Un traitement « minute » de l’asthme aggravé ?

samedi 6 avril 2002 par Dr Stéphane Guez3379 visites

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Un traitement « minute » de l’asthme aggravé ?

Un traitement « minute » de l’asthme aggravé ?

samedi 6 avril 2002, par Dr Stéphane Guez

Pouvoir remettre de façon simple et rapide « dans le droit chemin » un asthme qui s’aggrave d’une façon temporaire est le désir de tous les thérapeutes, les traitements habituels des exacerbations de la maladie asthmatique consistant à doubler les doses de corticoïdes inhalés par exemple, demandant souvent un temps long. Pouvoir favoriser le retour à l’état antérieur par une administration unique de corticoïdes à fortes doses est donc très séduisante.

Une dose unique et importante de corticoïdes inhalés : un traitement possible des exacerbations de l’asthme.

La guérison d’une exacerbation d’un asthme peut prendre plusieurs jours sinon semaines même avec un traitement approprié. Mais la réponse bronchique et les éosinophiles des sécrétions bronchiques peuvent être diminués dans les 6 heures après une simple dose de corticoïdes inhalés.
But de l’étude : déterminer si une dose unique de 3200 µg de budésonide augmente la récupération lors d’une aggravation d’un asthme.
Méthode : 19 asthmatiques ayant une exacerbation de leur asthme à la suite de l’interruption de leur corticoïdes inhalés ont été randomisé pour recevoir
- soit leur traitement habituel (en doublant la dose de corticoïdes inhalés) avec un placebo,
- ou leur traitement habituel doublé avec en plus une dose unique de 3200 µg de budésonide administré en double aveugle.
Les patients ont été suivis par débit-mètre de pointe (PEF), sur les symptômes cliniques et par la consommation quotidienne de béta2mimétiques. La valeur la plus basse du PEF de chaque semaine était calculée comme un pourcentage du meilleur résultat effectué dans un passé récent (PEF%).
Résultats : Dans la première semaine qui suit l’aggravation de l’asthme, le PEF% était significativement plus grand dans le groupe budésonide que dans le groupe placebo (87,4 +/- 4,7 versus 76,7 +/- 5,3, p = 0,029). Mais à la quatrième semaine les PEF ne sont pas différents (p = 0,728). La proportion de patients n’ayant pas de symptômes cliniques pendant la première semaine est plus importante dans le groupe budésonide (p = 0.00012).
Conclusion : Une dose unique de corticoïdes inhalés à forte doses en plus du traitement habituel peut augmenter la récupération d’un patient après une exacerbation modérée d’un asthme chronique.


Cette étude est intéressante mais ne permet pas de recommander pour l’instant ce traitement. En effet le nombre de patients est faible avec surtout un test statistique peu puissant, en particulier en ce qui concerne la valeur du PEF. D’autre part les données de la pharmacocinétique permettent de penser que la forte dose de corticoïdes inhalés est en fait une corticothérapie per-os déguisée par absorption digestive massive . Enfin, l’exacerbation de l’asthme est provoquée par un arrêt du traitement habituel, rien ne prouve que les auteurs auraient eu un bon résultat si la décompensation de l’asthme avait été provoquée par une infection virale par exemple, ou une allergie nasale etc…Mais compte tenu de la simplicité de prise en charge qu’offre cette proposition thérapeutique, il serait intéressant de réaliser une vaste étude pour confirmer ou infirmer les conclusions de ce travail.