Attention un aliment peut cacher un allergène de contact !

vendredi 30 janvier 2009 par Dr Alain Thillay5186 visites

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Attention un aliment peut cacher un allergène de contact !

Attention un aliment peut cacher un allergène de contact !

vendredi 30 janvier 2009, par Dr Alain Thillay

L’eczéma de contact et la dermite irritative ont des étiologies diverses et variées, allergènes et irritants nombreux. Ceux-ci, nous n’y pensons sans doute pas assez souvent, peuvent être masqués dans les aliments. Cette étude rétrospective analyse 10 061 dossiers de patients ayant subi des tests épicutanés afin d’évaluer les allergènes ou irritants liés aux aliments. A lire absolument pour une meilleure pratique de l’allergie de contact !

Dermatite de contact aux aliments : analyse rétrospective à sections croisées à partir des données du North American Contact Dermatitis Group, 2001-2004. : Warshaw EM, Botto NC, Zug KA, Belsito DV, Maibach HI, Sasseville D, Fowler JF Jr, Storrs FJ, Taylor JS, DeLeo VA, Marks JG Jr, Mathias CG, Pratt MD, Rietschel RL.

Veterans Affairs Medical Center, Minneapolis, MN, USA

dans Dermatitis. 2008 Sep-Oct ;19(5):252-60.

- Contexte :

  • La dermatite de contact ou irritative aux aliments est probablement sous-estimée.

- Objectifs :

  • Caractériser les allergènes et les irritants associés aux aliments chez les patients référencés dans le North American Contact Dermatitis Group (NACDG) pour avoir subi des tests épicutanés.

- Méthodes :

  • Analyse rétrospective de données transversales du NACDG de 2001 à 2004.

- Résultats :

  • Sur 10 061 patients ayant subi des tests épicutanés, 109 (1,1%) avaient un total de 122 réactions en rapports avec un contact alimentaire.
  • Environ deux tiers de ces patients (66%) étaient des femmes, et un tiers (36%) était représenté par des atopiques.
  • Les mains est la zone la plus souvent atteinte (36,7%).
  • Il y avait 78 réactions allergiques pertinentes (définies, probables ou possibles) aux allergènes de la batterie standard du NACDG en rapport avec une source alimentaire ; les allergènes les plus communs étaient le nickel (48,7%) suivi par le baume du Pérou (20,6%) et le propylène glycol (6,4%).
  • Vingt réactions allergiques à des allergènes n’appartenant pas à la batterie standard du NACDG et 24 à des irritants alimentaires ont également été identifiées.
  • Globalement, 21% (25 sur 122) de toutes les réactions (irritatives et allergiques) étaient liées à l’activité professionnelle dont la majorité d’entre elles (17 sur 25) était dues à des réactions d’irritation.
  • Les cuisiniers sont les plus touchés du groupe professionnel (40%).

- Conclusions :

  • Dans cette série de données limitées, le nickel, le baume du Pérou et le propylène glycol étaient les allergènes les plus fréquemment identifiés comme provenant d’une source alimentaire.
  • En cas de lien avec une maladie professionnelle, l’irritation était plus fréquente que l’allergie.

Dans sa pratique courante, l’Allergologue est souvent sollicité pour des histoires d’allergie retardée. L’environnement naturel et « industrialisé » est un grand pourvoyeur d’allergènes de contact.

Parfois et sans doute assez souvent, le praticien, devant une suspicion d’eczéma de contact sans orientation étiologique claire, ira à la « pêche » en posant la Batterie Standard Européenne voire une batterie plus spécifique. Il trouvera sans nul doute des positivités expressives. Il faudra alors chercher une pertinence entre le ou les allergènes retrouvés positifs et un contact possible.

Ici, ce travail américain, tente de montrer que des allergènes de contact provenant d’une source alimentaire peuvent être responsables.

Ainsi, 10 061 dossiers de patients venus consulter de 2001 à 2004 au Veterans Affairs Medical Center de Minnéapolis (USA) ont été revus de façon rétrospective. 109 patients, soit 1,1%, avaient un eczéma de contact suspecté d’être lié à des aliments.

Les résultats sont intéressants, 2/3 de femmes, 1/3 d’atopiques, les mains touchées dans près de 37% des cas. Vingt et un pour cent relevaient d’un contexte professionnel, et, dans ce cas, il s’agissait en majorité d’irritation.

Les trois allergènes les plus souvent rencontrés sont dans l’ordre nickel, baume du Pérou et propylène glycol.

Les sources alimentaires du nickel sont bien connues : son, riz complet, farine complète, farine de seigle, bœuf, concentré de tomates, poissons dont le hareng, haricots, huîtres, champignons, aliments en boite de conserve, aliments cuits dans l’acier inox…

Le baume du Pérou est une oléorésine issue du Myroxylon balsamum variété Pereirae qui comme son nom ne l’indique pas pousse en Amérique Centrale. Cette résine était exportée à partir du Pérou. Le baume du Pérou fait partie des balsamiques dont l’allergène est sans doute le benzoate de coniféryle. On le retrouve dans le zeste des agrumes, les épices, clous de girofles, vanille, curry, ketchup, chili, vermouth, boissons épicées…

Le propylène glycol est un additif alimentaire, E1520, émulsifiant et solvant des arômes liquides. Il entre dans la composition de produits alimentaires manufacturés comme beurres, margarines, huiles, sauces, assaisonnements… Attention, il est responsable aussi bien d’allergie que d’irritation.

Cette étude a sans doute ses limites –il s’agit d’une étude rétrospective- avec ses erreurs d’interprétation. Toutefois, je ne bouderai pas mon plaisir par le fait d’éveiller en moi un grand intérêt.

Me sentiras-je plus désarmé devant une allergie de type IV que devant une allergie IgE dépendante où j’ai l’impression d’être comme un poisson dans l’eau ? Peut-être, ne suis-je pas atopique moi-même ! Donc, il m’est toujours agréable de lire des articles qui m’apportent sur les sources allergéniques responsables d’eczéma de contact.

Je noterai ainsi que les professionnels de l’aliment tels les cuisiniers ont le risque de souffrir d’eczéma de contact en rapport avec des allergènes cachés comme le nickel, le baume du Pérou ou le propylène glycol.

La lecture de ce travail pose une pierre de plus à l’édification d’une meilleure prise en charge de l’allergie de contact ou bien de l’eczéma irritatif dans le cadre de l’exercice professionnel surtout mais pas seulement…