Faut-il phénotyper aussi les enfants siffleurs ?

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Faut-il phénotyper aussi les enfants siffleurs ?

Faut-il phénotyper aussi les enfants siffleurs ?

mardi 3 février 2009, par Dr Philippe Carré

L’asthme est caractérisé par de multiples phénotypes. Leur compréhension permet de définir les facteurs de risque d’asthme et/ou de sifflements chez l’enfant. Les auteurs ont développé une nouvelle approche pour définir les phénotypes en utilisant des mesures répétées des sifflements dans les 6 premières années de la vie.

Associations entre les phénotypes de sifflements dans les 6 premières années de la vie, et l’atopie, la fonction respiratoire et l’hyperréactivité bronchique dans l’asthme infantile modéré. : Henderson J, Granell R, Heron J, Sherriff A, Simpson A, Woodcock A, Strachan DP, Shaheen SO, Sterne JA.

Department of Community Based Medicine, University of Bristol, Bristol, UK

dans Thorax. 2008 Nov ;63(11):974-80

- Contexte

  • Les types de sifflements pendant la petite enfance peuvent indiquer des différences dans l’étiologie et le pronostic des maladies respiratoires
  • Une meilleure caractérisation des phénotypes de sifflements pourrait conduire à l’identification des influences de l’environnement sur le développement de l’asthme et des maladies des voies aériennes chez les individus prédisposés.

- Méthodes

  • Les auteurs ont analysé les données concernant les sifflements à sept moments, de la naissance jusqu’à l’âge de 7 ans, chez 6265 enfants d’une cohorte longitudinale de naissance (étude ALSPAC)
  • Une analyse latente de classe était utilisée pour déterminer les phénotypes en fonction des types de sifflements
  • Les mesures de l’atopie, de la fonction respiratoire (VEMS), du débit expiratoire médian (DEM 25-75) et de l’hyperréactivité bronchique (HRB) ont été réalisées entre l’âge de 7 et 9 ans.

- Résultats

  • Six phénotypes ont été identifiés
  • Les associations les plus fortes vis-à-vis de l’atopie et de l’HRB ont été trouvées pour les sifflements de début intermédiaire : 18 mois (OR pour l’atopie 8.36, IC 95% : 5.2-13.4 ; différence moyenne dans la dose de réponse à la métacholine 1.76, IC 95% : 1.41-2.12 % de VEMS par µmol, comparativement aux phénotypes sans jamais de sifflements ou avec des sifflements peu fréquents)
  • Les sifflements de début tardif (après 42 mois) étaient associés aussi à l’atopie (OR 6.6, IC 95% : 4.7-9.4) et à l’HRB (différence moyenne 1.61, IC 95% 1.37-1.85 % de VEMS par µmol)
  • Les sifflements précoces, transitoires et prolongés, n’étaient pas associés à l’atopie mais associés faiblement avec une HRB augmentée , et les sifflements persistants avaient des associations intermédiaires avec ces critères.

- Conclusions

  • Les phénotypes de sifflements les plus fortement associés à l’atopie et à l’HRB étaient caractérisés par un début des sifflements après l’âge de 18 mois
  • Ceci a des implications potentielles quant au moment précis de l’impact de l’environnement sur le début des sifflements atopiques dans la première enfance.

Les auteurs ont analysé, dans une cohorte de 6265 enfants, les phénotypes des sifflements à sept moments différents de leur vie, de la naissance jusqu’à l’âge de 7 ans.

Puis ils ont mesuré chez ces enfants, entre l’âge de 7 à 9 ans, l’atopie, la fonction respiratoire (VEMS et DEM) et l’HRB.

Six phénotypes ont été identifiés :

  • les associations les plus fortes à l’atopie et à l’HRB concernaient les enfants ayant des sifflements de début intermédiaire, à partir de l’âge de 18 mois, comparativement aux enfants ayant des sifflements peu fréquents ou n’en n’ayant jamais eu
  • les enfants avec des sifflements tardifs (après 42 mois) avaient aussi le même type d’association
  • par contre les enfants ayant des sifflements précoces avaient une association faible à l’HRB, mais pas à l’atopie
  • enfin ceux avec des sifflements persistants avaient des associations intermédiaires à ces critères.

Cette étude comporte certaines limitations ; la fréquence des sifflements chez ces petits enfants a été déterminée à partir de l’interrogatoire des parents, qui remplissaient un auto-questionnaire ; par ailleurs, il n’y avait pas de données concernant les traitements éventuels reçus par ces enfants, et notamment les corticoïdes inhalés, ce qui pourrait sous-estimer les symptômes rapportés ou contribuer à une mauvaise classification dans les phénotypes.

Le fait que les phénotypes de sifflements à début intermédiaire ou tardifs étaient le plus associés à l’atopie est consistant avec une fenêtre de réponse immunologique critique, pendant laquelle les influences de l’environnement (telles que les virus ou les allergènes) pourraint induire une réponse immunologique qui modulerait le risque de développer de l’asthme ou une allergie.

Les auteurs concluent que les influences de l’environnement sur l’initiation des sifflements, ou sur la modification des phénotypes existants, peuvent avoir une influence majeure pendant les premières années de la vie.

La recherche de facteurs de modification qui rendraient compte de l’augmentation de l’asthme et des maladies allergiques dans les pays industrialisés, devrait se focaliser sur les interactions entre les gènes et l’environnement pendant la période critique de la première enfance.