EAACI 2014 : le congrès d’Alain Thillay

jeudi 12 juin 2014 par Dr Alain Thillay1824 visites

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EAACI 2014 : le congrès d’Alain Thillay

EAACI 2014 : le congrès d’Alain Thillay

jeudi 12 juin 2014, par Dr Alain Thillay

Une session pour mieux connaître

les outils d’aide au diagnostic de la rhinite allergique (RA) et de la rhinite non allergique (RNA).

Pour commencer, deux études plutôt techniques et trois autres traitant des phénotypes de la rhinite.

D’abord, un travail présenté par Van Gerven LH (Belgique) à propos de l’activation des nerfs sensitifs chez des patients atteints de rhinite idiopathique (RI).

Il a déjà été démontré que l’action thérapeutique de la capsaïcine (alcaloïde du piment) dans la RI agissait par la suppression du signal nociceptif de la TRV1-substance P. La capsaïcine est efficace chez 70 à 80% des patients souffrant de RI. Les mécanismes intimes de cet effet restent peu connus.

Dans une étude contrôlée en double aveugle contre placebo sur deux groupes, l’un, comportant des patients atteints de RI, et, un autre, de témoins sains, trois irritants ont été utilisés : cinnamaldéhyde, huile de moutarde et capsaïcine.

Les seuils plus bas de réactivité pour l’huile de moutarde et la surexpression de TRPV1 dans le groupe RI comparés au groupe témoin confirment le rôle spécifique de cet agent nociceptif dans la physiopathologie de la RI.

L’approfondissement de ces connaissances permet d’envisager des thérapeutiques plus efficaces et plus spécifiques.

Berings M (Suède) a fait la démonstration sur les moyens techniques pour mesurer les biomarqueurs locaux présents au niveau des muqueuses nasales inflammatoires.

Le projet est toujours de pouvoir faire la distinction entre les différents types de rhinite, RA, rhinite allergique locale (RAL) et RI.

Deux méthodes, le tampon nasal MEROCEL ou le petit disque en papier filtre, ont été utilisées.
Le disque est mieux toléré et donc moins susceptible de provoquer des réactions locales.

Cette technique a permis aux auteurs la mesure des différents biomarqueurs de l’inflammation des muqueuses nasales au niveau des sécrétions au moyen des disques en papier filtre. Cette méthode est moins invasive que la biopsie.

Dans l’échantillon relativement modeste (12 rhinitiques et 12 sujets témoins) de cette étude, il est démontré que les taux des IgE totales, des IgE spécifiques et de la tryptase sont supérieurs chez les patients atteints de rhinite allergique aux pollens de graminées que chez les sujets sains.

Rondon C (Espagne) a commenté une étude qu’elle a réalisé avec son équipe concernant les phénotypes cliniques et démographiques de la rhinite non allergique et la rhinite allergique locale.

La RAL est un nouveau phénotype de la rhinite allergique caractérisé par une réponse allergique locale (uniquement nasale) chez des patients ayant des tests cutanés négatifs et l’absence d’IgE spécifiques sériques.

L’étude des caractéristiques démographiques montre que les sujets RNA étaient significativement plus âgés que les sujets RAL ; une association plus faible avec le genre féminin, avec les antécédents familiaux d’atopie, l’apparition dans l’enfance, le fait de vivre en zone urbaine.

L’évaluation clinique met en évidence que les RNA avaient une plus grande association avec la rhinite perannuelle et l’urticaire, et, une plus faible association avec des symptômes sévères, la conjonctivite et l’asthme, par rapport aux RAL.

Dans la rhinite allergique locale, le symptôme principal est le prurit, alors que dans la rhinite non allergique les éternuements sont au devant de la scène.

L’analyse en régression logistique identifie le genre féminin, les antécédents familiaux d’atopie, l’apparition durant l’enfance, l’asthme, la rhinite saisonnière et la sévérité des symptômes comme facteurs de risque du diagnostic de la RAL ; et, les symptômes déclenchés par les irritants chimiques comme risque de la RNA.

Campo P est venue rapporter une étude à propos du recours au test d’activation des basophiles (TAB) pour identifier les patients atteints de RAL due à l’acarien D. pteronyssinus (de la même équipe espagnole que la publication précédente).

L’objectif était de confirmer la présence de basophiles spécifiquement activés par le TAB dans une large population de patients atteints de RAL sensibilisés à DP.

47% des patients atteints de RAL avaient une activation du TAB en l’absence des IgE spécifiques sériques.

Ici, le TAB a une bonne spécificité à 93%.

