Un nouveau test dans la rhinite allergique saisonnière : la biopsie de l’œsophage ?

jeudi 15 décembre 2005 par Dr Stéphane Guez4249 visites

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Un nouveau test dans la rhinite allergique saisonnière : la biopsie de l’œsophage ?

Un nouveau test dans la rhinite allergique saisonnière : la biopsie de l’œsophage ?

jeudi 15 décembre 2005, par Dr Stéphane Guez

Il est fréquent de noter une augmentation des éosinophiles dans le sérum des patients allergiques ainsi que dans les tissus respiratoires concernés par une réaction allergique. Cependant, on peut être amené en particulier sur le plan digestif à découvrir une éosinophilie muqueuse. Peut-on la rapporter au terrain atopique ?

Infiltration éosinophiles de la muqueuse œsophagienne chez un patient ayant une allergie aux pollens. : K. Onbasi*, A. Z. Sin*, B. Doganavsargil†, G. F. Onder‡, S. Bor‡ and F. Sebik*

*Department of Internal Medicine, Division of Immunology and Allergy, Ege University School of Medicine, Izmir, Turkey, †Department of Pathology, Ege University School of Medicine Izmir, Turkey and ‡Department of Internal Medicine, Division of Gastroenterology, Ege University School of Medicine, Izmir, Turkey

dans Clinical & Experimental Allergy 35 (11), 1423-1431.

- Introduction :

  • L’œsophage est normalement libre d’éosinophiles.
  • Il y a quelques affections qui peuvent s’accompagner d’une infiltration à éosinophiles.
  • L’allergie alimentaire a été considérée comme un cause possible surtout chez l’enfant mais quelques études ont également mentionné la possibilité d’une infiltration éosinophiles liée aux pneumallergènes

- Objectif de l’étude :

  • Dans ce travail, les auteurs ont étudié s’il existe un recrutement d’éosinophiles dans l’œsophage de patients allergiques aux pollens et ayant une symptomatologie respiratoire saisonnière.

- Méthodologie :

  • 38 patients symptomatiques (rhinite allergique avec ou sans asthme) et ayant une sensibilisation aux graminées ont été inclus dans ce travail pendant la saison pollinique.
  • Les témoins sont 25 patients en bonne santé et non atopiques, et 24 patients ayant un diagnostic de reflux gastro-œsophagien.
  • Le reflux a été une cause d’exclusion dans le groupe allergique et dans le groupe témoin non atopique alors que la présence d’une allergie a été éliminée chez les patients témoins
  • L’endoscopie gastro-intestinale a été réalisée chez tous les patients inclus et des biopsies ont été prélevées au niveau de l’œsophage proximal et distal afin d’évaluer l’infiltration en éosinophiles.
  • Dans le même temps, le nombre des éosinophiles a été mesuré dans le sang circulant.

- Résultats :

  • L’accumulation d’éosinophiles au niveau de la muqueuse œsophagienne a été notée chez 10 patients allergiques (26%) et chez 5 patients (21%) ayant un reflux gastro-œsophagien mais chez aucun des patients témoins sains (0%) (p<0.05).
  • Le taux sanguin des éosinophiles est plus élevé chez ces 10 patients que chez les autres 28 patients n’ayant pas d’infiltration éosinophiles.
  • Dans ce groupe le taux des éosinophiles sanguins est également corrélé avec le nombre des éosinophiles infiltrant la muqueuse œsophagienne. (p<0.001).
  • Il y a une infiltration éosinophiles plus intense au niveau de la partie distale de l’œsophage dans le groupe ayant un reflux par rapport au groupe allergique (moyenne 7.6 +/- 5.6 versus 3.2 +/- 3.7).
  • Néanmoins, les éosinophiles sont concentrés dans l’œsophage proximal (moyenne 5.5 +/- 7.3) chez les patients allergiques bien qu’ils soient de 1.7 +/- 1.5 chez les patients ayant un reflux (p> 0.005).

- Conclusion :

  • Ces résultats montrent que l’infiltration éosinophile peut être observée dans le tissu œsophagien de patients ayant une allergie des voies respiratoires pendant la saison symptomatique.
  • Ces données pourraient refléter les aspects systémique et muqueux habituels rencontré dans l’inflammation allergique.

Les auteurs démontrent qu’il existe, chez des patients allergiques respiratoires lors de l’exposition aux allergènes pendant la saison pollinique, une infiltration éosinophiles de la muqueuse œsophagienne. Cette infiltration reflète l’augmentation des éosinophiles secondaire à l’allergie respiratoire.

Ce travail est intéressant car il montre et confirme que chez certains patients allergiques la réaction est systémique, atteignant non seulement les voies respiratoires mais également le tube digestif.

Ainsi, il est montré dans ce travail que chez certains patients il existe une infiltration de la muqueuse œsophagienne en éosinophilies au niveau proximal lors de l’exposition allergénique pendant la saison pollinique.

Il serait intéressant de savoir si ces patients ont plus de risque ou non de faire une allergie alimentaire croisée ou non associée à la sensibilisation aux pneumallergènes.

Par ailleurs on note également une infiltration éosinophile chez les patients témoins ayant un reflux gastro-œsophagien. Cette constatation est intéressante car elle éclaire la pathologie du reflux d’une façon très nouvelle : il y aurait une association possible avec des manifestations de type allergique sachant que souvent dans l’étiologie de l’asthme on note souvent l’association d’un terrain atopique et d’un reflux ?

Il aurait également été intéressant de savoir si en dehors de la saison pollinique il y a ou non disparition de l’infiltration éosinophiles de l’œsophage.

Sur le plan physiopathologique on peut également discuter le mécanisme : secondaire à la stimulation globale du système immunitaire, ou déglutition de pollens entraînant une réaction allergique à la surface de la muqueuse œsophagienne ?