Enfants asthmatiques : attention à l’expiromètre !

lundi 10 janvier 2005 par Dr Philippe Carré1448 visites

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Enfants asthmatiques : attention à l’expiromètre !

Enfants asthmatiques : attention à l’expiromètre !

lundi 10 janvier 2005, par Dr Philippe Carré

L’inflammation des voies aériennes est caractéristique de l’asthme, mais sa mise en évidence est en pratique difficile. La mesure du NO expiré semble un marqueur fiable sur des études longitudinales. Les auteurs ont étudié son intérêt chez des enfants naïfs (non évalués antérieurement) avec un asthme intermittent atopique.

Mesure de la fraction expirée d’oxyde nitrique (FE de NO), fonction pulmonaire et hyperréactivité des voies aériennes chez des enfants asthmatiques atopiques naïfs. : I. Tillie-Leblond1,2, P. Gosset2, A.-B. Tonnel1,2

1Lung Department, University Hospital, Lille, France ; 2Unité INSERM U416, Institut Pasteur, Lille, France

dans Allergy 60 (1), 23-29

- Contexte

  • La mesure de la FE de NO est un marqueur non invasif, simple, bien toléré et reproductible de l’inflammation des voies aériennes.
  • Les enfants asthmatiques avec une fonction respiratoire normale pourraient être affectés par l’inflammation des voies aériennes.
  • Le but de cette étude était d’établir la corrélation entre la FE de NO et l’hyperréactivité bronchique (HRB) à la métacholine, et entre la FE de NO et la fonction pulmonaire chez des enfants asthmatiques avec asthme intermittent.

- Méthodes

  • 37 enfants (dont 21 garçons), âgés de 7.2 à 14.4 ans (moyenne : 10.9 ans), avec un asthme atopique intermittent léger et une histoire de sifflements et/ou d’oppression respiratoire confirmés par un médecin, ont été inclus.
  • Aucun n’avait pris de traitement anti-inflammatoire depuis au moins 3 mois avant le début de l’étude.
  • Aucun n’avait de symptôme d’infection respiratoire dans le mois précédent.
  • Tous les sujets ont eu une mesure de la FE du NO, des tests de fonction respiratoire et un test de provocation à la méthacholine.

- Résultats

  • Les pourcentages moyens du VEMS et des débits expiratoires médians (DEM) étaient respectivement de 91.9  10.5 et 88.3  11.8.
  • La FE moyenne de NO était 62.2  ppb, et la PC20 à la méthacholine était de 0.93 mg/ml  0.54.
  • Des corrélations significatives ont été mises en évidence entre la FE du NO et le VEMS (p<0.0059, r=0.468) et entre la FE du NO et les DEM (p<0.0098, r=0.439).
  • Il n’y avait pas de corrélation entre la FE du NO et le log de la PC20 (p=0.14).

Conclusions

  • Une simple mesure de la FE du NO a probablement une bonne valeur pronostique et prédictive et il n’est pas surprenant de trouver une discordance avec l’HRB.
  • Les auteurs suggèrent que la mesure de la FE du NO pourrait représenter aussi un bon marqueur d’inflammation bronchique chez des enfants atopiques naïfs avec asthme intermittent.
  • Des mesures répétées dans le temps sont probablement nécessaires pour mieux comprendre les implications cliniques des résultats obtenus dans cette étude.

Chez 37 enfants asthmatiques dits « naïfs », avec un asthme intermittent atopique confirmé sur des données cliniques médicales, et des valeurs d’obstruction bronchique faiblement altérées (VEMS à 91.9 % de la normale en moyenne, et DEM à 88.3 %), il y avait une corrélation entre la mesure du NO expiré et les niveaux d’obstruction. Et ce chez des enfants ne recevant aucun traitement anti-inflammatoire depuis au moins 3 mois.

Ceci confirme que, même chez des enfants asthmatiques avec une fonction respiratoire quasi-normale, on peut mettre en évidence une inflammation bronchique par la mesure du NO, alors même que la réactivité bronchique à la méthacholine n’est pas corrélée avec le NO, et n’est donc pas un test fiable d’inflammation bronchique chez ce type de patients.

La mesure du NO est donc un bon test prédictif d’inflammation à un stade précoce, mais sa valeur clinique pronostique sur l’évolution de l’asthme reste méconnue, ce que conçoivent les auteurs de l’étude, qui s’interrogent sur les implications cliniques de ces résultats.

Ce dépistage précoce pose le problème du traitement éventuel de l’inflammation bronchique chez des enfants quasi asymptomatiques au plan clinique et fonctionnel : faut-il traiter ces enfants par des anti-inflammatoires inhalés, avec les risques potentiels associés ? Rien ne permet de le justifier actuellement, en l’absence d’études de suivi au long cours.

Par ailleurs, l’utilisation du test au NO reste encore confidentielle en pratique clinique, de par les contraintes qu’il impose, surtout en médecine de ville. Or la majorité de ces enfants seront suivis par leurs médecins traitants, ce qui rend l’utilité pratique de ce test plus qu’aléatoire et en limite pour l’instant l’intérêt en recherche clinique essentiellement.