Allergologie divinatoire : prédiction de l’asthme sur photo de la chambre !!

mercredi 7 janvier 2004 par Dr Stéphane Guez3925 visites

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Allergologie divinatoire : prédiction de l’asthme sur photo de la chambre !!

Allergologie divinatoire : prédiction de l’asthme sur photo de la chambre !!

mercredi 7 janvier 2004, par Dr Stéphane Guez

La prévention des affections allergiques chez les enfants à risque en fonction des antécédents familiaux repose sur un bon contrôle de l’environnement. Comment ces mesures sont-elles déjà appliquées chez les familles à risque ? Cette donnée est importante à connaître pour pouvoir développer des programmes de prévention.

Réduction de l’exposition à l’environnement chez les nouveaux-nés à haut risques : où devons nous commencer ? : Schonberger HJ, Maas T, Dompeling E, Pisters J, Sijbrandij J, van der Heide S, Knottnerus AJ, van Weel C, van Schayck OP.

Department of Family Practice, Research Institute Extra, University Maastricht, Maastricht, The Netherlands. Huub.Schonberger@hag.unimaas.nl

dans Ann Allergy Asthma Immunol. 2003 Dec ;91(6):531-8.

Lorsqu’on analyse les effets des mesures de réduction de l’exposition à l’environnement sur l’asthme chez les enfants à haut risque, on doit savoir combien de familles d’asthmatiques ont déjà appliqué de telles mesures, car cela va modifier l’efficacité des interventions thérapeutiques dont l’objectif est de diminuer l’exposition à l’environnement.

- Objectif de l’étude : Décrire la chambre qui pourrait améliorer les familles asthmatiques en fonction des acariens et des animaux domestiques, la façon de diminuer les allergènes alimentaires ainsi que le tabagisme passif d’origine parental, et déterminer l’efficacité de ces mesures en étudiant le taux des allergènes acariens et des animaux domestiques après applications de mesures sanitaires.

- Méthodes :

  • Les données ont été recueillies par observations, l’étude de carnets de suivi quotidien, et des questionnaires lorsque les enfants étaient âgés de 6 mois à 1 an.
  • Des échantillons de poussière ont été collectés par aspirateur dans le living room sur le sol et au niveau des matelas des enfants et des parents.
  • Une analyse multivariée a été réalisée sur le plan statistique en fonction
    • de la protection du matelas par une housse,
    • en fonction de l’existence d’un revêtement léger du sol,
    • de la présence d’animaux domestiques,
    • d’une alimentation exclusive au sein ou non, ou
    • en fonction de l’utilisation de laits hypoallergéniques jusqu’à l’age de 6 mois,
    • et en fonction du tabagisme.

- Résultats  :

  • La fréquence des mesures de protection sont les suivantes :
    • revêtements de sol léger 36%,
    • nettoyage quotidien de la maison 27%,
    • utilisation d’une housse pour le matelas 13% chez les enfants et 9% chez les adultes,
    • pas d’animaux domestiques 66%,
    • pas de lait de vache normal 13%,
    • pas de diversification alimentaire avant 6 mois 28%,
    • pas de tabac dans la maison : par la mère 89% avant la naissance, après la naissance 85% et par le partenaire 76%.
  • Le fait d’avoir un revêtement de sol spécifique ainsi qu’une housse au matelas entraîne une diminution significative des taux d’allergènes acariens et des allergènes animaux.

- Conclusions : Il y a encore du travail à faire pour diminuer l’exposition à l’environnement en ce qui concerne les pneumallergènes et les trophallergènes, principalement en préconisant l’utilisation des housses anti-acariens, une alimentation exclusive au sein et/ou l’utilisation de formules hypoallergéniques et en retardant la diversification alimentaire après l’age de 6 mois.


Les auteurs démontrent que certaines mesures de contrôle de l’environnement sont déjà largement appliquées dans les familles à risque pour éviter l’asthme chez l’enfant : absence de tabac et d’animaux domestiques. Par contre il faudrait plus d’utilisation de housses anti-acariens et retarder la diversification alimentaire.

Ce travail est intéressant car il permet de savoir par où commencer pour agir sur l’environnement chez les nouveaux-nés à risque.

En effet il est absurde de proposer des mesures de contrôle de l’environnement sans savoir celles qui sont déjà appliquées dans ces familles ou au moins un des parents est également asthmatique et/ou allergique.

Ce travail montre que par exemple des mesures comme l’absence de tabac et d’animaux domestiques sont déjà largement appliquées. D’autre part l’utilisation d’une alimentation au sein et de formules de lait hypoallergéniques sont également souvent utilisées. Il semble par contre qu’il y ait une sous utilisation des housses anti-acariens ainsi que la généralisation d’un sol sans moquette. De même la diversification alimentaire reste souvent trop précoce.

Il faudrait donc agir de façon spécifique sur ces 2 derniers points : housse anti-carien et retard de la diversification alimentaire.

Dans ce travail il n’y a aucune allusion aux discussions concernant l’effet réel de ces mesures de protection sur l’apparition de l’asthme ou de l’allergie. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif des auteurs.

Pour notre pratique quotidienne on retiendra qu’il faut un diagnostic personnalisé des mesures de prévention en tenant compte des mesures déjà appliquées sous peine d’agacer les parents et de se disqualifier.

La généralisation de l’évaluation du taux d’allergènes dans l’habitat pourrait être une aide réelle pour contrôler l’efficacité de ces meures, en assurer la surveillance dans le temps, et faire le tri entre les mesures vraiment efficaces et celles qui le sont peu ou pas du tout.

Un diagnostic allergénique précis de l’habitat via des prélèvements dans l’habitat devrait faire partie des examens de routine réalisés par les allergologues.