Intérêt des probiotiques sur la DA : uniquement si allergie alimentaire ?

mercredi 31 mai 2006 par Dr Alain Thillay3070 visites

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Intérêt des probiotiques sur la DA : uniquement si allergie alimentaire ?

Intérêt des probiotiques sur la DA : uniquement si allergie alimentaire ?

mercredi 31 mai 2006, par Dr Alain Thillay

Les probiotiques sont sensés avoir un effet bénéfique pour la santé de l’hôte. Des études antérieures ont suggéré une diminution de la sévérité de la dermatite atopique (DA) chez des sujets recevant ces probiotiques. La question était de savoir si cet effet positif se révélait chez les sujets atteints de DA souffrant ou non d’une allergie alimentaire.

L’effet des probiotiques sur la dermatite atopique se limite-t-il aux enfants sensibilisés aux aliments ? : D. Sistek*, R. Kelly*, K. Wickens*, T. Stanley, P. Fitzharris and J. Crane*

*Wellington Asthma Research Group, Department of Medicine, School of Medicine and Health Sciences, Wellington, New Zealand, Department of Paediatrics, School of Medicine and Health Sciences, Wellington, New Zealand and Department of Respiratory Medicine & Allergy, Guy’s Hospital, London, UK

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (5), 629-633.

- Introduction :

  • Il a été montré antérieurement que les probiotiques peuvent réduire la sévérité de la dermatite atopique (DA) chez les nourrissons et les enfants.

- Objectif :

  • Mettre en évidence l’effet de deux probiotiques (Lactobacillus rhamnosus et Bifidobacteria lactis) chez des enfants atteints de DA avérée.

- Sujets et méthodes :

  • Des enfants atopiques atteints de dermatite évolutive ont reçu 2 x 1010 colonies (unités par gramme de probiotique) (n=29) ou le placebo (n=30).
  • Les deux ont été administrés quotidiennement sous forme de poudre mélangée à la nourriture ou à l’eau.
  • La dermatite atopique était évaluée en fonction de l’extension et de la sévérité (SCORAD), au départ à l’état basal, puis, 2 semaines et 12 semaines après le début du traitement et enfin 4 semaines après l’arrêt du traitement.

- Résultats :

  • Le résultat de la moyenne géométrique du SCORAD basal était de 26.0 (21.9-30.8) dans le groupe probiotique et de 35.1 (28.9-42.8) dans le groupe placebo (p=0,02).
  • Après ajustement en fonction des différences entre ces deux groupes à l’état basal, il n’y avait aucune amélioration significative de la DA à 12 semaines, rapport de la moyenne géométrique du SCORAD : 0.80 (IC 95% = 0.62-1.04, p=0.10).
  • Parmi les enfants sensibilisés aux aliments, il y avait une amélioration chez ceux traités par les probiotiques, rapport de la moyenne géométrique du SCORAD : 0.73 (IC 95% = 0.54-1.00, p=0.047).

- Conclusion :

  • Dans cette étude, une association de Lactobacillus rhamnosus et de Bifidobacteria lactis a amélioré la dermatite atopique uniquement chez les enfants sensibilisés à un aliment.

La définition actuelle des probiotiques est précise, il s’agit de « microorganismes vivants, qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, produisent un effet bénéfique pour la santé de l’hôte ».

Comme le rappellent ces auteurs, des études antérieures ont suggéré une amélioration de la dermatite atopique chez les nourrissons et les enfants qui prennent des probiotiques.

Toutefois, il faut se souvenir que les études concernant les probiotiques sont relativement peu nombreuses, souvent sur des échantillons insuffisants et effectuées avec des souches probiotiques différentes.

La question posée par cette étude est très pertinente. Ces effets bénéfiques se vérifient-ils sur toutes les DA ou seulement sur celles de patients présentant une allergie alimentaire ? Les résultats semblent bien montrer une amélioration du SCORAD des patients ayant une allergie alimentaire.

Ce constat amène quelques réflexions.

Si effectivement, l’allergie alimentaire ne peut être considérée comme la seule étiologie de la DA, les résultats de cette étude suggèrent que les probiotiques n’agissent que sur ce facteur allergique alimentaire. Leur action est donc liée à un effet sur le système immunitaire lié au tube digestif.

Pour être tout à fait complet, il faudrait à présent pouvoir pratiquer des études prospectives à grande échelle sur des nourrissons qui développent une allergie alimentaire pour vérifier si la modulation immunitaire apportée par les probiotiques permet à ceux-ci d’écourter la période d’éviction alimentaire. En un mot, savoir si les probiotiques ont une action de maturation du système immunitaire lié au tube digestif.

Une nouvelle approche simple de la thérapeutique de la dermatite atopique avec composante allergique alimentaire qui mérite une étude rationnelle de grande envergure.