Sesquioléate de sorbitane, un allergène qui monte !

lundi 16 février 2009 par Dr Alain Thillay4748 visites

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Sesquioléate de sorbitane, un allergène qui monte !

Sesquioléate de sorbitane, un allergène qui monte !

lundi 16 février 2009, par Dr Alain Thillay

Les allergènes de contact sont nombreux. Naturels, synthétiques, ils témoignent de l’inventivité humaine pour exploiter l’environnement. Ce constat rend compte des nombreuses batteries d’allergènes mises à la disposition de l’allergologue. Ce travail met l’accent sur le sesquioléate de sorbitane, émulsifiant, ayant la réputation d’être peu impliqué dans l’eczéma de contact. Réputation usurpée ? A lire…

Le sesquioléate de sorbitane, un émulsifiant des corticostéroïdes topiques, est un important allergène de contact. : Asarch A, Scheinman PL.

Tufts University School of Medicine, and theDepartment of Dermatology, Tufts Medical Center, Boston, MA 02111, USA.

dans Dermatitis. 2008 Nov-Dec ;19(6):323-7

- Contexte :

  • Dans le passé, le sesquioléate de sorbitane (SSO) a été rapporté comme allergène courant, mais des données récentes suggèrent qu’il pourrait être un agent sensibilisant important.

- Objectif :

  • Présenter les données de 13 des 112 patients atteints de dermatite qui réagissaient au SSO et/ou au monooléate de sorbitane (MSO) lors des tests épicutanés.

- Méthodes :

  • Une analyse rétrospective a été effectuée sur les données de 112 patients atteints de dermatite ayant subi des tests épicutanés de décembre 2006 à Mai 2007.
  • Tous les patients ont été testés avec la batterie standard du North American Contact Dermatitis Group, une batterie cosmétiques et une batterie parfums.

- Résultats :

  • Sur les 112 patients, 10 (8,9%) ont réagi au SSO, 1 (0,9%) au MSO et 2 (1,8%) aux deux.
  • Neuf des 12 (75%) patients SSO positifs avaient utilisé des corticostéroïdes topiques émulsionnés avec des dérivés de sorbitane ou de sorbitol ; 2 des 13 patients allergiques au sorbitane étaient allergiques à un ou plusieurs corticostéroïdes.

- Conclusion :

  • Le sesquioléate de sorbitane est un émulsifiant dérivé du sorbitol et utilisé dans de nombreux corticostéroïdes d’activité très forte.
  • Il a récemment été identifié comme un allergène de contact important.
  • La prévalence élevée de réactions à des produits dérivés du sorbitol dans ce petit groupe de patients suggère que ces produits chimiques puissent devenir sensibilisant lorsqu’ils sont appliqués sur une dermatite.
  • Des études de grande envergure devraient être menées pour confirmer ces résultats.

Le sesquioléate de sorbitane ou Arlacel C-83 est un mélange de mono et de dioléate de sorbitane. Cet émulsifiant non ionique est retrouvé dans la composition de produits cosmétiques et de topiques pharmaceutiques dont les corticostéroïdes.

Le monooléate de sorbitane est aussi un émulsifiant à la fois additif alimentaire, c’est le E494, mais aussi émulsifiant des topiques cutanés, il s’appelle alors Span 80.

Le sesquioléate de sorbitane se trouve dans fragrance mix chez DESTAING et TROLAB. Pour le tester individuellement, il est présent, chez TROLAB, dans la batterie « constituants du fragrance mix 8% » et la batterie « excipients, émulsifiants », et, chez DESTAING, dans la batterie « cosmétiques ».

Pour tester le monooléate de sorbitane individuellement, il faut avoir recours chez DESTAING, à la batterie « cosmétiques » ; je ne l’ai pas trouvé chez TROLAB.

Cette étude américaine est rétrospective et reprend les résultats des tests épicutanés pratiqués sur une période de 6 mois ce qui représente 112 patients. Parmi les 12 patients ayant un test positif au SSO, 9 avaient appliqué des corticostéroïdes cutanés formulés avec cet excipient. C’est tout l’intérêt de ce travail, les dossiers des patients étaient bien documentés quant aux possibles sources allergéniques de contact.

J’ai consulté la base de données médicamenteuses VIDAL version CD, très pratique, pour m’apercevoir que le SSO est peu présent dans les excipients des médicaments. Pour être exact, ils sont trois :

  • la COLPOTROPHINE 10mg capsules vaginales dont le principe actif est le promestriène,
  • le FLIXOVATE 0,005% pommade dont le principe actif est la fluticasone propionate et enfin
  • le RECTOGESIC 0,4% pommade rectale, principe actif la trinitrine.

La même recherche pour « sorbitan oléate » qui est un synonyme du monooléate de sorbitane permet de le retrouver dans des médications cutanées comme

  • l’EPIDUO gel dont le principe actif principal est le peroxyde de benzoyle,
  • l’INTRINSA 300mg/24h dispositif transdermique, principe actif la testostérone,
  • le TRINIPATCH 5, 10, 15 mg dispositif transdermique, principe actif la trinitrine.

Le MSO est retrouvé aussi

  • dans le pelliculage de tous les comprimés de clarithromycine quel que soit le laboratoire,
  • dans le CARBOSYLANE présentation adulte et enfant et dans l’ONDANSETRON QUALIMED 8mg comprimé pelliculé.

En revanche, la recherche de la présence de MSO et de SSO revient négative dans toute la parapharmacie répertoriée dans le VIDAL.

A l’aide du moteur de recherche GOOGLE, j’ai trouvé deux produits contenant du SSO, l’huile essentielle décontractante chez Yves Rocher et le Leg Magic, maquillage pour le corps chez Covermark.

Attention, sur le même moteur, la recherche, comprenant oléate de sorbitane + cutané + peau, sélectionne 772 réponses. Un coup d’œil rapide permet de voir que cet ingrédient est présent dans de nombreuses formulations diverses et variées pour la peau. Donc méfiance…

Les auteurs de l’étude indiquent que le SSO existe dans les corticostéroïdes topiques cutanés de haute puissance, ce n’est pas le cas en France. Effectivement, le fait d’appliquer sur des peaux atteintes de dermites sévères ce type de médications ayant comme excipient le SSO ouvre sans doute la porte à une sensibilisation de contact.

Cette étude nous permet de mettre l’accent sur un allergène de contact dont j’avais, à vrai dire, peu de connaissance. Nous progressons, nous progressons….