Il n’y a pas de saison pour chercher les champignons chez les asthmatiques sévères.

mardi 21 avril 2009 par Dr Philippe Carré659 visites

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Il n’y a pas de saison pour chercher les champignons chez les asthmatiques sévères.

Il n’y a pas de saison pour chercher les champignons chez les asthmatiques sévères.

mardi 21 avril 2009, par Dr Philippe Carré

L’asthme sévère est un problème clinique important, et l’exposition et la sensibilisation à des allergènes spécifiques peuvent y jouer un rôle essentiel. La sensibilisation à certaines moisissures (Alternaria surtout, et aussi Cladosporium…) a été associée à une plus grande sévérité : qu’en est-il de celle du Trichophyton ?

Réponse IgE spécifique au Trichophyton et sévérité de l’asthme. : 1. Hirofumi Matsuoka, MD,
2. Akio Niimi, MD, PhD*,
3. Hisako Matsumoto, MD, PhD,
4. Tetsuya Ueda, MD,
5. Masaya Takemura, MD,
6. Masafumi Yamaguchi, MD,
7. Makiko Jinnai, MD,
8. Kojiro Otsuka, MD,
9. Tsuyoshi Oguma, MD,
10. Tomoshi Takeda, MD,
11. Isao Ito, MD, PhD,
12. Kazuo Chin, MD, PhD,
13. Ryoichi Amitani, MD, PhD and
14. Michiaki Mishima, MD, PhD

From the Departments of Respiratory Medicine (Drs. Matsuoka, Niimi, Matsumoto, Ueda, Takemura, Yamaguchi, Jinnai, Otsuka, Oguma, Takeda, Ito, and Mishima) and Respiratory Care and Sleep Control Medicine (Dr. Chin), Graduate School of Medicine, Kyoto University, Kyoto, Japan ; and the Department of Respiratory Medicine (Dr. Amitani), Osaka Red Cross Hospital, Osaka, Japan.

dans CHEST April 2009 vol. 135 no. 4 898-903

- Contexte :

  • La sensibilisation au Trichophyton, dermatophyte majeur, a été associée à l’asthme
  • Savoir si une telle sensibilisation est généralement associée à la sévérité de l’asthme, comme d’autres moisissures telle qu’Alternaria, est inconnue.

- Méthodes :

  • Les auteurs ont comparé 258 patients asthmatiques, classés par sévérité comme légers (n=123), modérés (n=101) ou sévères (n=34), et 114 sujets contrôle sains, par rapport à leur taux d’IgE spécifiques contre Trichophyton rubrum et d’autres pneumallergènes communs (mélange de moisissures, acariens de la poussière, chat, chien, pollen de cèdre du Japon, mélange de graminées et mélange de pollens d’arbres).

- Résultats :

  • Le taux d’IgE spécifiques positives au Trichophyton était plus élevé chez les patients avec un asthme modéré (15.8%) que chez les contrôles (7%, p=0.04) et ceux avec un asthme léger (4.9%, p< 0.006), et aussi plus élevé chez les patients avec un asthme sévère (32.4%) que chez les contrôles (p=0.0001), ceux avec un asthme léger (p<0.0001) et ceux avec un asthme modéré (p=0.04), mais il n’était pas différent entre les sujets contrôles et les patients avec un asthme léger
  • Les taux de positivité des mélanges de moisissures, du chat et du chien étaient presque invariablement plus élevés dans tous les groupes de patients asthmatiques que chez les contrôles, mais n’était pas différent parmi les patients dans les 3 sous-groupes d’asthme
  • Les taux de positivité des autres allergènes ne différait pas dans tous les groupes
  • La ré-analyse du taux de positivité des IgE spécifiques au Trichophyton, après exclusion des 52 sujets ayant des taux positifs au mélange de moisissures, montrait une tendance statistique identique à celle de la cohorte d’origine
  • Ceci pourrait éliminer l’effet potentiel de réactivité croisée à ces moisissures
  • L’analyse multivariée des sous-groupes d’asthme identifiait les IgE spécifiques au Trichophyton comme un déterminant indépendant de la sévérité de l’asthme.

- Conclusion :

  • La réponse IgE spécifique au Trichophyton peut être associée à une plus grande sévérité de l’asthme.

Les auteurs ont comparé, dans un groupe de 258 asthmatiques de sévérité variable par rapport à un groupe de 114 sujets sains, la réponse IgE spécifique à Trichophyton rubrum et à un certain nombre de pneumallergènes (acariens, pollens, phanères d’animaux).

Pour le Trichophyton :

  • il n’existait pas de différence entre les contrôles et les patients avec un asthme léger
  • le taux d’IgE était plus élevé chez ceux avec un asthme modéré par rapport aux contrôles et aux asthmatiques légers
  • enfin le taux d’IgE était très nettement élevé chez ceux avec un asthme sévère par rapport aux contrôles et aux 2 autres sous-groupes d’asthmatiques

Pour les autres pneumallergènes (y compris le mélange d’autres moisissures), il n’y avait pas de différence de positivité des IgE entre les 3 sous-groupes d’asthme.

Le résultat n’était pas modifié après exclusion des sujets ayant des taux d’IgE positifs aux autres moisissures, ce qui excluait une possible allergie croisée entre les différentes moisissures.

Les auteurs en concluent que la sensibilisation à Trichophyton est un marqueur indépendant de la sévérité de l’asthme, le titre des anticorps étant parallèle à la sévérité.

Un biais dans cette étude pourrait être le statut immunitaire des patients asthmatiques, les infections aux moisissures étant plus fréquentes chez les patients immunodéprimés ; la lecture de l’article permet de ne pas retenir à priori ce biais.

Cette étude n’a pas évalué non plus les sources possibles d’infection à Trichophyton chez les patients (aérienne ou cutanée), et il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que la réponse IgE spécifique à Trichophyton de ces patients asthmatiques soit uniquement en rapport avec une sensibilisation aérienne.

Par ailleurs, par rapport à d’autres études, il n’a pas été retrouvé ici d’association entre la sensibilisation aux mélanges d’autres moisissures et la sévérité de l’asthme ; des différences géographiques de sensibilisation pourraient en être une explication.

Enfin, la sensibilisation à Trichophyton n’a été étudiée que sur la base du taux des IgE spécifiques, ce qui pourrait être une limitation dans cette étude ; mais il semble, d’après d’autres études, qu’il y ait une bonne corrélation entre le taux d’IgE spécifiques et le résultat des tests cutanés et des tests de provocation à Trichophyton.

L’étude de la sensibilisation au Trichophyton pourrait donc être indiquée dans le bilan des patients asthmatiques ayant une forme d’asthme persistant sévère.