Les boulangers nous prennent-ils pour une cloche en se roulant dans la farine ?

mardi 2 décembre 2008 par Dr Philippe Carré884 visites

Accueil du site > Maladies > Asthme > Les boulangers nous prennent-ils pour une cloche en se roulant dans la (...)

Les boulangers nous prennent-ils pour une cloche en se roulant dans la farine ?

Les boulangers nous prennent-ils pour une cloche en se roulant dans la farine ?

mardi 2 décembre 2008, par Dr Philippe Carré

Les allergies respiratoires sont fréquentes chez les ouvriers en boulangerie. Des études ont montré une association entre niveau d’exposition et sensibilisation. Mais la forme des courbes exposition/réponse est mal caractérisée, avec parfois des aspects non linéaires en cloche. Les auteurs ont voulu le vérifier et l’expliquer.

Exposition à la farine et prévalence de la sensibilisation et de l’allergie liées au travail chez les ouvriers en boulangerie. : J. H. Jacobs 1 , T. Meijster 1,2 , E. Meijer 1 , E. Suarthana 1,3 , D. Heederik 1

1 Division of Environmental Epidemiology, Institute for Risk Assessment Sciences, Utrecht University, Utrecht, the Netherlands ; 2 Department of Food and Chemical Risk Analysis, TNO Quality of Life, Zeist, the Netherlands ; 3 Community Medicine Department, Faculty of Medicine, University of Indonesia, Jakarta, Indonesia

dans Allergy
Volume 63 Issue 12, Pages 1597 - 1604

- Contexte

  • Les maladies des voies aériennes d’origine professionnelle sont classiques chez les boulangers
  • L’étude décrit l’association entre les niveaux d’exposition et la sensibilisation à la farine, les symptômes des voies aériennes supérieures et inférieures liés au travail et l’asthme chez les ouvriers de la boulangerie

- Méthodes

  • Dans le cadre d’un Système de Surveillance de Santé visant à la détection précoce des maladies respiratoires professionnelles, une « étude de validation » a été effectuée chez des boulangers allemands pour la validation d’un modèle diagnostique visant à prédire la probabilité à la sensibilisation aux allergènes professionnels spécifiques
  • Cette étude a utilisé les résultats de la sérologie et d’un questionnaire d’un sous-groupe de 860 boulangers participant à l’étude de validation
  • Une matrice d’exposition au travail développée antérieurement a été utilisée pour prédire l’exposition personnelle moyenne et cumulée aux allergènes de la farine

- Résultats

  • La prévalence de la sensibilisation à la farine, des symptômes respiratoires liés au travail et de l’asthme augmentait jusqu’à des niveaux moyens d’exposition à la farine d’approximativement 25-30 µg/m3, et diminuait à des expositions plus élevées
  • Les courbes dose/réponse avaient une forme en cloche plus prononcée pour une exposition cumulative
  • Les associations étaient plus fortes pour l’asthme et les symptômes des voies aériennes inférieures liés au travail (PR≈2 et PR≈3.5-4.5 respectivement pour l’exposition moyenne et cumulée)
  • Les associations ont été mises en évidence uniquement chez les atopiques
  • La sensibilisation à la farine était un facteur important de prévalence des symptômes respiratoires

- Conclusion

  • En accord avec des études précédentes, l’étude actuelle montre une relation dose d’exposition/réponse en forme de cloche, en particulier pour l’exposition cumulée à la farine, vis-à-vis de la sensibilisation, des symptômes d’allergie respiratoire et de l’asthme
  • L’effet « travailleur sain » peut être l’explication possible à la relation en forme de cloche.

Les auteurs ont évalué, dans un groupe de 860 boulangers, les relations entre les niveaux d’exposition à la farine d’une part, et d’autre part la sensibilisation et les symptômes des voies aériennes supérieures et inférieures chez ces ouvriers.

Ils ont utilisé à cet effet les résultats d’un auto-questionnaire validé concernant l’exposition et les symptômes respiratoires, ainsi que le dosage des IgE spécifiques à la farine.

Les résultats montrent que :
- la prévalence de la sensibilisation à la farine, des symptômes respiratoires et de l’asthme augmentaient jusqu’à des niveaux moyens d’exposition à la farine d’environ 25-30 µg/m3, et diminuaient pour des expositions plus élevées
- ceci était vrai surtout pour l’asthme et les symptômes des voies respiratoires inférieures
- essentiellement chez les atopiques
- et que la sensibilisation à la farine (IgE positives) était un facteur important de prévalence des symptômes respiratoires.

Les auteurs en concluent qu’il existe bien une courbe dose/réponse en forme de cloche chez ces ouvriers exposés à la farine de boulanger, et qu’un effet « travailleur sain » pourrait en être une explication.

Il existe donc une prévalence nettement élevée des symptômes des voies respiratoires inférieures, et à un moindre degré des voies respiratoires supérieures ; par ailleurs, la courbe dose/réponse s’accroît jusqu’à un certain seuil puis diminue pour des niveaux d’exposition plus élevés, donnant une courbe ayant un aspect en cloche.

Ceci pourrait être expliqué par une réaction de tolérance, en rapport éventuel avec une augmentation des IgG4 au détriment des IgE aux doses élevées, hypothèse qui n’a pas été étudiée dans cette étude, mais qui a déjà été réfutée dans des études antérieures (Peretz, Scand J Work Environ Health 2005).

Les auteurs ici avancent plutôt l’hypothèse que la baisse des symptômes pour des niveaux d’exposition plus élevés est probablement due au déplacement des sujets qui étaient symptomatiques pour des doses faibles d’exposition, vers des zones non exposées à la farine, expliquant que seuls les « travailleurs sains » non symptomatiques étaient exposés à des doses élevées de farine, ce qui peut sous-estimer la pente globale de la courbe dose/réponse.

La sensibilisation à la farine se développe plus rapidement chez les sujets atopiques que non atopiques ; ils vont donc devenir symptomatiques plus vite, ce qui va permettre de les dépister plus rapidement et donc de les soustraire plus vite à l’exposition à la farine.