Faut-il adapter le traitement de l’asthme infantile au régime alimentaire des enfants ?

jeudi 22 janvier 2009 par Dr Philippe Carré1568 visites

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Faut-il adapter le traitement de l’asthme infantile au régime alimentaire des enfants ?

Faut-il adapter le traitement de l’asthme infantile au régime alimentaire des enfants ?

jeudi 22 janvier 2009, par Dr Philippe Carré

Les facteurs de risque d’asthme aigu grave chez l’enfant sont mal connus. On sait que les réactions liées à une allergie alimentaire (AA) peuvent être à l’origine de bronchospasmes très sévères. Les auteurs ont cherché à savoir si, dans un groupe d’enfants asthmatiques, l’AA rapportée était associée à des asthmes très sévères.

L’allergie alimentaire est associée à des asthmes de l’enfance potentiellement fatals. : Vogel NM, Katz HT, Lopez R, Lang DM.

The Children’s Hospital, The Cleveland Clinic Foundation, Center for Pediatric Allergy and Immunology, Cleveland, Ohio 44195, USA

dans J Asthma. 2008 Dec ;45(10):862-6

- Contexte

  • Les facteurs de risque d’asthme infantile potentiellement fatal sont incomplètement compris.

- Objectifs

  • Déterminer si l’allergie alimentaire rapportée par les patients est associée de façon significative à des asthmes infantiles potentiellement fatals.

- Matériel et méthodes

  • Les données médicales de 72 patients admis dans une unité pédiatrique de soins intensifs (UPSI) pour une exacerbation d’asthme, ont été revues et comparées selon une méthode de cas-contrôle avec deux groupes randomisés de 108 patients asthmatiques admis dans une unité de soins classique et 108 patients asthmatiques suivis en ambulatoire.
  • Les facteurs évalués incluaient l’allergie alimentaire rapportée par les patients, le sexe, l’âge, le lieu de résidence, la race, l’exposition aux stéroïdes inhalés, l’exposition au tabac, la durée du séjour à l’hôpital, les comorbidités psychologiques, et la saison lors de l’admission.

- Résultats

  • Au moins une allergie alimentaire était documentée chez 13% (n= 38/288) des patients
  • L’œuf, l’arachide, le poisson, le lait et les aliments à coque concernaient 78.6% des allergies alimentaires
  • Les enfants admis en UPSI rapportaient de façon significativement plus fréquente une allergie alimentaire (p=0.004) et 3.3 fois plus au moins une allergie alimentaire par comparaison aux enfants admis dans une unité classique, et rapportaient aussi de façon significativement plus fréquente une allergie alimentaire (p<0.001) et 7.4 fois plus au moins une allergie alimentaire par comparaison aux enfants vus en ambulatoire
  • Les enfants admis en UPSI ou en hospitalisation conventionnelle étaient de façon significativement plus élevée des Afro-Américains (p<0.001) et plus jeunes (p<0.01) par comparaison aux enfants vus en ambulatoire.

- Conclusions

  • L’allergie alimentaire déclarée par les patients est un facteur de risque indépendant d’asthme infantile potentiellement fatal
  • Les enfants asthmatiques ou les adolescents avec une allergie alimentaire sont une population cible pour une prise en charge plus agressive de leur asthme.

Le but de l’étude était de savoir si l’allergie alimentaire était associée de façon significative à des asthmes aigus graves avec crises très sévères.

Les auteurs ont étudié un groupe de 72 enfants admis pour une exacerbation d’asthme dans une UPSI, dans une étude cas-contrôle par rapport :
- à un groupe de 108 enfants asthmatiques admis en hospitalisation classique
- et un groupe de 108 enfants asthmatiques suivis en ambulatoire.

Un ensemble de facteurs épidémiologiques était évalué, incluant l’existence d’une allergie alimentaire rapportée par les enfants.

Les résultats montrent que :
- 13% des enfants avaient une allergie alimentaire « documentée »
- les allergènes incriminés près de 8 fois sur 10 étaient le lait, le poisson, l’arachide, l’œuf et les aliments à coque
- l’allergie alimentaire était significativement d’autant plus fréquente dans le groupe des enfants admis en UPSI, par rapport à ceux admis en unité classique et encore plus par rapport à ceux suivis en ambulatoire
- ces enfants admis en UPSI étaient significativement plus souvent d’origine Afro-Américaine et plus jeunes.

Les auteurs en concluent que l’AA est un facteur de risque indépendant d’asthme infantile potentiellement fatal, et que les enfants ayant une AA doivent avoir une prise en charge plus agressive de leur asthme.

Cette étude montre donc que plus la gravité de l’asthme est importante (gravité jugée sur la nécessité de recours à une UPSI ou à une hospitalisation dans une unité de soins non intensifs), plus la fréquence de l’AA est importante.

Mais les données de cet abstract nécessitent des réserves :
- d’abord le diagnostic et la fréquence de l’AA semblent basées sur les données d’un auto-questionnaire, et des biais sont donc probables dans l’interprétation des résultats
- par ailleurs rien ne permet à priori de conclure qu’une prise en charge plus « agressive » de l’asthme (que signifie ce terme ?) en amont permettra de diminuer la gravité des crises.

L’AA est certainement un facteur de risque indépendant d’asthme chez l’enfant, comme signalé dans la littérature, mais elle est aussi et surtout un facteur de risque de gravité des crises quand elle survient chez un enfant qui est asthmatique, ce qui nécessite alors en effet des mesures de prise en charge et de surveillance plus rigoureuses.