L’allergologue de demain devra avoir de bons yeux !

lundi 16 février 2015 par Dr Céline Palussière303 visites

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L’allergologue de demain devra avoir de bons yeux !

L’allergologue de demain devra avoir de bons yeux !

lundi 16 février 2015, par Dr Céline Palussière

Analyse des épitopes de Ara h 2 et Ara h 6 : modèles caractéristiques des empreintes digitales de la liaison IgE spécifique chez des individus ayant des histoires cliniques semblables. : K. Otsu, R. Guo and S. C. Dreskin,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2015 (45) 471–484.

- Contexte :

  • Ara h 2 et Ara h 6 sont des allergènes modérément homologues de la cacahuète, à fort potentiel allergisant.

- Objectif :

  • Identifier les épitopes linéaires liant les IgE de Ara h 6, les comparer à ceux de Ara h 2, et classer leur liaison en fonction des histoires cliniques.

- Méthodes :

  • Trente sujets fortement allergiques à l’arachide ont été classés en fonction de leur histoire clinique.
  • Les sera ont été dilués afin de contenir les mêmes taux d’IgE vis-à-vis de l’arachide.
  • La liaison aux IgE a été testée sur des peptides chevauchant de 20-mères sur Ara h 2 et Ara h 6.

- Résultats :

  • Chaque sujet possédait une unique « empreinte digitale » de liaison IgE aux peptides ; ces données ont été corrélées aux liaison épitopiques.
  • Les IgE des sujets ayant des histoires cliniques de réactions les plus sévères (n=19) avaient la plus faible fréquence d’événements de liaison (EL) pour Ara h 2 (52 EL sur 152 (19*8 épitopes) EL possibles, comme sur Ara h 6 (13 EL sur 133 (19*7)EL possibles, par rapport aux sujets ayant des histoires cliniques de réactions plus modérées (n=11) (Ara h 2 : 47 EL sur 88 (11*8 épitopes) EL possibles, p<0,01 ; Ara h 6 : 25 EL sur 77 (11*7 épitopes) EL possibles, p<0,001).
  • Grâce à une analyse de groupement hiérarchique non supervisée, les sujets ayant des histoires cliniques semblables pouvaient être rassemblés en groupes.
  • Nous avons essayé d’identifier les modèles à haut risque de liaison aux peptides de Ara h 2 et Ara h 6 prédominant chez les sujets ayant une histoire clinique de réaction sévère (OR=12,6 ; IC 95%2,0-79,5 ; p<0,01).

- Conclusion et pertinence clinique :

  • Les IgE des patients ayant les histoires des plus fortes réactions cliniques reconnaissent moins d’épitopes linéaires sur Ara h 2 et Ara h 6 que les sujets ayant des réactions modérées et lient ces épitopes selon des modèles caractéristiques.
  • L’examen détaillé de la liaison des IgE sur les épitopes de Ara h 2 et Ara h 6 pourrait avoir une valeur pronostique.

Les connaissances en allergologie progressent à la manière d’un zoom de plus en plus précis sur les allergènes. Passant de la poussière de maison aux acariens, puis ciblant les molécules responsables de la réaction allergique au niveau moléculaire, les progrès amènent désormais au ciblage des épitopes liant les IgE sur ces allergènes.

Cette étude très intéressante a cherché à identifier quels étaient les épitopes les plus souvent en jeu dans les réactions allergiques à l’arachide reposant sur une sensibilisation aux 2S-albumines Ara h 2 et Ara h 6.

Ces deux protéines de stockage sont responsables des réactions les plus sévères dans les allergies alimentaires à l’arachide. En fonction des épitopes reconnus par les IgE des patients allergiques, les auteurs ont essayé des définir quels étaient les épitopes qui étaient reconnus par les patients ayant des antécédents des réactions les plus sévères avec l’arachide.

Les techniques de chevauchement peptidiques ont permis d’identifier les épitopes linéaires en jeu pour chacun des patients allergiques testés. Chaque profil de réactivité s’est avéré unique. Les patients ont été regroupés en fonction de la sévérité de leurs réactions. Les groupes ayant présenté les réactions les plus fortes possédaient un panel d’épitopes relativement étroit, par comparaison avec les groupes de patients ayant présenté les réactions modérées.

Il est difficile d’expliquer avec certitude pourquoi un spectre plutôt étroit de réactivité épitopique est lié à la sévérité des réactions cliniques. Le pontage des IgE se réalise certainement plus facilement sur les mastocytes.

Il sera passionnant de compléter ces connaissances par l’approche tridimensionnelle de l’allergène. Les IgE reconnaissent en effet une région épitopique en relief, les peptides distants pouvant se trouver à proximité par le fait du repliement de la protéine.

L’identification précise des régions épitopiques linéaires pourrait ainsi constituer un facteur prédictif de réaction allergique à l’arachide plus ou moins sévère chez les patients sensibilisés à Ara h 2 et Ara h 6.