Chinois des villes et chinois des champs : lequel éternue ?

jeudi 28 octobre 2004 par Dr Stéphane Guez1107 visites

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Chinois des villes et chinois des champs : lequel éternue ?

Chinois des villes et chinois des champs : lequel éternue ?

jeudi 28 octobre 2004, par Dr Stéphane Guez

Comment peut-on expliquer les différences de prévalence de l’allergie entre milieu rural et milieu urbain ? L’état nutritionnel, la nature des aliments ingérés ou les infections parasitaires sont-ils des explications possibles ? Faut-il tous vivre à la campagne ou peut-on habiter en ville ?

Facteurs nutritionnels, infection parasitaire et allergie chez des enfants en milieu rural et suburbain au Vietnam. : Quyen DT, Irei AV, Sato Y, Ota F, Fujimaki Y, Sakai T, Kunii D, Khan NC, Yamamoto S.

Vietnam National Institute of Nutrition, Ha Noi, Viet Nam

dans J Med Invest. 2004 Aug ;51(3-4):171-7

- Introduction :

  • Il y a souvent plus d’allergie en milieu urbain qu’en milieu rural.
  • Des facteurs diététiques et parasitaires ont été considérés comme des éléments explicatifs possibles.

- Objectif de l’étude :

  • Cette étude a évalué la prévalence de l’allergie chez des écoliers en milieu rural et suburbain au Vietnam, pays ou les affections parasitaires sont communes.

- Méthodologie :

  • Un total de 195 enfants âgés de 9 à 13 ans a rempli un questionnaire sur les manifestations allergiques.
  • Un prélèvement sanguin et une analyse de selles ont été réalisés.
  • L’état nutritionnel, le régime alimentaire et les infections parasitaires ont été précisés chez tous les enfants inclus.

- Résultats :

  • L’allergie est plus fréquente :
    • chez les filles (10.7% versus 7.6%),
    • chez les enfants en milieu suburbain (11.8% versus 6.9%),
    • chez les enfants ayant un poids par rapport à l’age (16.7% versus 7.6%) et une taille par rapport à l’age (14.8% versus 4.9%) entre le 10ème et le 75ème percentile par rapport à une baisse de 3 percentiles,
    • et chez les enfants sans trichinose par rapport à ceux ayant une forme légère (12.5% versus 9.3%)
  • bien qu’aucune de ces comparaisons ne soient statistiquement significative.
  • Une analyse en régression logistique ajustée sur le sexe, l’age et le milieu de vie, ne montre pas d’association entre l’allergie et :
    • l’état nutritionnel,
    • la nature des aliments ingérés
    • ou les infections parasitaires.
  • L’ingestion de riboflavine, cependant, est associée négativement avec l’allergie (OR=0.00, IC95% : 0.00-0.65, p=0.038).

- Conclusion :

  • Les auteurs n’ont pas pu mettre en évidence d’association entre allergie et état nutritionnel, régime alimentaire et infection parasitaire.
  • Cependant, dans une population ayant une forte dénutrition et une infection parasitaire, la prévalence de l’allergie est faible
  • et une ingestion très faible de riboflavine est associée à un fort risque d’allergie.

Dans ce travail épidémiologique les auteurs n’ont pas retrouvé de facteurs nutritionnels, alimentaires ou parasitaires pouvant expliquer la plus forte prévalence des affections allergiques en milieu suburbain par rapport au milieu rural. Cependant la dénutrition et une infection parasitaire semblent protéger de l’allergie.

Ce travail est intéressant car il est rare de voir publier des études contradictoires et des résultats négatifs par rapport aux courants de pensées allergologiques.

La théorie hygiéniste est actuellement très critiquée et ce travail va en ce sens.

La prévalence de l’allergie ne peut pas s’expliquer de façon simple, et ce n’est pas pour ce travail le régime alimentaire ou l’état parasitaire qui expliquent les différences entre milieu rural et suburbain.

Il existe cependant des différences mais non statistiquement significatives.

On peut pourtant se demander s’il n’y aurait pas des sous groupes masqués par le nombre d’enfants inclus, car une dénutrition importante fait apparaître une différence significative entre allergique et non allergique.

La limite de ce travail est sans doute le questionnaire qui n’est peut être pas suffisant pour établir un diagnostic d’allergie de façon précise.

Mais l’important est qu’il n’y a aucune différence statistiquement significative ce qui prouve qu’il faut chercher des explications ailleurs.

Décidemment la clé pour expliquer l’augmentation des maladies allergiques n’est pas encore trouvée...