Exploration des hyperréactivités aux PCI : vers un consensus européen.

mardi 17 mars 2009 par Dr Alain Thillay861 visites

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Exploration des hyperréactivités aux PCI : vers un consensus européen.

Exploration des hyperréactivités aux PCI : vers un consensus européen.

mardi 17 mars 2009, par Dr Alain Thillay

Pour les aéroallergènes et les trophallergènes la démarche diagnostique a fait l’objet de consensus. Dans le domaine médicamenteux, tout n’est pas aussi simple d’autant plus que la réaction IgE dépendante n’est pas majoritaire. Cette étude multicentrique européenne permet d’affiner la procédure pour ce qui concerne l’hypersensibilité aux produits de contraste iodés (PCI).

Tests cutanés chez des patients ayant subi des réactions d’hypersensibilité aux produits de contraste iodés : une étude européenne multicentrique. : K. Brockow 1 , A. Romano 2 , W. Aberer 3 , A. J. Bircher 4 , A. Barbaud 5 , P. Bonadonna 6 , E. Faria 7 , G. Kanny 8 , M. Lerch 9 , W. J. Pichler 9 , J. Ring 1 , J. Rodrigues Cernadas 10 , E. Tomaz 11 , P. Demoly 12 , C. Christiansen 13 , for the European Network of Drug Allergy and the EAACI interest group on drug hypersensitivity

1 Department of Dermatology und Allergology Biederstein, Division Environmental Dermatology and Allergology Helmholtz Zentrum München/TUM, Technical University Munich, Munich, Germany ; 2 Allergy Unit, C.I. Columbus, Rome and IRCCS Oasi Maria S.S., Troina, Italy ; 3 Department of Dermatology, Medical University of Graz, Graz, Austria ; 4 Allergy Unit, Department of Dermatology, University Hospital, Basel, Switzerland ; 5 Department of Dermatology, University Hospital, Fournier Hospital, Nancy, France ; 6 Allergy Unit, Verona Hospital, Verona, Italy ; 7 Immunoallergology Department, Coimbra University Hospital, Coimbra, Portugal ; 8 Department of Internal Medicine, Clinical Immunology and Allergy, University Hospital, Hospital Central, Nancy, France ; 9 Clinic for Rheumatology and Clinical Immunology/Allergology, Inselspital, Bern, Switzerland ; 10 Department of Allergy and Clinical Immunology, University Hospital of S. João, Porto, Portugal ; 11 Hospital S. Bernardo, Setúbal, Portugal ; 12 Exploration des Allergies, Maladies Respiratoires, INSERM, Hôpital Arnaud de Villeneuve, University Hospital of Montpellier, Montpellier, France ; 13 Research and Development, GE Healthcare, Oslo, Norway

dans Allergy
Volume 64 Issue 2, Pages 234 - 241

- Contexte :

  • Les produits de contraste iodés (PCI) provoquent à la fois des réactions d’hypersensibilité immédiate et retardée.
  • L’objectif de cette étude prospective était de déterminer la spécificité et la sensibilité des tests cutanés chez les patients qui ont subi de telles réactions.

- Méthodes :

  • Les prick-test, les tests intradermiques et les tests épicutanés avec une série de produits de contraste ont été menés chez 220 patients ayant eu des réactions immédiate ou retardée.
  • Les tests cutanés positifs ont été définis en fonction de directives internationalement reconnues.
  • Soixante et onze sujets n’ayant jamais été exposés et 11 sujets ayant toléré l’exposition au PCI ont fait office de contrôles négatifs.

- Résultats :

  • Les tests cutanés avaient une spécificité 96-100%.
  • Pour les tests effectués dans un délai de 2 à 6 mois après la réaction, jusqu’à 50% des patients réagissant en immédiat et jusqu’à 47% de façon retardée ont eu des tests cutanés positifs.
  • Chez les patients réactifs en immédiat, l’IDR était le test le plus sensible, alors que les IDR en lecture retardée en combinaison avec les tests épicutanés ont été nécessaires pour optimiser la sensibilité chez les patients ayant subi des réactions retardées.
  • La réactivité croisée entre les PCI est plus commune dans le groupe réaction retardée que dans le groupe immédiat.
  • Fait intéressant, 49% de réactions en immédiat et 52% en retardé sont survenues chez les patients précédemment non exposés au PCI.
  • Beaucoup de ces patients avaient des tests cutanés positifs, ce qui indique qu’ils étaient déjà sensibilisés au moment de la première exposition au PCI.

- Conclusions :

  • Ces données suggèrent que 50% au moins des réactions d’hypersensibilité sont dues à un mécanisme immunologique.
  • Les tests cutanés apparaissent être un outil utile pour le diagnostic de l’allergie aux produits de contraste iodé et sont susceptibles de jouer un rôle important dans la sélection d’un produit sûr chez des patients ayant eu une réaction antérieure.

Nous le savons tous, mais il est toujours bon de le rappeler, l’allergie à l’iode n’existe pas. Les allergies aux PCI ne sont pas dues à l’iode, métalloïde naturel, mais au complexe moléculaire auquel il est inclus.

Les réactions immédiates sont plus fréquentes avec les PCI de haute osmolalité qu’avec ceux de faible osmolarité.

Il existe des réactions immédiates dont le mécanisme n’est pas toujours IgE dépendant. Il a été évoqué l’activation du complément, libération non spécifique d’histamine par les basophiles et les mastocytes, implication du facteur XII et du système kallicréine-kinine…

Les réactions retardées prennent l’aspect d’exanthème maculo-papuleux, d’eczéma ou d’urticaire, plus rarement d’érythème polymorphe, de syndrome de Lyell, d’érythème pigmenté fixe, de vascularite. Elles débutent en général dans un délai d’une heure à plusieurs jours. Ce phénomène décrit plus récemment doit répondre, là aussi, à des mécanismes différents.

Cette étude multicentrique prospective européenne regroupe 220 patients ce qui représente un nombre important dans une pathologie relativement peu fréquente.

Les auteurs ont eu recours au prick-test, à l’IDR en lecture immédiate et retardée et aux tests épicutanés.

La spécificité des tests cutanés est globalement de 96 à 100%, ce qui est très élevé, quasiment pas de risque de faux positifs.

Dans le cadre de la réaction immédiate, le prick-test n’est pas suffisant, l’IDR est plus sensible (moins de faux négatif), on risque moins ainsi de ne pas diagnostiquer une hyperréactivité vraie aux PCI. Cela est une confirmation, nous le savions déjà.

Dans le cadre de la réaction retardée, l’IDR à lecture retardée n’est pas assez performante, l’adjonction du test épicutané améliore la sensibilité. Ce fait est d’une importance capitale, je n’ai pas lu de publication antérieure sur les tests épicutanés dans ce domaine.

Autre donnée intéressante, 50% des patients ayant eu une réaction immédiate ou retardée n’avaient jamais été exposés antérieurement à un PCI, pourtant, un grand nombre d’entre eux avaient des tests cutanés positifs ce qui suggèrent une sensibilisation préalable.

Cette étude n’est sans doute pas révolutionnaire mais elle permet de mettre en place une procédure précise et apporte un bon rendement dans l’exploration d’une réactivité aux produits de contraste iodés.