Les auteurs d’évoquer que les basophiles pourraient être la première cible cellulaire des IgE spécifiques après sa production locale avant la détection sérique et la sensibilisation des mastocytes cutanés. Le TAB semble intéressant dans le diagnostic de la RAL. Ces résultats devront être confirmés avec d’autres allergènes.

Toujours de la même équipe espagnole, Seghoer C L, a exposé les principes de la distinction des groupes de patients rhinitiques fondés sur les marqueurs moléculaires dans les sécrétions nasales.

Après avoir rappelé les fondamentaux cliniques et biologiques qui distinguent les rhinites allergiques, des rhinites non allergiques et des rhinites mixtes, l’intervenante a donné les résultats de son étude transversale pratiquée chez 23 RNA, 22 RA et 21 rhinitiques de type mixte.

Il faut retenir que dans la rhinite mixte on note des taux bas d’IL-12 et HGF, que les patients atteints de RNA ont le même profil que les sujets sains, et, enfin, que le profil des médiateurs des RA ressemble aux rhinites mixtes mais hors saison pollinique

La lecture de cette session concernant la rhinite est très recommandée. En effet, vous avez aimé les phénotypes de l’asthme (cf. Jocelyne JUST) vous aimerez aussi les phénotypes de la rhinite !

Vous pourrez lire l’intérêt des irritants nociceptifs (capsaïcine) dans la rhinite idiopathique, qu’il est relativement simple de prélever sur des disques de papier filtre les sécrétions nasales pour mesurer les biomarqueurs inflammatoires, et, qu’enfin, il existe différents phénotypes de la rhinite, trois études espagnoles précises leurs différentes caractéristiques ce qui permettra de mieux les caractériser et donc de mieux les prendre en charge sur le plan thérapeutique.


Une session a traité un sujet qui concerne

l’optimisation du diagnostic de l’allergie alimentaire.

Le premier sujet a été présenté par Treudler R, Allemagne et Suisse, à propos d’une étude multicentrique, BASALIT, dont l’objectif était de déterminer l’efficacité de l’immunothérapie allergénique par voie sous-cutanée avec un extrait rBet v 1 sur la Dose Minimale ayant un Effet Indésirable Observé (DMEIO) lors d’un test de provocation orale en double aveugle contre placebo au soja chez des patients présentant une allergie aux pollens de bouleau associée à une allergie au soja. Il s’agit des premières données de cette étude. Le soja était mélangé une poudre chocolatée.

En placebo, on note 20% d’effets indésirables objectifs (constatés par le médecin) et 38% de symptômes subjectifs. Il y a plus de signes subjectifs au premier jour qu’au deuxième jour.

La DMEIO, dans la cohorte randomisée de 56 patients, est inférieure comparativement à une étude antérieure réalisée par le même groupe.
De nombreuses données sont à venir.

Une étude japonaise présentée par Katshito I avait pour but d’analyser les signes vitaux de patients allergiques alimentaires subissant un test de provocation orale en double aveugle contre placebo entraînant une réaction sévère.

Il s’agissait de suivre l’évolution de la pression artérielle (PA) et de la fréquence cardiaque (FC) durant le déroulement du test de provocation.

La PA augmente significativement durant la réaction anaphylactique. Ce phénomène est constant avec l’œuf, l’arachide et le lait de vache, plus inconstant avec le blé.

Une augmentation significative de la FC est observée avec le blé. Les symptômes cutanés, digestifs et respiratoires sont impliqués lors de la montée de la PA.
La PA augmente significativement avant l’apparition des signes objectifs.

La surveillance précise durant les TPO de la pression artérielle est d’un apport essentiel.

Arik Yilmaz E (Turquie) a présenté un travail sur l’allergie au lait de vache.

Il a été montré que 80% des enfants allergiques au lait de vache (LV) pourraient tolérer les produits laitiers cuits.

Les yaourts et les fromages représentent les premiers aliments solides pris par les enfants alors qu’il s’agit d’aliments non cuits.

Le but était d’évaluer différents critères allergologiques biologiques chez les enfants capables de tolérer les produits laitiers non chauffés.

Les TPO étaient pratiqués avec des muffins (LV cuit), des yaourts et du fromage (non cuits).

Les enfants qui pouvaient tolérer ces deux types de produits alimentaires étaient soumis à un test de provocation orale en double aveugle contre placebo avec du lait pasteurisé.

Les résultats montrent que les taux des IgE spécifiques de la caséine, de la Bêta-lactoglobuline et ceux de la tryptase sérique permettraient de discriminer non seulement les enfants qui tolèrent le LV chauffé, mais aussi, qui tolèrent les produits laitiers non chauffés comme le yaourt et la feta.

