Débit expiratoire de pointe : quelle technique pour quelles informations ?

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Débit expiratoire de pointe : quelle technique pour quelles informations ?

Débit expiratoire de pointe : quelle technique pour quelles informations ?

dimanche 21 septembre 2003, par Dr Arnaud Scherpereel

La mesure du débit expiratoire de pointe (« Peak Expiratory Flow ») est un acte réalisé en routine par les patients asthmatiques dans le suivi de leur fonction respiratoire. Les auteurs l’ont évalué ici.

Caractéristiques des mesures du débit expiratoire de pointe (« Peak Expiratory Flow »). : Christina A. Holcroft, ScD ; Ellen A. Eisen, ScD ; Susan R. Sama, ScD and David H. Wegman, MD * From the University of Massachusetts (Drs. Holcroft, Eisen, and Wegman), Lowell ; and the Harvard School of Public Health (Dr. Sama), Boston, MA. dans Chest. 2003 ;124:501-510

- Objectifs de l’étude : Évaluer les caractéristiques du protocole de mesure du débit expiratoire de pointe (DEP) et caractériser les éléments de reproductibilité des mesures multiples du débit expiratoire de pointe.

- Technique de l’étude : investigation en cross-section.

- Population : Universitaire.

- Participants : 223 adultes sains.

- Interventions : les participants réalisaient 5 mesures du débit expiratoire de pointe dans chacune des 5 sessions quotidiennes pendant 1semaine.

- Mesures et résultats :
* les éléments de variabilité intersessions étaient caractérisés en utilisant des critères de reproductibilité basés sur un pourcentage large de différence entre les meilleurs essais et la preuve d’un bronchospasme induit par la manœuvre (BIM) indiquée par des chutes successives des valeurs du DEP dans une session.
* Bien que la valeur maximale du DEP dans une session soit obtenue à la quatrième ou cinquième tentative dans 32% des cas, le changement des valeurs du DEP était faible.
* La supervision était associée à de faibles améliorations en terme de niveau et de reproductibilité.
* En utilisant un seuil de 5% pour définir la reproductibilité, 15% de toutes les sessions n’étaient pas reproductibles.
* Quand les valeurs étaient moyennées pour chaque sujet, 9% de la cohorte avait une différence moyenne > 5%.
* De plus, le BIM était rare et observé dans 8% de toutes les sessions ; cependant le BIM était plus fréquent parmi les asthmatiques et les sujets avec des sibilants, une atopie, ou des allergies que chez les sujets sains.
* Au contraire, une pauvre reproductibilité était plus fréquente parmi les fumeurs et les sujets avec toux et expectoration.

- Conclusions :
* ces résultats illustrent qu’il peut être inutile de superviser toutes les sessions ou de recueillir plus de 3 efforts.
* Ces résultats suggèrent aussi que la reproductibilité reflète les anomalies liées au tabac, alors que le bronchospasme induit par la manœuvre du DEP pourrait refléter l’hyperréactivité bronchique.


Les auteurs ont donc évalué les caractéristiques du protocole de mesure du débit expiratoire de pointe (DEP) et la reproductibilité des mesures multiples obtenues.

Leurs conclusions sont

  • (1) l’inutilité de superviser toutes les sessions ou de recueillir plus de 3 efforts,
  • (2) qu’une mauvaise reproductibilité du DEP pourrait refléter des anomalies respiratoires liées au tabac, et
  • (3) que le bronchospasme induit par la manœuvre du DEP pourrait refléter une hyperréactivité bronchique sous-jacente.

Cette dernière donnée est discutable devant le caractère peu fréquent du bronchospasme induit par la manœuvre du DEP par rapport à la banalité d’une hyper-réactivité bronchique chez le patient asthmatique.

Si les données fournies par les auteurs semblent intéressantes et bien établies dans cette étude, il reste au moins deux grands problèmes indépendants pour l’utilisation du DEP chez les patients asthmatiques.

Premièrement, l’observance de la mesure régulière du DEP est très difficile à obtenir, en dehors d’une courte période d’observation, même chez les patients asthmatiques modérés à sévères (Chest. 1998 Apr ;113(4):968-72). Il est ainsi suggéré par certains de limiter l’utilisation de la mesure du DEP dans le management de l’asthme à des patients à forte motivation, et pour de courtes périodes.

Deuxièmement, l’asthme est caractérisé pour part par une dysfonction des petites voies aériennes (Chest. 2001 Aug ;120(2):482-8). La corrélation entre le DEP et le VEMS, mais pas le DEM 50, est assez bien établi. Cependant, le DEP ne reflète pas de façon sensible l’atteinte des petites voies aériennes dans l’asthme et ne peut donc servir à les évaluer au domicile du patient que si il est associé à la réalisation des spirométries régulières .

Au total, la mesure du DEP est un instrument utile de l’asthme d’un patient mais en respectant certaines modalités de prescription et de réalisation, et doit rester associé à la réalisation régulière de spirométries.