Révolution en allergologie : et si la polysensibilisation n’existait pas ?

lundi 31 mars 2008 par Dr Stéphane Guez2800 visites

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Révolution en allergologie : et si la polysensibilisation n’existait pas ?

Révolution en allergologie : et si la polysensibilisation n’existait pas ?

lundi 31 mars 2008, par Dr Stéphane Guez

La polysensibilisation est une notion qui doit être entièrement revue car très critiquable. Contrairement à ce que le terme laisse entendre, il y a en fait peut-être sensibilisation à des allergènes croisées ou à des déterminants encore plus répandus : les résidus glycosylés. Qu’en est-il réellement ?

Caractérisation des déterminants croisants carbohydrates et peptidiques dans la poly sensibilisation pollinique. : Chardin H, Sénéchal H, Wal JM, Desvaux FX, Godfrin D, Peltre G.

Université Paris Descartes, Paris, France.

dans Clin Exp Allergy. 2008 Apr ;38(4):680-5.

- Introduction :

  • La réactivité croisée peut être due à une même séquence protéique ou des homologies de domaine et/ou à l’existence de déterminants croisants carbohydrates (CCD).
  • La signification clinique des réactivités croisées peptidiques est bien connue alors que la question reste débattue vis-à-vis des carbohydrates.

- Objectif de l’étude :

  • Le but de ce travail a été de caractériser la spécificité IgE de plusieurs patients présentant une polysensibilisation pollinique, pour identifier à la fois les déterminants croisants peptidiques et carbohydrates.

- Matériel et méthodes :

  • Les protéines de graines de colza, herbacées et arabette de Thalius ont été séparées par focalisation isoélectrique, suivie d’un SDS-PAGE et transfert sur une couche de nitrocellulose.
  • Les bandes ont été incubées :
    • soit avec un sérum unique de patient allergique au bouleau et aux herbacées, suivie par des anti-IgE humaines
    • ou avec un marquage par de la concanavaline A.
  • L’inhibition de fixation a été testée par incubation du sérum avec un mélange de résidus glycosylés

- Résultats :

  • Les résultats montrent 2 sortes de réactivité croisée du sérum :
    • l’une qui implique quelques protéines, pas toujours glycolysées et connues comme étant des allergènes,
    • et l’autre qui implique un certain nombre de molécules protéiques de poids moléculaires d’environ 30 kDa.
  • Cette seconde voie est très liée à la fixation de concanavaline A.
  • La fixation des IgE est abolie par un pré incubation avec des résidus sucrés seulement dans le cas de cette deuxième voie.

- Conclusion :

  • Cette étude montre que la polysensibilisation pollinique pourrait résulter :
    • de multiples sensibilisations à des protéines spécifiques
    • ou résulter d’une réactivité croisée à une large variété de glycoprotéines.
  • Le Blot bidimensionnel a permis de caractériser une réactivité croisée liée aux CCDS, et ainsi d’améliorer le diagnostic d’allergie et sa prise en charge médicale.

Dans ce travail in vitro, les auteurs démontrent que la polysensibilisation pollinique peut résulter soit d’une vraie sensibilisation multiple à divers allergènes polliniques, soit à une réactivité croisée liée à des protéines mal identifiées et qui ont la particularité de porter des résidus glycosylés, les CCD.

Ce travail confirme donc la difficulté d’interprétation concernant les tests cutanés et la biologie chez les patients lorsqu’il apparaît une polysensibilisation.

La difficulté est de faire la part entre une vraie polyallergie et de simples réactivités croisées. Les résidus glycosylés jouent un rôle majeur dans cette réactivité croisée.

Cette étude ne donne pas de renseignements cliniques et donc de données allergologiques. Il est certain que les problèmes sont plus compliqués lorsqu’on regarde seulement les résultats des tests sans intégrer ces données avec celles de l’histoire clinique du patient.

Mais ce travail semble montrer qu’il pourrait exister un test de routine pour faire la part des choses en pratique quotidienne : un test de saturation avec des résidus sucrés pourrait permettre de vérifier facilement si de multiples positivités en IGE spécifiques sont réelles ou dues aux CCD.

Le point non éclairci par cet article reste également le rôle éventuel des IgE anti-CCD en clinique : est-ce que réellement ces IgE n’ont pas de signification sur le plan symptomatique ?

Bref, il reste encore beaucoup de travail à faire pour mieux comprendre le rôle des CCD en pratique allergologique.