Ensuite, est arrivé un sujet plus classique, présenté par Pascal M (Espagne), qui évaluait la pertinence clinique des composants Jug r 1, 2 et/ou 3 dans le cadre de la sensibilisation à la noix, chez des enfants et des adultes.

L’allergie à la noix est souvent associée à des réactions sévères parfois létales, elle concerne de nombreux patients.

Jug r 1, 2 et 4 sont des protéines de stockage et Jug r 3 une LTP.

Les résultats montrent que la réactivité à Jug r 1 était significativement plus fréquente et plus souvent associée à des réactions sévères chez l’enfant, ce constat est rare chez l’adulte.

La sensibilisation à Jug r 1, 2 et 3 augmente la probabilité de l’allergie à la noix chez l’enfant.

La réactivité à Jug r 3 était plus fréquente chez l’adulte sans différence entre les sujets symptomatiques et non symptomatiques, mais, les enfants étaient plus souvent tolérants.

Kuklinska-Pijanka A, Royaume-Unis, a exposé des données à propos d’un nouveau test immunologique multiplex quantitatif pour les protéines alimentaires.

Ici, pas de plaque avec nombre de petits puits, mais, des microsphères ce qui permet une lecture rapide par cytométrie en flux.

Les résultats étaient comparés à ELISA. Pour cette technique multiplex à microsphères, en ce qui concerne l’arachide, la sensibilité est la plus importante (26 fois par rapport à ELISA), Ara h 6 est le composant le plus sensible.

Le produit reste à développer pour un nombre plus important de composants allergéniques alimentaires.

Il s’agit d’une méthode quantitative, sensible et reproductible.

Enfin, Teodorowicz M, Hollande, a développé un sujet concernant l’intérêt du test d’activation des basophiles (TAB) dans le diagnostic de l’allergie au soja.

L’allergie au soja est particulièrement importante du fait qu’il s’agit fréquemment d’un allergène caché dans les produits alimentaires manufacturés.

Trente patients ont été sélectionnés, ils avaient tous une histoire clinique consistante en faveur d’une allergie au soja.

Le profil clinique était caractérisé par les ImmunoCAP soja, Gly m 4, Gly m 5 et Gly m 6.

Le test d’activation des basophiles était réalisé par la technique du Flow-CAST et cytométrie en flux.

Trois profils ont été caractérisés en ImmunoCAP, les patients positifs à Gly m 5 et 6 (13,3%), les patients uniquement positifs à Gly m 4 (73,3%) et ceux positifs à Gly m 4, 5 et 6 (13,3%).

En TAB, les patients uniquement positifs pour Gly m 4 étaient négatifs. Les patients positifs pour Gly m 5/6 l’étaient aussi en TAB.

Le TAB avec l’extrait de soja total n’est pas fiable pour le diagnostic de l’allergie au soja. La procédure de préparation de l’extrait soja peut réduire ou augmenter son allergénicité. La présence de sucre durant la préparation de l’extrait soja pourrait augmenter l’allergénicité des protéines durant un chauffage prolongé. Les résultats du TAB ne semblent pas corréler avec la sévérité des symptômes.

Le TAB dans l’allergie au soja pourrait être un outil prometteur pour étudier les modifications de l’allergénicité des protéines.

Que retenir de ces différentes études concernant l’amélioration du diagnostic de l’allergie alimentaire ?

Dans le cas de l’allergie au soja, lors du test de provocation orale, dans le groupe placebo, les patients expriment 20% d’effets indésirables objectifs. Une grande leçon pour interpréter les études !

Un travail japonais qui peut paraître assez simple, démontre que lors d’un TPO alimentaire, une augmentation significative de pression artérielle précède de peu les signes objectifs de la réaction allergique.

Une étude venant de Turquie apporte des éléments pertinents pour détecter les enfants allergiques au lait de vache susceptibles de tolérer le lait chauffé et les produits laitiers non chauffés mais fermentés comme les yaourts et la feta.

Une étude espagnole donne les clés du diagnostic allergologique par l’analyse des composants allergéniques.

Une équipe anglaise a travaillé sur un nouveau test immunologique à microsphères.

Enfin, une équipe hollandaise positionne l’intérêt du test d’activation du basophile dans l’allergie au soja …


Quelques présentations courtes d’études ayant trait aux

nouveaux mécanismes de la régulation immunitaire.

Un premier travail d’origine néerlandaise, a été présenté par Golebski K, qui s’intéressait à la synergie entre les récepteurs TLR-2 ET TLR-3 dans l’activation des cellules nasales épithéliales humaines primaires.

