Faut-il mieux être dépressif ou anxieux quand on est asthmatique ?

mardi 31 octobre 2006 par Dr Philippe Carré2311 visites

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Faut-il mieux être dépressif ou anxieux quand on est asthmatique ?

Faut-il mieux être dépressif ou anxieux quand on est asthmatique ?

mardi 31 octobre 2006, par Dr Philippe Carré

L’asthme est multifactoriel. De nombreuses causes peuvent expliquer un mauvais contrôle de la maladie, dont les troubles psychologiques. Des études antérieures ont montré la grande fréquence, surtout chez les jeunes asthmatiques, de la dépression et de l’anxiété. Quelle en est la part en terme de contrôle et de qualité de vie ?

Quel est le pire pour le contrôle de l’asthme et la qualité de vie : la dépression, l’anxiété ou les deux ? : Kim L. Lavoie, PhD ; Simon L. Bacon, PhD ; Silvana Barone, BSc ; Andre Cartier, MD ; Blaine Ditto, PhD and Manon Labrecque, MD, MSc, FCCP

* From the Research Center (Drs. Cartier and Labrecque, and Ms. Barone), Division of Chest Medicine, Hôpital du Sacré-Cur de Montréal ; Department of Psychology (Dr. Lavoie), University of Quebec at Montreal ; Department of Exercise Science (Dr. Bacon), Concordia University ; and Department of Psychology (Dr. Ditto), McGill University, Montreal, QC, Canada

dans Chest. 2006 ;130:1039-1047.

- Contexte

  • La prise en charge lourde de l’asthme apparaît liée au mauvais contrôle de la maladie.
  • Bien que des études précédentes aient montré une association entre les symptômes dépressifs (SD) et les symptômes d’anxiété (SA), et un mauvais contrôle de l’asthme et une qualité de vie détériorée, leur impact relatif sur ces désordres n’a pas été étudié.
  • Cette étude a évalué l’impact relatif des SD et des SA sur le contrôle de l’asthme et la qualité de vie.

- Méthode

  • 504 adultes consécutifs, avec une maladie asthmatique confirmée médicalement, ont subi un bref interrogatoire psychiatrique structuré, utilisant une « évaluation de premier niveau des désordres mentaux ».
  • Le contrôle de l’asthme et de la qualité de vie liée à l’asthme ont été évalués par le « Questionnaire de Contrôle de l’Asthme (QCA) » et le « Questionnaire de Qualité de Vie de l’Asthme (QQVA) ».
  • Tous les patients ont eu une spiromètrie.

- Résultats

  • 31% des patients (n=157) avaient les critères diagnostiques d’un ou plusieurs symptômes psychiatriques (8% avaient uniquement des SD, 12% des SA, et 11% les deux).
  • L’analyse a révélé des effets indépendants des SD sur le score total du QCA (p<0.01), et des SD et SA sur le score total du QQVA et de ses 4 échelles (p<0.05).
    - Il n’y avait pas d’effets interactifs.

- Conclusions

  • Les résultats suggèrent que les SD et les SA sont associés à une dégradation de la qualité de vie liée à l’asthme, mais que seuls les SD sont associés à un mauvais contrôle de la maladie.
  • De façon intéressante, le fait d’avoir simultanément des SD et des SA n’entraînait pas de risque additionnel de mauvais contrôle de l’asthme ou d’altération de la qualité de vie.
  • Les médecins doivent considérer la différence d’impact des troubles de l’humeur quand ils évaluent les niveaux du contrôle de l’asthme et de la qualité de vie.

Cette étude a évalué par un interrogatoire, chez 504 asthmatiques, la prévalence de la dépression et de l’anxiété, ainsi que leur influence sur le contrôle de la maladie et la qualité de vie des patients en utilisant des questionnaires validés.

La dépression et l’anxiété sont des symptômes fréquents, retrouvés chez un tiers des patients (8% de dépressifs, 12% d’anxieux et 11% associant les deux symptômes).

L’existence de symptômes dépressifs est uniquement associée à un mauvais contrôle de la maladie.

Par contre, la mauvaise qualité de vie est associée à la fois aux symptômes dépressifs ou anxieux.

Et aussi, l’association des deux types de symptômes n’augmentait pas le risque de mauvais contrôle ou d’altération de la qualité de vie.

On peut conclure de cette étude que :

  • la dépression et l’anxiété liées à l’asthme peuvent avoir des mécanismes différents au plan physiopathologique, en raison du retentissement respectif différent qui a été mis en évidence dans cette étude chez les patients asthmatiques
  • un mauvais contrôle de la maladie peut être lié à un état dépressif latent
  • les médecins en charge des asthmatiques doivent donc essayer de déceler chez leurs patients les symptômes évocateurs de dépression ou d’anxiété
  • la prise en charge psychologique ou psychothérapique doit faire partie de l’arsenal thérapeutique dans l’asthme, quand nécessaire.