Les asthmatiques obèses résistent-ils à l’insuline ?

mardi 5 mai 2009 par Dr Philippe Carré645 visites

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Les asthmatiques obèses résistent-ils à l’insuline ?

Les asthmatiques obèses résistent-ils à l’insuline ?

mardi 5 mai 2009, par Dr Philippe Carré

L’augmentation de prévalence de l’asthme est associée aux conditions modernes de vie et la prévalence de l’obésité a augmenté de façon parallèle. Les mécanismes sous-jacents de cette association sont mal connus, et la résistance à l’insuline (caractéristique de l’obésité) pourrait jouer un rôle dans l’évolution de l’asthme.

La résistance à l’insuline comme élément prédictif de l’incidence des symptômes évocateurs d’asthme chez l’adulte. : B. H. Thuesen * , L. L. N. Husemoen * , L.-G. Hersoug * , C. Pisinger * and A. Linneberg *

* Research Centre for Prevention and Health,Glostrup University Hospital, Glostrup, Denmark

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 39 Issue 5, Pages 700 - 707

- Contexte :

  • Il y a de plus en plus de preuves que l’obésité est associée à une augmentation du risque d’asthme
  • L’hypothèse a été soulevée que la résistance à l’insuline pourrait être impliquée dans l’asthme induit par l’obésité, mais il n’y a pas jusqu’ici de données prospectives à ce sujet.

- Objectifs :

  • Etudier l’association entre l’obésité et la résistance à l’insuline d’une part et l’incidence des symptômes évocateurs d’asthme chez l’adulte.

- Méthodes :

  • Parmi un échantillon randomisé de 12934 sujets d’une population générale, 6784 (52.5%) ont été inclus et ont participé à un examen de santé dans les années 1999-2001
  • Au bout de 5 ans, ils ont été recontactés et 4516 (66.6%) ont participé au suivi
  • Trois critères d’obésité ont été définis à l’état basal : l’index de masse corporelle (IMC), le diamètre de la taille (DT) et le rapport taille/hanches (T/H)
  • De plus, le régime glucosé et l’insuline ont été mesurés pour déterminer la résistance à l’insuline
  • Les renseignements sur les symptômes évocateurs d’asthme à l’état basal et pendant le suivi ont été recueillis par des questionnaires
  • Un total de 3441 participants définis comme non asthmatiques à l’état basal et pour qui on avait une information complète sur toutes les variables considérées ont été inclus dans l’analyse
  • Les données ont été contrôlées vis-à-vis des facteurs confondants tels que le sexe, l’âge, le statut social et le tabagisme.

- Résultats :

  • Toutes les mesures d’obésité étaient associées à l’incidence des sifflements et des symptômes évocateurs d’asthme
  • De plus, la résistance à l’insuline était associée avec l’incidence des sifflements (OR 1.87, IC à 95% :1.38-2.54) et des symptômes évocateurs d’asthme (OR 1.61, IC 95% : 1.3-2.10)
  • L’effet de la résistance à l’insuline était plus important que celui de l’obésité et il était indépendant du sexe.

- Conclusions :

  • Les auteurs ont trouvé que la résistance à l’insuline était associée à un risque augmenté de développer des symptômes évocateurs d’asthme
  • Ce résultat conforte l’hypothèse que l’obésité et l’asthme peuvent être liés à des mécanismes inflammatoires impliqués aussi dans la résistance à l’insuline.

Les auteurs ont étudié la relation entre l’obésité, la résistance à l’insuline et les symptômes évocateurs d’asthme, dans une population de 4516 sujets suivis pendant 5 ans.

Les renseignements concernant l’asthme ont été recueillis par des questionnaires.

Les différents critères d’obésité et le niveau de résistance à l’insuline étaient corrélés à l’incidence des symptômes évocateurs d’asthme, sans différence par rapport au sexe ; la résistance à l’insuline était le facteur prédictif le plus important de survenue de symptômes respiratoires.

L’association entre asthme et obésité a été retrouvée dans plusieurs études épidémiologiques, de même que l’amélioration des symptômes d’asthme après réduction pondérale par un régime adapté.

Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer ce lien : influence hormonale, facteurs génétiques communs à l’asthme et à l’obésité, effet du régime maternel sur le fœtus, modifications des réponses immunes ou inflammatoires ; une composante métabolique a aussi été proposée, par le biais de la résistance à l’insuline qui pourrait être un facteur étiologique commun au développement de l’asthme, de l’allergie et du diabète de type II.

Cette étude prospective est la première étude de population à montrer une relation entre la résistance à l’insuline et les symptômes d’asthme ; elle montre que la résistance à l’insuline précède le développement de l’asthme et des sifflements et qu’elle est un facteur plus puissant que l’obésité elle-même.

Le fait de savoir si la résistance à l’insuline est un facteur causal dans le développement de l’asthme ou plutôt la conséquence de la production de médiateurs pro-inflammatoires n’est pas clair ; mais cette étude conforte l’hypothèse que des altérations dans la réponse immune et/ou inflammatoire pourraient expliquer, au moins en partie, l’association entre obésité et asthme.

Des études complémentaires sont nécessaires pour élucider les mécanismes biologiques liant l’obésité et la résistance à l’insuline dans le développement de l’asthme.