Il faut se rappeler que les microbes à eux seuls déclenchent l’activation des TLRs des cellules épithéliales respiratoires. Par contre, on connaît assez peu de choses dans le cadre d’un environnement complexe.

Des cellules épithéliales nasales primaires humaines provenant de sujets sains ont été exposées à différents agonistes de TLR, expression vérifiée par PCR. La stimulation des cellules épithéliales à l’aide d’un agoniste spécifique d’un TLR affecte l’expression des gènes d’autres TLRs.

Les résultats montrent donc bien une synergie TLR-2 et TLR-3.

Les réponses immunitaires primaires dépendantes des TLR sont soumises à de multiples facteurs déclenchants.

Autre aspect de la régulation immunitaire présenté par Blom L, Danemark, concernant la différenciation in vitro des Th 2 humains.

Il est bien connu que la différenciation de Th 2, que cela soit in vivo ou in vitro, est induite par l’IL-4 qui induit GATA-3 et entraîne la sécrétion des marqueurs du paradigme Th 2, les cytokines IL-4, IL-5 et IL-13.

Toutefois, des études ont suggéré la possibilité d’une différenciation de Th 2 en dehors d’IL-4.

Grâce à un modèle de stimulation de cellules humaines naïves CD4+ CD45RA+ CD45RO- CD25- sous contrôle de la cytométrie en flux, les chercheurs ont pu mettre en évidence que, prises ensemble, IL-9 et IL-31 agissaient comme un répresseur de l’IFN-Gamma et l’expression de T-bet (facteur de régulation de Th 1) dépend particulièrement de l’IL-4.

A l’inverse, les marqueurs de Th 2, IL-5 et IL-13 sont induits indépendamment d’IL-4.

Huang C-H de Singapour, a rapporté un travail de son équipe concernant le rôle régulateur de l’IL-35.

Le but était de chercher à savoir si l’IL-35 pouvait agir directement sur les récepteurs des Th 2. Ils ont utilisé des cellules Th 2 murines spécifiques de Blo t 5.

Le recombinant IL-35 montrait un effet suppressif dose dépendant sur la prolifération des récepteurs de Th 2.

Autre aspect à propos de l’IL-35, il s’agit d’une étude polonaise présentée par Chalubinski M.

Récemment, il a été montré que l’IL-35, interleukine immunosuppressive aurait une implication dans le développement de la coronarite.

Trente et un patients souffrant de coronarite ont été inclus. Il faut se souvenir que l’athérosclérose qui commande la maladie coronarienne rassemble les conditions d’une maladie inflammatoire chronique.

Les patients atteints de coronarite ont des taux plus élevés d’IL-35 que les témoins sains.

Les taux d’IL-35 sont négativement corrélés à ceux du cholestérol total et du LDL cholestérol et positivement corrélés avec les taux du HDL cholestérol.

Ainsi, l’IL-35 pourrait être impliquée dans l’athérogénèse et la coronarite. La mesure d’IL-35 pourrait être associée aux autres facteurs de risque de coronarite.

Wysynski R W, Suisse, est revenu sur le rôle de l’IL-1 béta.

Le SCF (Stem cell factor) est un facteur de croissance hématopoïétique qui contrôle la différenciation des cellules myéloïdes incluant des cellules effectrices de l’allergie comme les mastocytes.

Le SCF est produit par les cellules épithéliales, endothéliales et les fibroblastes, ces cellules expriment des récepteurs pour l’IL-1 béta, cytokine pro-inflammatoire majeure.

Le travail montre que l’IL-1 béta induit la production du SCF via le facteur inductible par l’hypoxie-1.

Ces découvertes confirment l’interactivité entre les défenses immunitaires innées et les réponses allergiques suggérant la capacité de l’Il-1 béta de potentialiser le développement et l’activité des mastocytes par la production de SCF.

Pour finir, une étude suédoise présentée par Shelke G V qui positionne le mastocyte dans son environnement.

Beaucoup d’études concernant les cellules épithéliales alvéolaires indiquaient que ces cellules étaient impliquées dans la déformation de certaines zones pulmonaires. Par contre, on ne sait pas grand-chose sur le moteur de cette implication.

Des exosomes (complexes protéiques capables de dégrader l’ARN sont présents dans le cytoplasme, le noyau et en particulier le nucléole) de mastocytes humains ont été isolés.

Les exosomes dérivés du mastocyte protègent contre le stress oxydatif et induit un phénotype de type EMT (transition épithélio-mésenchymateuse) dans les cellules épithéliales pulmonaires. Ceci pourrait expliquer le développement de phénotypes dégradés de l’épithélium pulmonaire.

