Un allergène bizarroïde, c’est un allergoïde !?

mercredi 29 mars 2006 par Dr Alain Thillay1543 visites

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Un allergène bizarroïde, c’est un allergoïde !?

Un allergène bizarroïde, c’est un allergoïde !?

mercredi 29 mars 2006, par Dr Alain Thillay

L’immunothérapie sublinguale a déjà démontré son efficacité. Mais qu’en est-il des mécanismes immunologiques dépendant de cette immunothérapie ? Sont-ils bien en corrélation avec le profil réactif des sécrétions des différentes cellules impliquées ?
C’est tout l’objectif de ce travail sur une immunothérapie par voie sublinguale à l’aide d’un allergoïde de dermatophagoïdes pteronyssinus.

L’Immunothérapie sublinguale à l’aide d’un allergoïde monomérique de dermatophagoïdes diminue la réponse IgE spécifique et augmente à la fois la production d’INF-gamma et d’IL-10. : L. Cosmi1*, V. Santarlasci1*, R. Angeli*, F. Liotta*, L. Maggi*, F. Frosali*, O. Rossi*, P. Falagiani, G. Riva, S. Romagnani*, F. Annunziato* and E. Maggi*

*Center of Research, Transfer, High Education ’DENOthe’, University of Florence, Firenze and Lofarma Allergeni, SpA, Milano, Italy

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (3), 261-272.

- Contexte

  • L’efficacité et la sécurité cliniques de l’immunothérapie sublinguale (ITSL) pour les aéroallergènes ont été démontrées par plusieurs essais, tandis que les modifications immunologiques induites par ce traitement, pouvant expliquer l’amélioration clinique, restent peu claires.

- Objectif

  • Étudier in vitro les effets d’une ITSL efficace sur la sécrétion allergo-dépendante de la réponse des cellules T et de la sécrétion des cytokines ainsi que le taux sérique des chémokines, des IgE, des IgG1 et des IgG4.

- Matériels et méthodes

  • Vingt-cinq patients sensibilisés à l’acarien dermatophagoïdes pteronyssinus (DP) atteints de symptômes de rhinite et/ou d’asthme pérennes ont été randomisés dans deux groupes (13 non traités et 12 traités par ITSL) durant les 18 mois de l’étude.
  • La réponse proliférative des cellules mononuclées du sang périphérique à l’encontre de l’allergène purifié Der p1, la production de leurs cytokines (INF-gamma, IL-4, IL-10 et TGF-Bêta), les taux sériques des chémokines liées aux réponses de type 2 Helper (Th2) (CCL22) ou de type 1 Helper (Th1) (CXCL10) et les IgE, IgG1 et IgG4 spécifiques de DP, ont été évalués avant et après 6 mois de traitement.

- Résultats

  • L’ITSL induit une réduction significative du score symptomatique et de consommation de médicaments après 6, 12 et 18 mois de traitement en comparaison aux patients non traités.
  • Les patients sous ITSL ont montré une diminution significative des taux sériques des IgE spécifiques de DP tandis que les IgE totales sériques, les IgG1 et les IgG4 spécifiques restaient inchangées.
  • La réponse proliférative des cellules T spécifiques de Der p1 in vitro après 6 mois de traitement était réduite alors qu’aucun effet n’était observé sur la prolifération de cellules T en réponse à l’antigène (streptokinase).
  • D’ailleurs, l’INF-gamma et l’IL-10 ont été sensiblement augmentés dans les supernageants de culture des cellules mononuclées du sang périphérique chez les patients traités depuis 6 mois comparativement à ceux mesurés en début de la thérapie.

- Conclusion

  • Ces données suggèrent que l’augmentation de la production par les cellules T de l’IL-10- et de l’INF-gamma précède et s’associe à la diminution des IgE spécifiques induites par l’ITSL, ce fait fournit une explication rationnelle au bénéfice clinique de l’ITSL obtenu chez des patients allergiques.

Avant de donner quelques commentaires concernant ce travail, il convient de rappeler ce qu’est un allergoïde.

Actuellement, nous utilisons pour l’immunothérapie spécifique de plus en plus des extraits allergéniques standardisés adsorbés le plus souvent sur hydroxyde d’aluminium ou sur phosphate de calcium. Ainsi, les allergènes sont mieux tolérés que les extraits aqueux, l’allergène est libéré progressivement, le vaccin est moins réactogène et plus immunogène du fait de la présence de cet adjuvant.

L’allergoïde est un allergène modifié par un procédé chimique, polymérisation par aldéhyde par exemple, pour rester immunogène et perdre son allergénicité.

Dans cette étude, il s’agit donc d’un allergoïde monomérique de DP. Elle a été pratiquée sur 18 mois.

L’efficacité thérapeutique est démontrée dès le sixième mois de traitement par rapport au groupe non traité. Il est dommage que le groupe non traité n’ait pas reçu un placebo.

Dès 6 mois de traitement, cette efficacité est corrélée à une diminution des IgE sériques spécifiques de DP, une diminution de la réponse proliférative des cellules T vis-à-vis de Der p1 alors que ces mêmes cellules répondent toujours bien à la streptokinase -c’est donc bien spécifique- et une augmentation des interleukines de profil Th1, IL-10 et INF-gamma.

Ce travail rappelle donc, pour ceux qui en douteraient encore, que l’ITSL est efficace et surtout, qu’elle correspond à une modification bénéfique et spécifique des différentes sécrétions des cellules immunocompétentes. Elle montre aussi l’intérêt de cette allergoïde monomérique de DP.

Nous pouvons donc poursuivre en toute quiétude à poser l’indication de l’ITSL en général et aux acariens en particulier.