Tests cutanés allergologiques chez l’atopique : l’usure du temps

mercredi 17 décembre 2008 par Dr David Fahri1349 visites

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Tests cutanés allergologiques chez l’atopique : l’usure du temps

Tests cutanés allergologiques chez l’atopique : l’usure du temps

mercredi 17 décembre 2008, par Dr David Fahri

Le devenir des patients atteints de maladie atopique est mal documenté. Plus particulièrement, peu d’études ont évalué l’évolution au cours du temps de la réactivité aux tests cutanés chez les patients atteints de maladie atopique. Les rares études disponibles sont essentiellement réalisées chez l’enfant.

Changement de la réactivité aux tests cutanés parmi les adultes atteints de maladie atopique : une étude prospective de 3 ans. : Aslund N, Thomsen SF, Mølgaard E, Nolte H, Backer V.

Department of Respiratory Medicine, Bispebjerg Hospital, Copenhagen, Denmark.

dans Ann Allergy Asthma Immunol. 2008 Nov ;101(5):524-8

- Rationnel

  • Les données disponibles sur les facteurs prédictifs d’atopie sont limitées.

- Objectifs

  • L’objectif était d’évaluer l’évolution de la réactivité aux tests cutanés pendant 3 ans dans un échantillon d’adolescents et d’adultes présentant une maladie atopique et d’identifier les facteurs associés à cette évolution.

- Patients et méthodes

  • A partir d’un échantillon de 1186 candidats, âgés de 14 à 44 ans et rapportant dans un questionnaire des symptômes évocateurs de maladie respiratoire allergique, 344 patients ayant un prick test cutané (PTC) positif associé à un asthme et/ou une rhinite allergique étaient inclus.
  • Ces 344 patients inclus étaient évalués cliniquement 2 fois, à 3 ans d’intervalle.
  • Une PTC était considéré comme positif à partir d’une papule de 3 mm.

- Résultats

  • Au total, 134 patients sur 344 (39%) présentaient des résultats de PTC différents à l’inclusion et 3 ans après.
  • A 3 ans :
    • 77 patients (22%) développaient un sensibilisation de novo à au moins un allergène.
    • 45 patients (13%) présentaient une négativité du PTC pour au moins un allergène initialement associé à un PTC positif.
    • 12 patients (4%) présentaient à la fois un gain de sensibilisation pour au moins un allergène et une perte de sensibilisation pour au moins un allergène.
  • Le gain de sensibilisation à au moins un allergène était significativement associé au sexe féminin (odds ratio = 1,9 ; IC95% = 1,02-3,57 ; P=0,04).

- Conclusion

  • Environ 4 adultes sur 10 atteints de maladie atopique présenteront un changement de résultats des PTC durant une période de 3 ans.
  • Dans la majorité des cas, il s’agit du développement de sensibilisations à de nouveaux allergènes.
  • Les femmes atteintes de maladie atopique présentent un risque accru de développer de nouvelles sensibilisations au cours du temps.

Au cours des deux dernières décennies, la prévalence de la rhinite allergique, de l’asthme et de la dermatite atopique a nettement augmentée, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.

Des études récentes ont rapporté une prévalence de 30 à 40% de l’atopie chez les enfants et les adultes jeunes.

Des études préalables ont montré une variation de la réponse aux tests cutanés en fonction du sexe et de l’âge.

Il a notamment été montré que la prévalence et le degré de sensibilisation atteignaient un pic entre 16 et 25 ans, puis diminue avec l’âge.

D’autres auteurs ont également déjà rapporté une plus grande fréquence de sensibilisation chez les femmes que chez les hommes, dans la tranche d’âge 25 – 44 ans.

Cependant, d’autres auteurs ont retrouvé soit une fréquence équivalente de sensibilisation entre les 2 sexes, soit une plus grande fréquence chez l’homme.

Cette étude présente plusieurs limites qu’il faut souligner.

Premièrement, la pertinence clinique des résultats des PTC n’était pas rapportée. Autrement dit, l’existence d’une corrélation entre la clinique et les résultats des PTC n’était pas décrite.

Deuxièmement, les fluctuations de résultats des PCT au cours du temps pouvaient être en partie liées à un défaut de reproductibilité (variabilité intra- et inter-observateur).

Troisièmement, le seuil de positivité des tests cutanés choisi (3 mm) n’est pas universellement accepté. D’autres auteurs ont employé des seuils variant de 2 à 5 mm. Le choix du seuil à un impact direct (et inverse) sur la sensibilité et la spécificité des tests cutanés.

Quatrièmement, les données environnementales n’étaient pas documentées, notamment les changements d’exposition aux allergènes testés (chat, chien, cheval, Dermatophagoides…) durant la période d’étude.

Cinquièmement, cette étude ne fournit pas d’information sur l’éventuelle corrélation entre l’évolution de la réponse aux tests cutanées et la gravité de la maladie atopique.

Enfin, il aurait été intéressant d’évaluer si cette variabilité des résultats des tests cutanés au cours du temps existe aussi chez des patients (témoins) ne présentant pas de maladie atopique.

En conclusion, les patients atteints de maladie atopique doivent être informés de la valeur relative et ponctuelle des résultats des tests allergiques. La survenue, à distance, d’un changement dans la présentation clinique d’une maladie atopique doit faire discuter la répétition des tests allergiques.