C’est vrai, se plonger à nouveau dans l’immunologie apparaît toujours difficile, c’est passer de l’allergologie de terrain à la théorie. Pourtant tous les progrès enregistrés dans le domaine allergologique sont dépendants des avancées immunologiques.

Toutefois, que peut-on retenir de cette session traitant des nouveautés dans la régulation du système immunitaire ?

Par exemple, pour les fameux TLR, nous avions l’habitude de lire des études sur le rôle de l’un ou de l’autre de ces récepteurs. Ici, nous nous apercevons que ceux-ci agissent ensemble, histoire de compliquer un peu les mécanismes, mais, surtout ce qui implique de nombreux stimuli pour le système immunitaire.

On peut lire que les Th 2 peuvent être activés par d’autres interleukines que l’IL-4

A noter deux études sur l’IL-35, l’une suggère un effet suppressif des récepteurs de Th-2, l’autre, évoque la possibilité de son implication dans l’athérogénèse.

Une étude tend à montrer que l’IL-1 béta a la capacité d’activer les mastocytes…


Un grand moment dans l’auditorium 10 du palais des congrès de Copenhague pour cet après-midi ensoleillé avec une température à 19°C, une ambiance nordique plus qu’acceptable.
Le sujet était :

L’allergie aux venins en 2014

.

Gunter Sturm (Autriche) a bien posé le décor en développant deux aspects.
- Tout d’abord la difficulté à prédire l’avenir des patients sensibilisés (non symptomatiques).
- Ensuite, les difficultés pour le diagnostic, en effet, si certes, les tests biologiques ont une excellente sensibilité, malheureusement, ils ont une mauvaise spécificité, c’est-à-dire pour être parfaitement clair, trop de faux positifs.
- Ce constat rend difficile le diagnostic particulièrement en cas de réactivité au venin d’abeille et au venin de guêpe. C’est ainsi que les auteurs se sont succédés pour éclaircir ces quelques zones d’ombre.

Ainsi Frick M, de l’Université Médicale de Fribourg, Allemagne, a rapporté un travail conjointement réalisé avec un groupe danois et un groupe suisse.

Les auteurs ont analysé l’IgE et l’IgG4-réactivités vis-à-vis d’allergènes du venin d’abeille sans CCD (rApi m 1, rApi m 2, rApi m 3, rApi m 4, rApi m 5 et rApi m 10) chez des patients allergiques au venin d’abeille sous immunothérapie allergénique.

Cinquante-six patients ont été sélectionnés et testés.

Les résultats de la sensibilisation aux différents recombinants allergéniques cités ci-dessus sont

  • rApi m 1 :80,3%,
  • r Api m 2 : 64,3%,
  • r Api m3 : 46,4%,
  • r Api m 4 : 32,1%,
  • r Api m 5 : 67,9%
  • r Api m 10 : 77,4%

Après 6 mois d’ITA, l’IgE réactivité était deux fois plus importante pour ces différents composants. Les IgG4 spécifiques du venin d’abeille sous ITA augmentent de façon importante, il en est de même pour rApi m 1 et rApi m 4 et de façon plus modérée pour rApi m 3 et rApi m 10.

Tout cela pour conclure, qu’il existe un large spectre de profils d’IgE-réactivités et une forte production d’IgG4 sous ITA. A savoir aussi que les extraits de venins ne comportent pas tous les composants.

A suivre, Wolf S, Danemark, a rapporté un travail sur l’intérêt du composant de la guêpe poliste rPol d 4, une protéase, pour mieux disséquer l’allergie aux vespidés.

Les réactions croisées dans le domaine de l’allergie aux hyménoptères posent un réel problème diagnostique. La similarité moléculaire et structurelle des allergènes des venins de vespidés et l’augmentation de la sensibilisation à la poliste rend encore plus difficile la découverte du coupable.

Nous connaissons tous le dilemme lorsque nous trouvons des tests positifs au venin de guêpe poliste et à celui de la guêpe vespula : réelle allergie aux deux venins, réactivité due aux CCD, réactivité croisée de protéines homologues.

Le recombinant de Pol d 4 a été obtenu par génie génétique, cette protéase a été ensuite purifiée et testée quant à sa réactivité à l’encontre des CCD qui en l’occurrence était faible. L’IgE-réactivité de rPol d 4 a été comparée à Pol d 5, Ves v 1 et Ves v 5.

L’exploration moléculaire de Pol d 4 révèle bien une structure tertiaire de sérine protéase, ce qui va dans le sens d’une similarité avec d’autres protéases de venins. Ainsi, Pol d 4 sans CCD représente probablement un bon outil pour faire le distinguo entre sensibilisation à vespula et à poliste.

