Asthme professionnel : le diagnostic appartient aux vampires !!

lundi 24 novembre 2008 par Dr Stéphane Guez1395 visites

Accueil du site > Pratique > Travail > Asthme professionnel : le diagnostic appartient aux vampires (...)

Asthme professionnel : le diagnostic appartient aux vampires !!

Asthme professionnel : le diagnostic appartient aux vampires !!

lundi 24 novembre 2008, par Dr Stéphane Guez

Reconnaître un asthme professionnel n’est pas aisé. Il y a peu de données sur l’environnement professionnel pour un patient et les tests de provocation sont difficiles à réaliser. Est-il possible d’identifier un marqueur d’une exposition aux isocyanates chez des asthmatiques exposés professionnellement ?

Taux de ferritine et transferrine sérique comme marqueurs d’un asthme professionnel au méthyle di isocyanate. : Gyu-Young Hur, MD, PhDa, Gil-Soon Choi, MDa, Seung-Soo Sheen, MD, PhDb, Hyun-Young Lee, MSa, Han-Jung Park, MDa, Sung-Jin Choi, MDa, Young-Min Ye, MDa, Hae-Sim Park, MD, PhD

a Department of Allergy and Rheumatology, Ajou University School of Medicine, Suwon, South Korea
b Pulmonary and Critical Care Medicine, Ajou University School of Medicine, Suwon, South Korea

dans JACI Volume 122, Issue 4, Pages 774-780

- Introduction :

  • Bien que le méthyle di-isocyanate (MDI) soit connu comme pouvant entraîner un asthme professionnel, le mécanisme physiopathologique reste encore peu clair.

- Objectif de l’étude :

  • En utilisant les données du lavage broncho alvéolaire (LBA), les auteurs ont cherché à identifier les protéines qui pourraient être exprimées de façon spécifique par les patients ayant un asthme professionnel induit par les MDI par rapport à des patients contrôles exposés mais asymptomatiques.

- Matériel et méthode :

  • Pour trouver les protéines qui sont exprimées de façon différentes entre les patients exposés asthmatiques et les patients exposés mais non asthmatiques, une électrophorèse bidimensionnelle a été réalisée à partir du liquide de LBA obtenus après un test de provocation par MDI.
  • Les spots protéiques spécifiques ont été identifiés par technique de spectrométrie de masse avec laser.
  • La signification clinique des différents spots exprimés a été testée en ELISA sur des sérums de patients ayant une bronchite à éosinophiles induite par les MDI, de patients exposés mais asymptomatiques et de patients sains non exposés.
  • Des courbes ont été réalisées avec calcul de la sensibilité et spécificité pour chaque protéine différente.

- Résultats :

  • 23 spots protéiques sont identifiés permettant de distinguer les patients ayant une exposition professionnelle au MDI avec des manifestations respiratoires.
  • Parmi ces spots, l’expression de la ferritine est diminuée alors que l’expression de la transferrine est augmentée chez les sujets exposés professionnellement au MDI avec de l’asthme par rapport aux patients exposés mais sans asthme.
  • Ces résultats sont validés par le test ELISA utilisant le sérum de patients ayant une bronchite à éosinophiles au MDI et des patients exposés asymptomatiques.
  • Pour identifier les patients ayant un asthme lié à l’exposition aux MDI, le taux sérique seuil est de :
    • 64.84 ng.ml pour la ferritine,
    • et de 2.48 microg.ml pour la transferrine.
  • Lorsque ces 2 paramètres sont associés, la sensibilité est de 71.43% et la spécificité est de 85.71%.

- Conclusion :

  • Les taux de ferritine et transferrine sériques sont associés au phénotype d’asthme professionnel lié à une exposition au MDI.

Les auteurs ont démontré qu’il est possible d’identifier les patients ayant un asthme professionnel lié à une exposition au méthyle di-isocyanate.

Les taux sériques de transferrine et de ferritine, avec des valeurs seuils respectivement de 2.48 et 64.84, identifient ces patients avec une sensibilité de 71% et une spécificité de 86%.

Ce travail clinique est intéressant car l’asthme professionnel reste souvent le « parent pauvre » du diagnostic étiologique de l’asthme de l’adulte. Il est en effet toujours difficile d’identifier les agresseurs professionnels souvent d’ailleurs mal connus du patient lui-même. En raison de l’agressivité bronchique des MDI pouvoir reconnaître facilement une implication de ce produit est important.

Les dosages de transferrine et de ferritine sont simples à réaliser et les chiffres donnés par ce travail concernant la sensibilité et la spécificité sont particulièrement encourageants.

Cependant les taux de ces protéines sériques qui participent à la régulation du transport du fer peuvent être perturbés dans un grand nombre de situation pathologique : toute inflammation en particulier va modifier ces taux, de même qu’une carence martiale.

Il faut donc malgré tout être vigilant sur les autres causes pathologiques pouvant modifier ces taux sériques de ferritine et transferrine.