L’immunothérapie, c’est comme la physique : « action, réaction ». Parfois systémique. Au fait, ça fait combien, « parfois » ?

mercredi 19 novembre 2008 par Dr Gérald Gay1076 visites

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L’immunothérapie, c’est comme la physique : « action, réaction ». Parfois systémique. Au fait, ça fait combien, « parfois » ?

L’immunothérapie, c’est comme la physique : « action, réaction ». Parfois systémique. Au fait, ça fait combien, « parfois » ?

mercredi 19 novembre 2008, par Dr Gérald Gay

On a l’habitude de qualifier l’immunothérapie sublinguale d’efficace et bien tolérée. C’est ce second point que des confrères ont analysé en chiffrant à leur manière les effets secondaires de ce traitement à partir d’une cohorte de patients. Les résultats obtenus sont sidérants…

Fréquence des réactions systémiques aiguës chez des patients présentant une rhinite allergique - associée à de l’asthme ou pas - et désensibilisés par voie sublinguale. : Rodríguez-Pérez N, Ambriz-Moreno Mde J, Canonica GW, Penagos M.

Allergy Clinic, Autonomous State University of Tamaulipas, Matamoros, Tamaulipas, Mexico

dans Ann Allergy Asthma Immunol. 2008 Sep ;101(3):304-10.

Plusieurs études ont mis en évidence l’efficacité et la bonne tolérance de l’immunothérapie sublinguale (ITS) dans le traitement de l’allergie respiratoire.

- Objectif :

  • Déterminer la fréquence des réactions systémiques chez des patients traités par ITS avec des extraits standardisés.

- Méthodes :

  • Des patients allergiques présentant une rhinite avec ou sans asthme et sensibilisés à au moins un allergène ont été inclus.
  • Des doses croissantes d’allergènes standardisés ont été administrées par ITS pendant 26 semaines, soit une dose cumulée moyenne de 7200 U.
  • Les effets secondaires éventuels ont été classés selon la grille de référence préconisée par l’EAACI.

- Résultats :

  • Quarante-trois patients âgés en moyenne de 11 ans (intervalle des quartiles de 8 à 20 ans) ont été inclus.
  • Tous présentaient une rhinite et 63% d’entre eux avaient un asthme associé.
  • La plupart étaient sensibilisés aux acariens domestiques (D. Ptéro et D. Far).
  • Quatre patients, soit 9%, ont été victimes d’une réaction systémique immédiate, et 1 (soit 2%) d’une réaction tardive.
  • Au total, ce sont 7 réactions systémiques qui se sont produites suite à l’administration de 23154 doses, avec dans tous les cas soit des sibilants, soit une aggravation de la symptomatologie nasale (grade 2).
  • Enfin, 1 patient à présenté une urticaire avec angio-œdème. (grade 3).

- Conclusions :

  • La fréquence des réactions systémiques dans notre étude est de 11,6%, et toutes ont été de grade 2 ou 3.
  • Des analyses complémentaires sur un plus large échantillon de patients sont souhaitables, à l’occasion d’études contrôlées et randomisées.

Voici un article exemplaire, très approprié pour illustrer une démonstration de critique de certaines études statistiques.

En effet, tout est mal fait dans cet article, n’ayons pas peur de l’écrire (d’ailleurs, je l’écris !)

L’effectif de la population étudiée (43 patients) est beaucoup trop faible pour faire l’objet d’un quelconque calcul statistique digne de ce nom.

De plus, cette population est très hétérogène, notamment quant aux allergènes en cause dans la genèse de leur symptomatologie secondaire à la prise d’allergènes. Je m’explique : on sait que la sensibilisation prédominante ce sont les acariens domestiques. Certes. Mais combien de patients sont-ils polliniques ? Y en a-t-il qui sont désensibilisés avec des extraits de pollens, dont on sait qu’ils sont plus à risque de réaction adverse que les acariens ? A quelle période de l’année ont donc eu lieu les réactions systémiques décrites ? Autant de questions dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont de bon aloi pour analyser avec justesse les résultats observés…

C’est à dessein, et non pas à dessin (je n’ai pas le talent d’Aster), que j’ai employé le mot « cohorte » dans l’introduction. En effet, par définition, une cohorte est un « ensemble d’individus ayant vécu un même événement au cours d’une même période ». Donc 2, ce peut être une cohorte ! Alors 43, je ne vous dis pas…

Dans le même ordre de pensée, quelle idée de calculer que 5 individus parmi 43 c’est 11,6%, avec une décimale. Pourquoi pas 11,6279% pendant qu’on y est. C’est d’ailleurs le résultat du calcul, très précisément.

Pardonnez-moi de faire à présent un petit rappel sur les statistiques. Que ceux à qui les maths filent la migraine aillent m’attendre à la fin avec un peu de paracétamol : ça ne sera pas long.

Les phénomènes quantifiables au sein d’une population sont soumis à des fluctuations statistiques. Considérons par exemple le taux de chômage. D’une année sur l’autre, des variations dans ce taux sont systématiquement enregistrées (baisse ou hausse) pour autant elles ne signifient pas en elles-mêmes, contrairement à une croyance trop répandue, que la variable considérée (taux de chômage) a bel et bien changé (rigoureusement qu’elle a changé de loi, c’est-à-dire que des procédés mis en place sont venus influencer sa distribution).

Lorsque l’on considère une variable, il faut distinguer l’impact causal de la fluctuation statistique aléatoire. Ainsi, une baisse du taux de chômage de 2% d’une année à l’autre peut très bien n’être imputable qu’au caractère aléatoire de la variable « taux de chômage » et ne rien signifier sur le plan causal. Cette baisse ne signifie pas d’elle-même que des mesures efficaces ont influencé la loi de distribution du chômage. Dans le cas qui nous intéresse, il est évident que la variable « fréquence des réactions systémiques au cours d’une ITS » va dépendre de facteurs externes incontrôlables : traitement médicamenteux associé, contact inhabituel avec l’allergène sous sa forme naturelle, etc.

Au total, l’immunothérapie sublinguale est un traitement efficace et bien toléré, on ne le répétera jamais assez. De temps en temps survient une réaction systémique suite à une prise d’allergènes. Et alors ? Dans la quasi-totalité des cas, la symptomatologie est spontanément réversible, et en tout cas dépourvue de gravité.

Il ne sert donc pas à grand-chose de calculer la fréquence de tels événements crois-je. Surtout quand on peut faire parler les chiffres comme on veut ! Après réflexion, au lieu de m’intéresser aux polliniques, j’aurais dû m’intéresser à la politique. Ceci dit sans polémique.