Autre angle d’attaque de la réactivité croisée aux venins traitée par Celesnik Smodis N (travail slovène et autrichien), celui de la hyaluronidase.

En effet, le rôle de la hyaluronidase dans l’allergie à vespula a été récemment réévalué, son implication est peu importante, la majorité de ses réactivités étant affectée aux CCD et non pas à la protéine elle-même.

Quatorze patients allergiques aux venins d’hyménoptères sans identification de l’insecte ont été sélectionnés ; ils avaient tous une double réactivité vespula et abeille déterminée par la mesure des IgE spécifiques. La réactivité à rApi m 2 et rVes v 2, deux hyaluronidases, a été évaluée.

Pour finir, les auteurs indiquent dans leurs conclusions que la hyaluronidase semble être une cause fréquente de double positivité vespula et abeille. En outre, une forte IgE-réactivité à l’encontre de rApi m 2 est observée, ce qui indique l’importance clinique de cette sensibilisation.

Ensuite, Patella V a été le porte-parole d’une étude italienne.

Le stress oxydatif est présent dans de nombreux désordres immunologiques et allergiques. Il est dû à un déséquilibre entre la production endogène des dérivés réactifs de l’oxygène et/ou la réduction des mécanismes de la défense antioxydants.

Les produits terminaux de glycation (PTG) ou produits de Maillard et les produits d’oxydation avancée des protéines (POAP) sont des bons marqueurs du stress oxydatif et de l’inflammation.

Le but de l’étude était de savoir si ces marqueurs ainsi que les protéines nitrosylées (PN) étaient présents chez des allergiques aux venins d’hyménoptères avant et après ITA.

A T1, les POAP étaient significativement plus élevés chez les allergiques aux venins que les patients du groupe témoin alors que les PN étaient significativement plus basses chez les allergiques que parmi les témoins. Pas de différences à T2 (juste après l’ITA) et T3 (à 15 jours de l’ITA) entre les deux groupes.

Bien que l’allergie aux venins d’hyménoptères ne puisse pas être intégrée dans le cadre d’une maladie inflammatoire chronique, il est à noter que le stress oxydatif est présent (élévation des POAP, baisse des PN) chez les patients allergiques.

Bokanovic D (Autriche) est venu apporté une pierre dans la réflexion concernant les patients présentant une IgE-réactivité à l’encontre des venins mais sans expression clinique.

La question essentielle qui se pose est de pouvoir prédire l’avenir des ces patients en cas de nouvelle piqûre. Autre aspect, il fallait pouvoir dégager des marqueurs pouvant aider à cette prédiction comparativement à des patients effectivement allergiques.

La même équipe a montré dans une étude antérieure que seulement 4,6% des patients sensibilisés asymptomatiques finissaient par développer une réaction clinique.

Les 186 sujets sélectionnés composaient trois groupes, un groupe de patients sensibilisés asymptomatiques, un groupe constitué de patients venant de subir une réaction clinique après piqûre et un groupe de patients sous ITA.

Les patients sous ITA abeille ou guêpe ne montraient pas d’augmentation des IgE ou Ig4 spécifiques après test de provocation (piqûre avec l’hyménoptère respectif).

Par contre, les sensibilisés au venin d’abeille et asymptomatiques avaient des augmentations significatives de 4,3 fois des IgE spécifiques et de 2,4 fois des IgG4 spécifiques.

Dans les mêmes conditions, les sensibilisés asymptomatiques vis-à-vis du venin de la guêpe vespula, montraient des augmentations de 2 fois pour les IgE et 1,8 fois pour les IgG4.

Chez les patients ayant subi une réaction systémique suite à une piqûre de guêpe vespula, il a noté une augmentation des IgE spécifiques de 2,2 fois et de 4,4 fois pour les IgG4. Pas d’augmentation pour les patients ayant eu une réaction systémique due à une piqûre d’abeille.

A noter, qu’il n’existe pas de différence significative du rapport IgEs/IgG4s du venin d’abeille, entre les patients sensibilisés asymptomatiques et les allergiques à l’état basal.

Par contre ce même rapport, pour les mêmes types patients en basal, concernant l’IgE-réactivité au venin de guêpe vespula, montre une différence significative.

Korosec P (Slovénie) a développé un sujet intéressant puisqu’il s’agissait de tenter de montrer l’existence de facteurs associés aux effets secondaires lors de la phase de progression des doses lors de l’ITA au venin d’abeille.

