Continuera-t-on longtemps de traiter la dermite de contact allergique avec des dermocorticoïdes ?

vendredi 14 novembre 2008 par Dr David Fahri1953 visites

Accueil du site > Maladies > Eczéma > Continuera-t-on longtemps de traiter la dermite de contact allergique avec (...)

Continuera-t-on longtemps de traiter la dermite de contact allergique avec des dermocorticoïdes ?

Continuera-t-on longtemps de traiter la dermite de contact allergique avec des dermocorticoïdes ?

vendredi 14 novembre 2008, par Dr David Fahri

La dermite allergique de contact est l’une des maladies cutanées les plus fréquentes de l’homme. Son impact psychologique et socio-professionnel peut être considérable. De récentes études ont suggéré un rôle central de l’IL-17 et des cellules TΗ17 dans la survenue de la dermite de contact allergique chez la souris.

L’inflammation médiée par l’IL-23 et les cellules de types TΗ17 dans la dermite de contact allergique de l’homme : Larsen JM, Bonefeld CM, Poulsen SS, Geisler C, Skov L.

Section of Experimental Immunology, Department of International Health, Immunology and Microbiology, University of Copenhagen, Copenhagen, Denmark.

dans J Allergy Clin Immunol. 2008 Nov 3.

- Contexte :

  • Les cellules productrices d’interleukine-17 (IL-17), ou cellules TΗ17, sont des médiateurs-clés de l’inflammation chronique chez la souris.
  • De récentes études ont mis en évidence l’implication de l’inflammation médiée par les cellules TΗ17 dans la physiopathologie de plusieurs maladies humaines auto-immunes.
  • Toutefois, le rôle des cellules TΗ17 dans les phénomènes allergiques chez l’homme reste méconnu.

- Objectifs

  • L’objectif était d’étudier l’inflammation médiée par les cellules TΗ17 dans la dermite de contact allergique de l’homme.
  • En particulier, les auteurs ont cherché à évaluer la réponse kératinocytaire innée à l’allergène de contact, l’induction de cellules TΗ17 spécifiques d’allergène et la présence de cellules TΗ17 effectrice en peau inflammatoire.

- Méthodes

  • Des kératinocytes humains étaient stimulés in vitro avec du nickel.
  • La production d’IL-23 et d’IL-12 était quantifiée par PCR et par ELISA.
  • Les cellules T mémoire spécifiques d’allergène issues du sang périphérique étaient étudiées ex vivo chez des individus allergiques au nickel et chez des volontaires sains.
  • Des échantillons de lésions cutanées secondaires à des patch tests au nickel et des échantillons de peau normale étaient prélevés par immunohistochimie pour évaluer l’expression de cellules et de médiateurs de type TΗ17

- Résultats

  • En réponse à la stimulation par le nickel, les kératinocytes produisaient de l’IL-23, mais pas d’IL-12.
  • Chez les sujets allergiques au nickel, les cellules T mémoire issues du sang périphérique comprenaient des cellules de type TΗ17 et de type TΗ1 proliférant en réponse au dendrocytes stimulés par le nickel.
  • Ces cellules n’étaient pas observées chez les volontaires sains.
  • La peau inflammatoire des patients allergiques exposés par le nickel était contenait un infiltrat à polynucléaires neutrophiles et des cellules exprimant l’IL-17, l’IL-22, le CCR6 et le récepteur à l’IL-22 (IL-22R).

- Conclusion des auteurs

  • Cette étude montre l’implication de la réponse immunitaire médiée par les cellules TΗ17 dans la dermite de contact allergique de l’être humain et notamment dans les réponses innée et acquise aux allergènes de contact.

La dermite de contact allergique est la manifestation clinique d’une hypersensibilité de contact à un allergène de bas poids moléculaire (haptènes). La sensibilisation à un allergène de contact implique la prise en charge de cet haptène par une cellule présentatrice d’antigène dans la peau. En pratique, il s’agit d’une cellule de Langerhans (cellule dendritique cutanée).

Jusqu’à récemment, la survenue d’une dermite de contact allergique était attribuée à l’activation de lymphocytes T CD8+ et à la production d’interféron (IFN)-γ par des lymphocytes T CD4+ de type TΗ1, entraînant une destruction des kératinocytes hapténisés.

En 2005, une sous-population lymphocytaire T CD4+ particulière, produisant de l’IL-17 (cellules dites « TΗ17 ») a été identifiée en tissu inflammatoire, à la fois chez l’être humain et chez la souris. L’IL-17 a pour cible les cellules épithéliales, les cellules endothéliales et les macrophages, et stimule l’expression de cytokines et de chémokines pro-inflammatoires capables d’attirer et d’activer les polynucléaires neutrophiles dans les tissus inflammatoires.

De plus, l’IL-22 et l’IL-17, qui sont produits par les cellules TΗ17, co-stimulent le recrutement de cellules inflammatoires à travers l’endothélium, vers la peau, pendant la phase d’initiation de la réponse immune.

Le rôle crucial de l’IL-17 dans l’inflammation a été démontré par l’observation d’une altération de la réponse immunitaire cellulaire et humorale chez la souris knock-out pour l’IL-17.

Ainsi, une des grandes découvertes immunologiques de cette dernière décennie est l’identification du rôle crucial de la réponse de type TΗ17 dans l’inflammation.

Il est possible que de nombreuses maladies humaines auto-immunes, jusqu’à présent attribuées essentiellement à une réponse immunitaire de type TΗ1, soient en grande partie liée à une activation des cellules TΗ17.

On peut illustrer cette idée par le fait qu’une expression accrue de cellules et de cytokines (IL-17 et IL-23, notamment) de type TΗ17 a été récemment mise en évidence dans plusieurs maladies inflammatoires chroniques, notamment la polyarthrite rhumatoïde et le psoriasis.

Cette étude était conçue pour évaluer le rôle de la réponse TΗ17 dans la dermite de contact allergique chez l’être humain.

Sa conception et ses implications semblent complexes de prime abord, mais ses résultats peuvent être résumés en 3 points :

  • 1) les kératinocytes peuvent produire de l’IL-23 en réponse au nickel et ainsi favoriser une réaction inflammatoire de type TΗ17 en réponse à un allergène de contact ;
  • 2) les individus allergiques au nickel ont des cellules TΗ17 spécifiques d’antigène circulant dans le sang périphérique ;
  • 3) dans la dermite de contact allergique induite par le nickel, la peau atteinte est le siège d’une infiltration par des neutrophiles et des cellules exprimant l’IL-17, l’IL-22, le CCR6 et l’IL-22R.

L’implication clinique majeure de cette étude est que les nouvelles biothérapies ciblant l’inflammation de type TΗ17, comme par exemple l’ustékinumab (un anticorps monoclonal anti-IL-12/IL-23 d’origine humaine), pourraient présenter un intérêt thérapeutique dans la dermite de contact allergique. Ceci reste néanmoins à démontrer cliniquement.