L’Europe allergique : ouf ! on respire le même air pollué partout.

samedi 22 mai 2004 par Dr Stéphane Guez1782 visites

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L’Europe allergique : ouf ! on respire le même air pollué partout.

L’Europe allergique : ouf ! on respire le même air pollué partout.

samedi 22 mai 2004, par Dr Stéphane Guez

Pourquoi y a-t-il des différences de prévalence de l’asthme selon les différents pays européens ? Cela peut-il provenir de la qualité de l’air et du niveau de pollution ? Il faudrait pour cela faire une étude sur les effets de la pollution de l’air à l’aide de prélèvements atmosphériques provenant de toute l’Europe. Cette étude est là.

Effet adjuvant sur l’allergie et effets inflammatoires des particules de l’air ambiant en milieu urbain. : Dybing E, Lovdal T, Hetland RB, Lovik M, Schwarze PE.

Division of Environmental Medicine, Norwegian Institute of Public Health, POB 4404, Nydalen, NO-0403 Oslo, Norway

dans Toxicology. 2004 May 20 ;198(1-3):307-14

- Introduction et objectif de l’étude :

  • Il existe une prévalence différente en terme d’allergie respiratoire selon les différents pays d’Europe.
  • Cela peut-il venir de la qualité de l’air ambiant et des différences en terme de particules impliquées dans la pollution atmosphérique ?

- Méthodologie :

  • Les PM (1O) et PM (2.5) ont été collectés par des impacteurs montés en série, durant une période de 4 semaines, au printemps, en été et en hiver à Amsterdam, Lodz et Oslo ainsi qu’à Rome et sur la cote danoise.
  • Les échantillons ont été analysés à la recherche de leur potentiel allergisant par le test sur des lymphoïdes du creux poplité de souris et à l’aide d’un test ELISA à la recherche d’IgE.
  • Pour l’étude inflammatoire, la libération de cytokines par les macrophages en particulier de MIP-2 a été déterminée sur des lignées cellulaires de rats.

- Résultats  :

  • La plupart des fractions de particules entraînent une augmentation de la réponse lymphocytaire des nodules lymphoïdes de la souris dans le modèle de l’allergie à l’ovalbumine, montrant qu’ainsi il y a un effet adjuvant de ces fractions d’air sur la réponse allergique.
  • Certains échantillons donnent une réponse lymphocytaire même en l’absence d’ovalbumine, certainement en raison de la présence d’une fraction ayant une action inflammatoire non spécifique.
  • Toutes les fractions entraînent une augmentation des IgE spécifiques en dehors de quelques échantillons.
  • Les particules fines ont un effet adjuvant plus important que les grosses particules.
  • Une augmentation significative de la réponse par IgG2a spécifique est observée pour les particules fines et pour quelques grosses particules, prouvant une réponse de type TH1.
  • Il n’y a pas de différence significative dans l’effet adjuvant selon le site de prélèvement des échantillons.
  • Les échantillons collectés de particules dans les différentes villes d’Europe sont différents dans leur potentialité à produire de la MIP-2.
  • Les grosses fractions des échantillons urbains, ainsi que celles collectées sur les cotes sont plus actives dans la production de MIP-2 que les particules fines.
  • En fonction des saisons, les fractions de grosses particules collectées en été semblent les plus actives.

Les auteurs démontrent que les particules fines ont un effet adjuvant allergique mais induisent également une réaction inflammatoire non spécifique.

Il n’y a pas de différence significative de l’action allergisante selon les villes alors que la composition de la pollution particulaire est différente avec un effet variable sur l’inflammation.

Ainsi dans ce travail multicentrique, les auteurs ont cherché comment expliquer les différences observées dans la prévalence de l’asthme et des maladies allergiques entre les différentes villes d’Europe.

Les auteurs ont collecté des échantillons atmosphériques et ont extrait les particules.

Ils ont étudié l’action adjuvante allergisante à l’aide d’un test qui consiste à injecter de l’ovalbumine au niveau du creux poplité de rats avec ou sans particules fines ou grosses, ou avec des particules seules. Puis ils ont étudié la capacité de prolifération de ces cellules à l’aide de l’incorporation de thymidine tritiée.

Pour l’effet inflammatoire, ils ont étudié la production de MIP-2 sur des lignées de cellules.

Les résultats montrent que les particules fines ont un effet adjuvant de l’allergie plus élevé que les grosses particules. Cependant, les grosses particules ont un effet inflammatoire non spécifique. Il n’y a pas de différence entre les prélèvement des différentes villes d’Europe concernant cet effet adjuvant sur l’allergie.

Par contre il existe un effet inflammatoire qui est plus marqué avec des prélèvements de particules provenant de certaines villes.

Ainsi, la pollution atmosphérique peut expliquer le développement variable des maladies inflammatoires respiratoires hautes ou basses, alors qu’il ne semble pas y avoir de différence en ce qui concerne l’effet adjuvant allergique qui s’observe quasiment partout.

Il y a donc d’autres facteurs qui devraient expliquer les différences observées en terme de prévalence des affections allergiques entre les différents pays européens.