Allergie à IgE, rejet de l’environnement, rejet du soi !?

vendredi 2 novembre 2007 par Dr Alain Thillay2453 visites

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Allergie à IgE, rejet de l’environnement, rejet du soi !?

Allergie à IgE, rejet de l’environnement, rejet du soi !?

vendredi 2 novembre 2007, par Dr Alain Thillay

Il est déjà bien montré que les sera de patients allergiques comprennent des IgE réagissant avec nombre de protéines antigéniques du soi. Dans cette revue, les auteurs font le point sur les données in vitro concernant cette autoréactivité IgE dépendante et déplorent, bien sûr, la faiblesse des données cliniques. Le sujet est passionnant et, à mon sens, fondamental. Il nécessite la remise en question de nombreuses idées reçues. A lire et à méditer !

Réactivité IgE dépendante contre les antigènes du soi : une question controversée. : Sabine Zellera, Andreas G. Glasera, Monica Vilhelmssonb, Claudio Rhynera, Reto Crameria

aSwiss Institute of Allergy and Asthma Research, Davos, Switzerland ;
b Karolinska Institutet, Department of Medicine, Clinical Allergy Research Unit, Stockholm, Sweden

dans International Archives of Allergy and Immunology 2008 ;145:87-93 (DOI : 10.1159/000108133)

La réactivité dépendante des Immunoglobulines E (IgE) à l’encontre des antigènes du soi est bien établie in vitro par ELISA, inhibition d’ELISA, Western Blot et étude de la prolifération des cellules T.

In vivo, les IgE spécifiques des antigènes du soi sont capables de susciter des réactions importantes de type I et de sensibiliser les individus et, dans le cas de la superoxyde dismutase à manganèse humaine, d’obtenir des réactions eczémateuses sur des zones de peau saine de patients souffrant d’eczéma atopique.

Les réactions dirigées contre les antigènes du soi qui partagent une homologie structurelle avec des allergènes de l’environnement pourraient ainsi s’expliquer de manière plausible par mimétisme moléculaire entre des épitopes B communs.

Pour la seconde catégorie d’IgE dirigées contre des antigènes du soi sans homologie de séquence d’allergènes connus, il est encore difficile de savoir si les structures sont capables d’induire des cellules B susceptibles d’orienter vers la production d’IgE, ou si la réactivité est due à la similitude des séquences partagées avec des allergènes environnementaux non encore connus.

Toutefois, dans tous les cas, la réactivité croisée n’est jamais complète, indiquant soit une plus faible affinité des IgE vis à vis des allergènes du soi comparativement aux allergènes environnementaux homologues ou soit la présence d’autres épitopes additionnels des cellules B à la surface des allergènes de l’environnement, ou les deux.

L’accumulation de preuves montre que les allergènes du soi pourraient jouer un rôle déterminant dans l’aggravation des maladies atopiques de longue durée.

Cependant, la seule observation soutenant un rôle clinique de l’autoréactivité IgE dépendante est limitée par le seul fait que les taux d’IgE dirigées contre les antigènes du soi est en corrélation avec la gravité de la maladie.


Les auteurs de cette étude sous forme de revue discutent des différentes théories de l’auto-immunité dépendante des IgE.

Il a en effet été démontré que les sera de patients souffrant de maladies allergiques chroniques avec un fond inflammatoire contiennent des IgE orientées contre une grande variété d’antigènes du soi.

Une première théorie se fait jour, c’est celle de l’homologie structurelle entre un antigène du soi et un allergène environnemental.

Ainsi, la superoxyde dismutase à manganèse humaine comporte-t-elle 70% d’homologie avec l’Aspergillus fumigatus.

Autre exemple, dans la même veine, celui des cyclophilines, ayant de nombreuses fonctions cellulaires dont celle de fixer la cyclosporine, qui appartient à une famille de panallergènes provoquant des réactions à IgE. Ainsi, les cyclophilines sont reconnues par les IgE sériques de patients sensibilisés à des cyclophilines environnementales.

Dans un travail de 2006, des chercheurs ont cloné la cyclophiline d’Aspergillus fumigatus (Asp f 27) pour mettre en évidence des réactions in vitro et in vivo. Il a été ainsi déterminé une homologie structurelle tridimensionnelle (structure cristalline) entre la structure de cyclophiline de la levure Malassezia sympodialis (Mala s 6) et celle d’Asp f 27 responsable d’une réaction croisée IgE médiée. On peut donc en voir l’intérêt dans la dermatite atopique où Malassezia pullule dans les plis.

Pour la seconde catégorie de protéines antigéniques du soi ne possédant pas d’homologie, même très partielle, commune avec des allergènes environnementaux, la discussion reste encore très ouverte. S’agit-il de notre méconnaissance d’allergènes environnementaux non encore identifiés ? S’agit-il de notre méconnaissance d’un moyen d’activation des cellules B susceptibles de s’orienter vers la production d’IgE ?

En tous cas, les auteurs avancent que dans le cadre de ces réactions croisées auto-immunes à IgE, la réactivité n’est pas totale.

Les allergologues connaissent bien ces patients traînant une dermatite atopique souvent sévère, généralisée, jusqu’à l’âge adulte chez lesquels ils trouvent des IgE totales sériques élevées.

Dans ces cas, il existe à mon sens, deux populations, un groupe de patients chez lesquels les tests cutanés et sériques mettent en évidence des IgE spécifiques des aéroallergènes communs, ils peuvent être asymptomatiques sur le plan respiratoire, et, un second groupe, pour lesquels les tests restent négatifs.

En spéculant un peu, -c’est bien d’être un opératif, parfois, il est bon d’être un spéculatif-, en spéculant donc, nous pourrions imaginer que le premier groupe correspondrait à ces réactions croisées avec homologie structurelle et le second à cette réactivité IgE dépendante sans cette homologie.

Pour mémoire, je rappelle qu’à plusieurs occasions lors des congrès de l’AAAAI, j’ai entendu dire du bien de l’immunothérapie spécifique dans le cas de ces dermatites atopiques de l’adulte asymptomatiques sur le plan respiratoire mais ayant des tests cutanés positifs à un ou plusieurs aéroallergènes communs. L’explication serait que l’immunothérapie spécifique en rééquilibrant la balance TH1/TH2 via la stimulation des cellules T régulatrices aurait un rôle global sur l’ensemble de la réactivité à IgE.

Alors, à la lecture de ce genre d’article, toujours en spéculant mais avec raison gardée, on pourrait se dire que la déviation de l’immunité à IgE, programmée à l’origine pour la lutte anti-parasitaire, aboutirait à une maladie auto-immune. Cette maladie auto-immune commençant par les allergènes environnementaux, -ne sont-ils pas issus de la même soupe biologique primordiale-, elle se poursuivrait ensuite par des cas intermédiaires comme l’allergie au liquide séminal pour finir par une auto-immunité stricto sensu plus ou moins puissante, dans sa forme « modérée » aurait besoin d’homologie de structure et dans sa forme sévère ultime n’en aurait pas besoin.

Pourquoi vouloir isoler l’Homme au sein de son écosphère, il fait partie intégrante de celle-ci ? C’est ce que nous montre l’étude et la pratique de l’allergologie, nous ne pouvons plus, dans une pensée simplificatrice, voir l’homme comme un petit dieu indépendant venu de nulle part et imperméable à l’écosphère terrestre.

La compréhension de la maladie allergique IgE dépendante passe par cette remise en question.