Un nouvel outil dans le diagnostic de l’allergie alimentaire, le SAFT !

mercredi 25 février 2009 par Dr Alain Thillay1097 visites

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Un nouvel outil dans le diagnostic de l’allergie alimentaire, le SAFT !

Un nouvel outil dans le diagnostic de l’allergie alimentaire, le SAFT !

mercredi 25 février 2009, par Dr Alain Thillay

La démarche diagnostique de l’allergie alimentaire fait l’objet d’un consensus : prick-prick tests, IgE spécifiques sériques, tests épicutanés, TPO, éviction/réintroduction. Cette étude cherche à préciser l’intérêt supplémentaire apporté par les tests épicutanés (à lecture retardée) mais en le comparant au test d’application alimentaire cutanée (lecture à 10, 20, 30 mn) et non pas au prick-prick test alimentaire.

Réactions immédiate et retardée des tests épicutanés alimentaires chez de jeunes enfants atteints de dermatite atopique. : A. C. A. Devillers 1,2 , F. B. de Waard-van der Spek 2 , P. G. H. Mulder 3 and A. P. Oranje 2

1 Department of Dermatology, Medical Center Rijnmond-Zuid, Rotterdam, The Netherlands , 2 Department of Dermatology and Venereology, Pediatric Dermatology unit, Erasmus MC, Rotterdam, The Netherlands , 3 Department of Epidemiology and Biostatistics, Erasmus MC, Rotterdam, The Netherlands

dans Pediatric Allergy and Immunology
Volume 20 Issue 1, Pages 53 - 58

- Contexte :

  • Au cours des dernières années, il a été suggéré que l’atopie patch-test (APT) représentait un moyen complémentaire d’exploration allergologique de l’enfant atteint de dermatite atopique (DA) et suspect d’allergie alimentaire.

- Objectifs :

  • Nous avons initié une étude clinique prospective chez des enfants âgés de moins de 3 ans atteints de DA afin d’évaluer l’intérêt clinique complémentaire de l’APT comparativement à notre démarche habituelle en cas de suspicion d’allergie alimentaire.

- Méthodes :

  • Cent trente-cinq enfants ont été inclus dans l’étude.
  • Ils ont été testés en utilisant le test d’application cutanée alimentaire ou, en anglais, « skin application food test » (SAFT), l’APT et le dosage des IgE spécifiques.
  • Les allergènes utilisés pour les tests cutanés ont été préparés à partir d’aliments frais disponibles dans le commerce, du lait de vache (LV), du blanc d’oeuf cuit dur d’un œuf de poule et de la purée de cacahuètes dans une solution saline.
  • L’allergie a été définie à l’aide d’un arbre décisionnel reprenant les résultats des SAFT, du test de provocation orale et de l’éviction/réintroduction.
  • Pour déterminer la valeur ajoutée de l’APT par rapport au SAFT, nous avons analysé les patients négatifs au SAFT et utilisé une analyse logistique binaire afin d’évaluer les effets simultanés de l’APT et du dosage des IgE spécifiques, calculant mutuellement les odds ratio ajustés des APTS positifs et de la concentration des IgE spécifiques supérieures à 0,70 U / l.

- Résultats :

  • Nous avons trouvé des allergies alimentaires cliniquement pertinentes dans 23% des cas (blanc d’œuf) et 28% (LV et d’arachide) des cas de notre population d’étude.
  • Les réactions positives au SAFT ont été observées dans 14% des cas (arachide), 16% (blanc d’œuf) et 21% (LV) de notre population.
  • Suite au SAFT, nous n’avons pas observé de valeur ajoutée importante de l’APT dans le diagnostic de l’allergie au LV ou au blanc d’œuf, mais nous avons trouvé une valeur ajoutée significative dans le diagnostic de l’allergie à l’arachide (OR=11,56 ; p<0,005).
  • En pratique clinique, cette valeur statistiquement significative n’exclut pas la nécessité du test de provocation orale et du test d’éviction/réintroduction en raison de l’existence de faux négatifs et de faux positifs de l’APT.