Ce n’est pas nouveau, tous ceux qui en ont l’expérience savent que l’ITA au venin d’abeille est plus pourvoyeuse de réactions adverses en montant les doses lors de l’ultra-rush.

Il s’agissait d’une étude prospective dans un seul centre regroupant 93 patients devant subir une ITA ultra-rush abeille.

Parmi eux, 23 patients ont subi des réactions systémiques modérées et 13 patients des réactions systémiques sévères.

Les deux éléments pertinents prédictifs de réactions sévères étaient l’augmentation de l’activation à l’allergène des basophiles CD63 et un cours délai de latence entre la piqûre et l’apparition des signes cliniques.

Cette session rappelle que parfois découvrir l’hyménoptère responsable de l’allergie n’est pas toujours aisé même avec les outils moléculaires mis à notre disposition.

D’ailleurs, on notera que les profils réactifs à l’encontre de l’ensemble des composants moléculaires des divers venins sont extrêmement nombreux. On voit là tout l’intérêt de travailler sur le décryptage de ces profils réactifs sur des cohortes de grande ampleur. Il faut se souvenir que les extraits de venins disponibles ne recèlent pas tous ces composants.

Le composant rPol d 4 semble être une des clés de l’allergie au venin de poliste.

Les hyaluronidases rApi m 2 et rVes v 2 sont responsables de réactivités croisées entre venins d’abeille et de guêpe vespula en dehors des CCD.

Enfin, une dernière remarque sur les patients sensibilisés asymptomatiques, 4,6% deviendront allergiques à terme, sans disposer d’éléments réellement pertinents pour détecter ces patients préventivement.

Et pour tout à fait conclure, cliniquement, un patient ayant réagi de façon sévère dans un cours délai après une piqûre d’abeille, est un candidat aux effets secondaires systémiques lors de l’ultra-rush.


Le palais des congrès de Copenhague est vraiment très grand, très blanc, très élégant, conception scandinave en somme.

Ce dimanche 8 juin, l’auditorium 11 a été le lieu d’exposés très intéressants sur un sujet novateur celui de

l’approche moléculaire pour de nouveaux types d’immunothérapie allergénique (ITA).

En effet, comme l’a bien expliqué Fatima Ferreira (Autriche) dans son introduction, les allergènes purifiés sont d’excellents réactogènes mais de mauvais immunogènes. Il faut donc inventer de nouveaux adjuvants pour rendre l’ITA plus spécifique, plus sûre et plus efficace. L’ITA véritablement nouvelle, moderne, reste donc encore à inventer.

Le premier exposé a été présenté par Oscar Palomares (Espagne). Il relatait les recherches de son équipe sur le couplage d’allergoïdes de pollens de graminées à un mannane (polysaccharide composé exclusivement de monomères de mannose).

L’équipe a comparé la capacité des cellules dendritiques à internaliser le pollen de fléole (N) et ainsi augmenter la réponse immunitaire, soit avec un allergoïde polymérisé à la glutaraldéhyde (P), soit avec le même allergoïde polymérisé mais couplé à du mannane (PM). Il faut savoir que les cellules dendritiques humaines possèdent un récepteur au mannose. La cytométrie en flux et l’examen microscopique ont été utilisés pour vérifier et mesurer la capture de l’allergène.

Clairement, PM montrait une plus grande capacité à être capturé que N et P. Les cultures de splénocytes de souris sensibilisés prolifèrent mieux avec augmentation de l’IL-10 (signature TH1) avec PM qu’avec N et P.

Stephanie Eicchorn (Autriche) a traité de Pru p 3, LTP de pêche.

L’allergie à cette molécule, fréquente sur le pourtour méditerranéen, peut mettre en danger la vie des patients.

Le but est donc de créer une immunothérapie allergénique efficace et sûre à cet allergène majeur de la pêche.

Ces chercheurs ont créé un variant recombinant proline de Pru p 3, dénommé Pru p 3 C1 afin de le comparer à Pru p 3 natif. A l’aide de sera de 26 patients allergiques à la pêche dont la réactivité a été démontrée par test de provocation orale en double aveugle contre placebo, les chercheurs ont pu donc pratiquer une comparaison fiable.

Pru p 3 C1 montrait une très forte réduction de la capacité de couplage des IgE spécifiques (1000 fois moins en moyenne) alors, point essentiel, que l’immunogénicité restait parfaitement conservée.

Nicki Leung, de l’Université de Hong-Kong (Chine), dans un travail pratiqué en collaboration avec des membres de l’Université de Davis (Californie), est venu nous parler d’un nouveau candidat pour l’immunothérapie allergénique, le mimotope .

