Pas de « cuisine » thérapeutique de masse pour les allergiques alimentaires : ils sont trop délicats !!

vendredi 10 octobre 2008 par Dr Stéphane Guez1387 visites

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Pas de « cuisine » thérapeutique de masse pour les allergiques alimentaires : ils sont trop délicats !!

Pas de « cuisine » thérapeutique de masse pour les allergiques alimentaires : ils sont trop délicats !!

vendredi 10 octobre 2008, par Dr Stéphane Guez

L’expression de l’allergie alimentaire est très variable selon l’allergène en cause, avec des manifestations mineures et d’autres graves en particulier l’anaphylaxie et l’œdème de Quincke. Est-ce que pour autant les plans d’urgence sont différents et adaptés à la gravité réelle de l’allergie du patient ?

Manifestations d’allergie alimentaire à l’arachide, à la noisette et aux fruits : comparaison des signes cliniques, de la prescription des traitements d’urgence et de l’impact sur la vie quotidienne. : T. M. Le, T. M. Lindner, S. G. Pasmans, C. L. H. Guikers, E. van Hoffen, C. A. F. M. Bruijnzeel-Koomen, A. C. Knulst

Department of Dermatology/Allergology, University Medical Center Utrecht, Utrecht, the Netherlands
Correspondence to Thuy-My Le
Department of Dermatology/Allergology
University Medical Center Utrecht
PO Box 85500
3508 GA Utrecht
the Netherlands

dans Allergy
Volume 63 Issue 7, Pages 910 - 916

- Introduction :

  • L’arachide (A), fruits à coque (FC) et les fruits (F) sont très souvent impliqués dans les allergies alimentaires.
  • L’arachide et les fruits à coque sont souvent considérés comme des allergènes entraînant des réactions plus sévères que les fruits.
  • Cependant aucune étude n’a comparée la sévérité des allergies à l’A, FC et aux F à l’intérieur d’un même groupe homogène de patients.

- Matériel et Méthode :

  • 411 adultes ont consulté dans un centre d’allergologie au Pays-Bas (centre tertiaire) pour une suspicion d’allergie alimentaire et ont complété un questionnaire standardisé.
  • Les patients ayant des manifestations typiques d’allergie IgE médiée, par exemple des manifestations oro-pharyngée à l’A et aux FC (noisette, noix de cajou, noix) ont été enrôlés (218/411).
  • Les objectifs ont été d’évaluer :
    • les différences entre la sévérité des symptômes cliniques selon l’allergène,
    • comment cette différence était ou non reflétée par la prescription des médicaments d’urgences
    • et qu’elle était le retentissement sur la vie quotidienne.

- Résultats :

  • 82% patients sur les 218 inclus sont sensibilisés à ces allergènes alimentaires.
  • Les pourcentages de sévérité des manifestations cliniques selon l’allergène sont les suivants :
    • manifestations respiratoires : 47% (A), 39% (FC), 31% (F)
    • manifestations cardiovasculaires : 11% (A), 5% (FC), 3.4% (F).
  • La prescription et l’utilisation des médicaments de secours (épinéphrine, antihistaminiques, et stéroïdes) ne sont pas différentes dans ces 3 groupes de patients.
  • La majorité des patients ayant une allergie à l’A ou au FC (72%) ou une allergie aux F (62%) rapportent un impact majeur sur leur vie quotidienne.

- Conclusion :

  • L’allergie aux fruits entraine des manifestations cliniques moins sévères que l’allergie aux fruits à coque et en particulier à l’arachide.
  • Cependant, cela n’est pas reflété par la prescription ou l’utilisation des médicaments d’urgences.
  • Ceci indique certainement que les médecins ne sont pas au courant des recommandations des guidelines sur la prescription des médicaments d’urgence.
  • Un impact important sur la qualité de vie a été trouvé pour l’ensemble de ces allergènes alimentaires.

Dans ce travail, les auteurs démontrent qu’il n’y a pas une bonne corrélation entre la sévérité des manifestations allergiques présentés par des patients ayant des allergies alimentaires et le traitement d’urgence prescrit. En particulier, l’adrénaline est prescrite alors même qu’elle n’est pas utile.

Ce travail est très intéressant car il prouve sans aucun doute l’intérêt d’une consultation allergologique spécialisée pour prendre en charge correctement un patient présentant des manifestations cliniques lors de l’ingestion d’aliments.

Les données récentes concernant l’allergologie moléculaire permet de bien faire la part des choses et de distinguer les patients à risque anaphylactique de ceux qui n’auront qu’un syndrome oral.

Seuls les premiers ont besoin d’adrénaline auto injectable. Les autres auront recours aux antihistaminiques et/ou aux corticoïdes.

Donc il faut un bilan très précis avant de prescrire ces traitements d’urgence et surtout pour prescrire un régime d’éviction qui soit vraiment utile au patient et bien indiqué comte tenu de la gêne considérable qu’il représente avec un impact majeur sur la qualité de vie.

Il serait intéressant de voir si, à l’issue de ce travail, les auteurs vont chercher à mettre en place une information précise auprès de leurs confrères généralistes et sous quelles formes.