Asthmatique : dis-moi qui tu es, je te dirai où tu vas.

mercredi 29 novembre 2006 par Dr Philippe Carré832 visites

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Asthmatique : dis-moi qui tu es, je te dirai où tu vas.

Asthmatique : dis-moi qui tu es, je te dirai où tu vas.

mercredi 29 novembre 2006, par Dr Philippe Carré

Existe-t-il des facteurs prédictifs, liés à des caractéristiques démographiques, de gravité, de niveau de prise en charge ou de co-morbidité, qui pourraient servir de déterminants prospectifs dans le contrôle à distance de la maladie asthmatique au long cours ? C’est l’objet de cette enquête rétrospective de santé publique.

Déterminants du contrôle à distance de l’asthme sur le long terme. : Michael Schatz, MD, MSa, Robert S. Zeiger, MD, PhDa, William M. Vollmer, PhDb, David Mosen, PhDb, E. Francis Cook, ScDc

a From the Department of Allergy, San Diego
b Center for Health Research, Portland, Kaiser-Permanente Medical Care Program
c Department of Epidemiology, Harvard School of Public Health, Boston

dans JACI Volume 118, Issue 5, Pages 1048-1053 (November 2006)

- Contexte

  • On a fait l’hypothèse que le contrôle de l’asthme était inversement lié à la sévérité de l’asthme, lié directement à l’efficacité de sa prise en charge, et aussi à d’autres facteurs définis, mais les données empiriques pour prouver ces hypothèses sont rares.

- Objectif

  • Identifier des déterminants prospectifs indépendants du contrôle à distance à long terme de l’asthme, à partir de facteurs prédictifs de sévérité de l’asthme, de prise en charge, de démographie et de co-morbidité.

- Méthodes

  • Des études de surveillance ont été obtenues à partir d’un échantillon randomisé de 2250 membres d’une organisation de surveillance de la santé, âgés de 18 à 56 ans, ayant un asthme persistant.
  • Des données pharmaceutiques informatisées ont permis d’obtenir les dispensations médicamenteuses de base et de suivi annuelles.
  • Le critère principal était le contrôle annuel de l’asthme au long cours, en utilisant une échelle validée à 4 niveaux, basée sur le nombre de cartouches délivrées de bêta-agoniste de courte action.

- Résultats

  • Étaient associés de façon indépendante à un moins bon contrôle de l’asthme, dans les analyses de régression logistique : la prise de corticoïdes oraux (odd ratio OR 1.9) ou des visites non programmées (OR 1.2) dans l’année précédente, un tabagisme (OR 2.2), une BPCO (OR 1.9), le sexe masculin (OR 1.5), la race noire(OR 1.3), ainsi qu’un niveau d’éducation inférieur (OR 1.1)
  • L’inhalation régulière de corticoïdes (OR 0.7), de bêta-agoniste de longue action (OR 0.7), ainsi que la prise en charge par un spécialiste de l’asthme (OR 0.6) étaient associées de façon indépendante à un meilleur contrôle de la maladie.

- Conclusion

  • Les marqueurs de sévérité de l’asthme et d’autres caractéristiques des patients sont liés de manière inverse au contrôle à distance de l’asthme, mais des stratégies de prise en charge efficaces sont associées à un meilleur contrôle, même après la prise en compte de ces caractéristiques à haut risque.

- Implications cliniques

  • Les corticoïdes inhalés, les bêta-agonistes de longue action, et la prise en charge par un spécialiste de l’asthme sont associés à un meilleur contrôle de l’asthme, même après prise en compte des marqueurs de sévérité de l’asthme.

Cette étude a analysé un groupe de 2250 asthmatiques âgés de 18 à 56 ans, ayant un asthme persistant, de façon à évaluer les facteurs associés à un meilleur ou à un moins bon contrôle de la maladie.

Plusieurs facteurs étaient associés à un moins bon contrôle de l’asthme : la consommation de corticoïdes oraux, des visites non programmées chez le médecin, un tabagisme associé, une BPCO.

De plus, le sexe masculin, la race noire et un degré bas d’instruction étaient aussi des facteurs néfastes pour le contrôle.

Par contre, l’inhalation de corticoïdes inhalés au long cours, de même que celle de bêta-agonistes de longue action, était associée à un meilleur contrôle, de même que le fait d’être suivi par un médecin spécialiste de l’asthme, et ce, quels que soient par ailleurs les marqueurs de sévérité de la maladie asthmatique.

Ces résultats ne sont pas surprenants, dans la mesure où l’on sait depuis longtemps que le tabagisme a des effets délétères sur l’asthme, que la BPCO est souvent liée au tabagisme, et que le fait de prendre des corticoïdes oraux ou de consulter de façon imprévue son médecin sont le témoin d’une acutisation de la maladie. De même, des conditions d’éducation défavorables sont connues pour favoriser une mauvaise compliance au traitement ou un accès plus difficile aux thérapeutiques.

Par contre, l’inhalation régulière de corticoïdes et de bêta-agonistes de longue durée fait partie des recommandations de prise en charge médicamenteuse de l’asthme persistant, selon des modalités différentes selon le caractère persistant léger ou modéré ; il est donc logique que leur utilisation soit associée à un meilleur contrôle de l’asthme.

Enfin, il est notable de voir que cette étude confirme aussi des données rapportées antérieurement, à savoir qu’être pris en charge pour un asthmatique par un médecin spécialiste dans ce domaine est un facteur de meilleur contrôle de la maladie, ce qui se conçoit dans une maladie où les composantes sont si nombreuses qu’elles nécessitent une approche de longue haleine, au moins dans les formes persistantes. La bonne communication entre le médecin spécialiste et le médecin référent est le gage d’une prise en charge optimale de la maladie asthmatique.