patients !

Trop bien : plus il y a de pollens, plus la désensibilisation soulage les patients !

mercredi 7 mai 2014, par Dr Céline Palussière

Le degré d’efficacité mesuré dans les essais portant sur l’immunothérapie est étroitement lié à l’exposition pollinique . : Durham SR, Nelson HS, Nolte H, Bernstein DI, Creticos PS, Li Z, Andersen JS. Magnitude of efficacy measurements in grass allergy immunotherapy trials is highly dependent on pollen exposure.

dans Allergy 2014 ; 69 : 617–623.

- Contexte :

  • L’objectif de l’étude était d’évaluer l’association entre l’exposition aux pollens de graminées, les symptômes allergiques et l’impact sur la mesure d’efficacité des traitements après un traitement par immunothérapie vis à vis des pollens de graminées par comprimés sublinguaux.

- Méthodes :

  • L’association entre les comptes polliniques et les scores combinés de symptômes de rhino-conjonctivite et de consommation médicamenteuse (TCS) était basée sur une analyse a posteriori des données collectées par six essais lors de sept saisons de pollen de graminées en Amérique du Nord et en Europe, incluant 2363 sujets traités par comprimés d’immunothérapie pour les pollens de graminées ou par placébo.
  • Les comptes polliniques quotidiens étaient obtenus par le biais de bases de données centralisées concernant les pollens.
  • L’effet du traitement sur la relation entre le TCS et les comptes polliniques était analysé, et la différence relative d’effet entre les comprimés de désensibilisation et le placébo sur une moyenne de compte pollinique était modélisée par régression linéaire.

- Résultats :

  • Le degré d’efficacité du traitement évalué par le TCS était meilleur en cas de forte exposition aux pollen (p<0,001).
  • L’effet relatif du traitement en terme de TCS pour chaque essai était corrélé avec la moyenne d’exposition aux pollens durant la première période de la saison, avec une réduction prédite de TCS = 12%+0,35% x compte pollinique (pente de courbe significativement différente de 0, p=0,003 ; R2=0,66).
  • Les corrélations correspondant à la saison pollinique entière et au pic pollinique étaient bonnes également, alors qu’il existait une faible corrélation entre la différence d’efficacité mesurée et l’exposition aux pollens lors de la dernière partie de la saison pollinique.

- Conclusion :

  • Dans les essais thérapeutiques sur l’allergie saisonnière portant sur les comprimés d’immunothérapie sublinguale, l’effet observé du traitement est étroitement dépendant de l’exposition aux pollens, avec un degré d’efficacité de plus en plus important en fonction de la charge pollinique.
  • Ceci constitue une relation importante à considérer dans l’interprétation des résultats d’essais cliniques individuels.

Déjà, la médecine n’était pas une science exacte, l’humain n’est pas très reproductible. Alors quand on s’intéresse à l’homme dans son environnement, cela se corse encore. Car la nature, ça vit aussi, et un printemps ne ressemble pas toujours à un autre.

Toutes ces variables rendent bien difficiles à mesurer, chiffrer, les différents traitements proposés pour les allergies aux pollens. Et pourtant c’est ce qu’il faut faire pour pouvoir mettre au point des médicaments.

Cette étude très intéressante a recoupé les données de six essais thérapeutiques portant sur des comprimés d’immunothérapie sublinguale par comprimés, dans les allergies aux pollens de graminées.

L’efficacité des traitements comparée à des placébos a classiquement été évaluée par des scores combinés de symptômes de rhinoconjonctivite et de recours aux médicaments de secours. Ces données ont été mises en parallèle avec des moyennes de comptes polliniques sur les périodes étudiées, en Amérique du Nord et en Europe.

Les résultats montrent que plus la charge pollinique est forte, plus les comprimés d’immunothérapie font preuve d’efficacité par rapport aux placébos. Le début de la saison pollinique et le pic de pollens sont aussi plus importants que la fin de la saison pour la détermination du score combiné.

Comment interpréter ces données ?
Les placébos, dans une certaine mesure, ça marche, comme dans toute pathologie. Mais quand il y a trop de pollen, et bien cela ne suffit plus, et là l’immunothérapie sublinguale fait la preuve de son efficacité.

Cet article a donc le mérite de mettre en lumière la spécificité des traitements contre l’allergie, dont l’effet est nettement lié aux conditions environnementales des sujets allergiques.

Ces études sont nécessaires pour qu’enfin l’immunothérapie allergénique soit reconnue comme efficace par les instances et autres revues portant exclusivement sur les médicaments...