Asthme infantile : intérêt d’un bon chauffage ?

vendredi 17 octobre 2008 par Dr Alain Thillay4599 visites

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Asthme infantile : intérêt d’un bon chauffage ?

Asthme infantile : intérêt d’un bon chauffage ?

vendredi 17 octobre 2008, par Dr Alain Thillay

Les facteurs environnementaux de l’habitat jouent un rôle important dans l’expression de l’asthme. Ici, cette étude néo-zélandaise aborde la notion de retentissement du système de chauffage sur l’asthme infantile. Qu’apporte le recours à un système de chauffage perfectionné et non polluant sur la fonction respiratoire et la qualité de vie de ces enfants ?

Effets d’un chauffage perfectionné sur l’asthme dans un ensemble de logements hébergeant des enfants : essai contrôlé, randomisé. : Howden-Chapman P, Pierse N, Nicholls S, Gillespie-Bennett J, Viggers H, Cunningham M, Phipps R, Boulic M, Fjällström P, Free S, Chapman R, Lloyd B, Wickens K, Shields D, Baker M, Cunningham C, Woodward A, Bullen C, Crane J.

He Kainga Oranga/Housing and Health Research Programme, University of Otago, Wellington, PO 7343, Wellington South, New Zealand. philippa.howden-chapman@otago.ac.nz

dans BMJ. 2008 Sep 23 ;337:a1411. doi : 10.1136/bmj.a1411

- Objectif :

  • Evaluer si un chauffage perfectionné et non polluant (pompe à chaleur, brûleur à granulés de bois, cheminée d’évacuation des gaz) a un effet positif sur la santé d’enfants asthmatiques.

- Méthodes :

  • essai contrôlé randomisé.
  • 409 enfants, âgés de 6 à12 ans, dont le diagnostic d’asthme a été établi par un médecin, ont été recrutés dans les foyers de cinq communautés en Nouvelle-Zélande.
  • Installation d’un chauffage non polluant plus efficace avant l’hiver.
  • Le groupe contrôle a reçu un appareil de chauffage de remplacement à la fin de l’essai.

- Principaux résultats mesurés :

  • Le principal résultat a été constitué par les modifications de la fonction pulmonaire (débit expiratoire de pointe, DEP et le volume expiratoire maximale à la première seconde, VEMS).
  • Les résultats secondaires comprenaient l’enregistrement des symptômes respiratoires et l’usage de médicaments préventifs et/ou le recours à des médications de secours.
  • À la fin de l’hiver 2005 (état basal) et en hiver 2006 (suivi) leurs parents ont communiqué l’état de santé général des enfants, l’utilisation des services de santé, l’ensemble de l’état respiratoire et les conditions de logement.
  • Les niveaux de dioxyde d’azote ont été mesurés mensuellement pendant quatre mois et les températures dans la salle de séjour et la chambre de l’enfant ont été enregistrées toutes les heures.

- Résultats :

  • L’amélioration de la fonction respiratoire n’est pas significative (différence moyenne du VEMS de 130,7 ml, IC 95% ; 20,3 à 281,7).
  • Cependant, par rapport aux enfants du groupe contrôle, les enfants du groupe d’intervention ont 1,80 jours d’absentéisme scolaire en moins (IC 95% ; 0,11 à 3,13), 0,40 visites en moins à un médecin pour l’asthme (0,11 à 0,62) et 0,25 moins de visites chez le pharmacien pour l’asthme (0,09 à 0,32).
  • Les enfants du groupe d’intervention a également eu moins de rapports de mauvaise santé (OR 0,48 ; IC 95% ; 0,31 à 0,74), moins de perturbation du sommeil par les sifflements thoraciques (0,55 ; 0,35 à 0,85), moins de toux sèche nocturne (0,52, 0,32 à 0,83), et une plus importante réduction des scores symptomatiques respiratoires (0,77 ; 0,73 à 0,81) que les enfants du groupe contrôle.
  • L’intervention a été associée à une élévation de la température moyenne dans la salle de séjour de 1,10 degré Celsius (IC 95% ; 0,54 degré Celsius à 1,64 degré Celsius) et dans la chambre d’enfant de 0,57 degré Celsius (0,05 degré Celsius à 1,08 degré Celsius).
  • De plus faibles niveaux de dioxyde d’azote ont été mesurés dans les salons des foyers du groupe d’intervention que dans ceux des foyers du groupe contrôle (moyenne géométrique de 8,5 microgrammes/m3 contre 15,7 microgrammes/m3, P <0,001).
  • Un effet similaire a été trouvé dans la chambre des enfants (7,3 microgrammes/m3 contre 10,9 microgrammes/m3, P <0,001).

- Conclusion :

  • L’installation d’un chauffage non polluant et plus efficace dans les maisons où vivent des enfants asthmatiques n’a pas permis d’améliorer sensiblement la fonction respiratoire, mais réduit de façon significative les symptômes d’asthme, les jours d’absentéisme scolaire, le recours aux soins de santé et les visites chez le pharmacien.

Les néo-zélandais sont très intéressés par la maladie asthmatique du fait d’une grande prévalence de celle-ci chez eux. Cette publication est le fruit d’un des axes de recherche d’un groupe spécialisé dans les conditions de l’habitat et de son retentissement sur la santé à l’Université d’ Otago, Wellington.

Le but était d’évaluer l’intérêt de l’installation d’un système de chauffage sophistiqué, peu polluant et plus efficace sur la santé globale et respiratoire d’enfants asthmatiques avec groupe intervention et un groupe témoin (pas de modification du chauffage).

La morale est sauve puisque les foyers témoins recevaient en fin d’étude le même chauffage neuf et performant. L’étude a duré un peu plus d’un an englobant l’hiver 2005 et l’hiver 2006. C’est une étude de suivi.

Le marqueur de la combustion des chauffages est la mesure du NO2 dans l’air ambiant de la salle de séjour et la chambre de l’enfant.

Après un an, sur le plan objectif de l’évaluation respiratoire par le DEP et le VEMS –j’aurais bien aimé avoir en plus le DEMM 25-75-, il n’y a pas de différence significative entre les enfants des deux groupes respectifs.

Par contre, il semble que les enfants du groupe chauffage sophistiqué vont mieux globalement, sont moins souvent réveillés par des accès de sibilants ou de toux nocturne, sont moins consommateurs de soins médicaux et donc vont moins souvent acheter des médicaments.

Ces résultats donnent l’impression qu’il faudrait laisser un peu plus de temps au temps, le retentissement positif sur la fonction respiratoire ne peut pas se montrer seulement au bout d’un an. Il faudrait pratiquer un nouveau contrôle à deux ans voir à trois ans.

Je regrette que les auteurs n’aient pas mesuré les variations du taux d’humidité relative de ces différents habitats. On le sait le facteur essentiel du développement des moisissures intérieures et des acariens est le taux d’humidité, sans doute, qu’un chauffage perfectionné améliore aussi les conditions hygrométriques intérieures.

Ce travail, comme bien d’autres, vient apporter de l’eau au moulin de l’importance des facteurs environnementaux dans la gestion des maladies respiratoires comme l’asthme. On peut aussi parler de la gestion de la composante allergique particulièrement ici où il est question d’asthme infantile qui est la plupart du temps d’étiologie allergique.

Une raison de plus pour nous allergologues de terrain d’interroger nos patients sur toutes les conditions d’environnement intérieur.