Avoir l’ennemi dans la peau

lundi 15 décembre 2008 par Dr David Farhi1201 visites

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Avoir l’ennemi dans la peau

Avoir l’ennemi dans la peau

lundi 15 décembre 2008, par Dr David Farhi

Les principaux biotopes des acariens de poussières de maison (APM) sont la literie, les fauteuils, les moquettes, les armoires et les jouets en peluche. Des allergènes de Dermatophagoides ont été identifiés sur la peau humaine. Plusieurs études ont suggérées que les APM pouvaient induire une sensibilisation respiratoire et cutanée.

Acariens de poussière de maison sur la peau, les vêtements et la literie des patients atteints de dermatite atopique. : Teplitsky V, Mumcuoglu KY, Babai I, Dalal I, Cohen R, Tanay A.

Allergy and Immunology Subunit, Pulmonary Institute, Rabin Medical Center, Petah Tiqwa, Israel.

dans Int J Dermatol. 2008 Aug ;47(8):790-5.Click here to read

- Rationnel

  • La dermatite atopique (DA) est une maladie allergique fréquente chez l’enfant.
  • La DA est souvent associée à des tests allergiques cutanés positifs aux allergènes d’acariens de poussière de maison (APM).

- Objectifs

  • L’objectif primaire de l’étude était d’évaluer la présence d’APM sur la peau, les vêtements et la literie des patients atteints de DA.

- Patients et méthodes

  • Dix-neuf patients atteints de DA étaient évalués sur une période de 2 ans.
  • A l’inclusion et 3-6 mois plus tard :
    • des échantillons de peau saine et de peau lésée étaient prélevés avec des sparadraps adhésifs ;
    • des échantillons de poussière de maison étaient prélevés par les patients avec un aspirateur sur les vêtements.
  • Des APM étaient recherchés sur ces échantillons.
  • Ces recherches étaient comparées avec des prélèvement effectués chez 21 volontaires sains.

- Résultats

  • Les espèces d’acariens les plus fréquemment retrouvées sur la peau étaient Dermatophagoides pteronyssinus et Dermatophagoides farinae.
  • Ces 2 espèces étaient identifiées chez 9/19 patients atteints de DA et 3/21 témoins.
  • La proportion d’échantillons cutanés avec une recherche d’APM positive était significativement plus importante chez les patients atteints de DA (34,9%) que chez les témoins (7,9%, P<0,001).
  • La proportion d’individus avec au moins un échantillon cutané positif était significativement plus importante chez les patients atteints de DA (84,2%) que chez les témoins (14,2%, P<0,0001).
  • Chez les patients atteints de DA, aucune corrélation n’était retrouvée entre la présence d’APM sur la peau et la présence d’APM dans les vêtements et la literie.
  • Il n’y avait pas de différence significative entre la concentration d’APM dans les vêtements et la literie des patients atteints de DA et celle dans les vêtements des témoins.

- Conclusion

  • Les patients atteints de DA présentent une plus forte prévalence du portage d’APM sur la peau que les volontaires sains.
  • La présence accrue d’APM sur la peau des patients atteints de DA pourrait être responsable d’une sensibilisation allergique des patients et des poussées de la maladie.

La dermatite atopique (DA) est une dermatose allergique fréquente de l’enfance, atteignant 10 à 20% des enfants d’âge scolaire dans les pays industrialisés.

La DA peut être la première manifestation de la « marche atopique » et constitue un facteur de risque de survenue ultérieure d’asthme et de rhinite allergique.

La sensibilisation aux acariens de poussière de maison (APM) est un facteur de risque important du développement des maladies allergiques. Les Dermatophagoides sont les APM les plus souvent identifiés sur la peau humaine.

Le rôle des APM dans la DA a été évoqué par des études montrant des tests cutanés immédiats et retardés positifs chez des patients atteints de DA. L’importance des APM dans la DA a également été suggérée par des études montrant l’effet bénéfique des mesures d’éviction des APM sur l’évolution de la maladie. Dans une étude récente, des patch tests positifs aux APM étaient retrouvés chez 40% des patients atteints de DA. Enfin, chez les patients atteints de DA, la présence d’anticorps IgE anti-APM est associée à la rhinite allergique et à l’asthme. Ainsi, la sensibilisation aux APM semble pouvoir emprunter la voie transcutanée (AD) et la voie respiratoire (asthme, rhinite).

La raison pour laquelle les APM seraient plus souvent identifiés sur la peau des patients atteints de DA reste inconnue. Les APM pourraient être plus fréquents dans l’environnement (mobilier, linge…) des patients atteints de DA. Une seconde hypothèse plausible est que les APM adhèrent plus facilement à la peau inflammatoire (plaques de DA). Enfin, l’hyperkératose associée aux lésions de DA pourrait favoriser le développement et la migration des APM. 

Le fait que la quantité d’APM dans les vêtements et la literie était comparable chez les cas et chez les témoins est à l’encontre de la première hypothèse.

Il est démontré que les patients atteints de DA ont tendance à être infectés plus souvent par différents germes (mycose, virus, Staphylocoque doré). Il est possible que cette tendance existe également pour les APM.

La principale limite de cette étude est sa petite taille et son caractère descriptif. Même si une association entre portage cutané d’APM et développement de DA était réelle, seule des études interventionnelles pourraient évaluer l’existence d’un lien de causalité entre les APM et les poussées de DA. D’autres études sont donc nécessaires pour conclure.