- Conclusions :

  • Nous n’avons pas mis en évidence suffisamment d’élément en faveur de l’ajout de l’APT à notre prise en charge diagnostique standard de nos jeunes patients âgés de moins de 3 ans atteints de DA et suspect d’allergie alimentaire.
  • À l’heure actuelle, dans cette étude, au mieux, l’avantage supplémentaire de l’APT par rapport au SAFT semble être très limité et ne justifie pas le temps passé à pratiquer ce type de test.

Je l’avoue avant de lire cet article, je ne connaissais pas ce « skin application food test ». Mais je me suis rassuré en m’apercevant que Denise Anne Monneret-Vautrin et Fabienne Rancé étaient dans le même cas. J’ai eu beau chercher dans tous les sens dans leurs publications, point de SAFT.

J’ai donc ouvert Pubmed et tapé ces quatre mots pour récolter en tout et pour tout, huit publications ! Quatre études sont attribuées à cette même équipe néerlandaise dont le présent travail et les quatre autres d’une équipe belge de Rotterdam. En fait, pour tout dire, certaines de ces études sont co-écrites par ces deux équipes.

Ensuite, toujours sur Pubmed, j’ai cherché les occurrences sélectionnées par « skin prick test », résultat, 2238 références bibliographiques.

A la vue de ce constat, on peut se demander si le SAFT n’est pas une spécialité néerlando-belge !

Dans un article publié en 98, ces auteurs expliquaient que le SAFT se justifiait dans la mesure où l’urticaire IgE dépendante de contact est constatée avec les aliments. Les résultats concluaient alors à une bonne concordance entre SAFT et prick-prick test (aliments natifs dans l’état de consommation habituelle) et entre SAFT et TPO. Par contre, la concordance était mauvaise en comparant SAFT et IgE spécifiques sériques, plus de positivités pour ces dernières. L’étude comptait 52 enfants âgés de 2 à 4 ans.

Il est dommage que la validation du SAFT n’ait pas été confirmée, dans le cadre d’études plus larges et surtout par d’autres équipes. Il y a là un déficit de consensus ce qui de suite rend discutable les conclusions de la présente étude. Ainsi, le test épicutané alimentaire à lecture immédiate (en fait 3 lectures à 10, 20 et 30 minutes avec des Finn-chambers médium, 8 mm) dépend-il plus à mon sens, de la qualité de la peau et de son état, encore plus qu’en lecture retardée. Et puis, ces 3 lectures à dix minutes d’intervalle, décoller, recoller 3 fois, n’existe-t-il pas un risque de faux positifs par la manipulation de la peau ?

Autre interrogation, le blanc d’œuf est testé à l’aide d’un œuf de poule cuit dur. Il me semble que nombre d’études relatent le fait d’allergiques qui tolèrent l’œuf cuit mais pas l’œuf cru. Dans ces conditions, la sensibilité du SAFT au blanc cuit dur doit être mauvaise.

Dans un travail de Fabienne Rancé publié en 94, sur 48 nourrissons atteints de dermite atopique, la sensibilité de l’APT au lait de vache est de 89% et sa spécificité de 96%. Par contre, pour l’œuf de poule, la farine de blé et l’arachide les performances du l’APT sont moins bonnes. Dans 16 cas, l’APT a permis de révéler une allergie au LV chez 16 enfants confirmée par TPO alors que PT et IgE spécifiques étaient négatifs.

Il faut donc se souvenir que chez le jeune enfant ou même le nourrisson il existe deux formes d’allergie au LV, l’une dépendante des IgE, l’autre dépendante d’un mécanisme cellulaire. Si cela, a été démontré pour le LV, à ma connaissance, pour les autres aliments il n’y a rien de clair.

Pour conclure, on peut dire que cette étude suscite quelques critiques :

  • le SAFT n’est pas une technique consensuelle ;
  • l’utilisation de blanc d’œuf cuit dur entraîne une mauvaise sensibilité du test ;
  • et que comparer PT et APT n’a peut être pas de sens dans la mesure où ce dernier explore une allergie retardée.

Cette étude n’a donc d’intérêt qu’à l’usage de ces initiés belgo-néerlandais.