Le mimotope est une protéine capable de mimer un épitope. Il a la même spécificité que l’épitope, avantage, il a la capacité de bloquer la liaison antigène-anticorps.

Les auteurs ont sélectionné 8 mimotopes ayant la plus grande homologie avec la tropomyosine de crustacés. Un modèle murin sensibilisé a permis de mettre en évidence que les IgG produites pouvaient bloquer la liaison aux IgE spécifiques.

Alija H, Danemark, a rappelé que l’immunothérapie allergénique sublinguale est considérée comme un traitement sûr et efficace des allergies respiratoires.

Toutefois, l’ITASL peut provoquer quelques effets secondaires et nécessite un traitement de plusieurs années.

Un nouveau moyen d’administrer le médicament, les liposomes cationiques, sont susceptibles d’améliorer l’apport avec de plus petites quantités d’allergènes.

Les auteurs ont eu recours à un modèle murin de sensibilisation à l’ovalbumine (OVA). Les souris étaient traitées par voie sublinguale soit avec de l’OVA native, soit avec de l’ovalbumine encapsulée dans des liposomes cationiques POPC selon plusieurs protocoles, puis, toutes étaient sensibilisées à l’OVA par injection péritonéale. Les souris subissaient ensuite un test de provocation nasale à l’OVA et un lavage broncho-alvéolaire après euthanasie pour mesurer les éosinophiles ainsi que la mesure des IgE spécifiques sériques et celle des cytokines TH2.

L’effet prophylactique de l’administration sublinguale d’OVA par POPC ou par OVA native était aussi bon en réduisant l’inflammatoire allergique des voies respiratoires. Il faudrait donc trouver un moyen d’améliorer le résultat de cette ITA via les liposomes.

Le Guevel X, Espagne, a abordé un nouvel aspect celui de l’effet ligand des nanoparticules de très petites tailles dans l’immunomodulation des cellules dendritiques.

Un ligand est un atome, un ion, une protéine portant des fonctions chimiques lui permettant de se lier à un ou plusieurs atomes ou ions centraux.

Des nanoparticules d’or de deux tailles (1 nm et 12 nm) ont été étudiées sur des cellules dendritiques pour déterminer leur réponse inflammatoire. Il s’agissait de cellules dendritiques immatures, l’effet ligand en fonction de la taille et en fonction de la charge a été mesuré selon la maturation des cellules dendritiques et la prolifération des cellules T.
Les résultats indiquent une influence de la taille et montrent bien maturation des cellules dendritiques et prolifération des cellules T.

Enfin, Köhring H, Allemagne, a exposé l’encapsulation des allergènes dans des nano-transporteurs.

Pour cela, les auteurs ont synthétisé un macromonomère de PEG diméthacrylate présentant des sites acétal qui se dégrade en pH acide. L’allergène et le macromonomère étaient encapsulés dans un liposome. Il a été démontré que les cellules dendritiques internalisent ces nano-transporteurs sans toxicité.

L’allergène utilisé était le pollen de fléole. Des cellules dendritiques de sujets allergiques à ce pollen ont été mises en culture. Les cellules traitées au préalable par les nano-transporteurs montraient une prolifération spécifique 50% supérieure à celle obtenue avec l’allergène seul natif.

L’allergologie moléculaire a apporté beaucoup d’éléments positifs dans le cadre du diagnostic. La connaissance des composants allergéniques responsables d’IgE-réactivité symptomatique et des composants certes IgE-réactifs mais non symptomatiques entraînant des réactions croisées, la connaissance du rôle des CCD, la connaissance des degrés d’homologie entre les différentes familles de molécules, tous ces éléments, ont permis à l’allergologue clinicien de faire le tri de toutes ses réactivités pour mieux choisir la composition des extraits allergéniques, de mieux connaître le risque encouru par le patient (arachide, LTP, PR-10), etc. Tout cela est devenu le pain quotidien de l’activité allergologique.

Comme le montre cette session, à présent, les avancées de l’allergologie moléculaire vont permettre d’améliorer la qualité de l’immunothérapie allergénique. Pourtant dans le même temps, s’aperçoit-on que les recombinants purifiés ne sont pas suffisamment immunogène.

De fait, la chasse aux adjuvants est ouverte.

La voie des allergoïdes est empruntée en améliorant encore plus leur prise en charge par les cellules dendritiques (récepteur au mannose). Un variant proline de Pru p 3 est moins IgE-réactif tout en restant immunogène. Autres voies, ce sont celles des liposomes, des nanoparticules…

L’allergologie moléculaire n’a pas fini de nous surprendre.


Compte-rendu offert grâce au soutien du laboratoire ALK
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