Eviction alimentaire stricte : c’est fini !

mercredi 6 mai 2009 par Dr Geneviève DEMONET1327 visites

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Eviction alimentaire stricte : c’est fini !

Eviction alimentaire stricte : c’est fini !

mercredi 6 mai 2009, par Dr Geneviève DEMONET

Jusqu’à il y a peu, on pensait que la poursuite d’un régime d’exclusion strict était le garant, à terme, de la guérison de l’allergie alimentaire. De nouvelles études montrent qu’on faisait fausse route. Les temps changent et les pratiques devraient suivre…

Conseil nutritionnel, adhérence au régime et acquisition de tolérance chez l’enfant allergique à l’œuf : un suivi sur 5 ans : Clare Wendy Allen 1,2 , Andrew Stewart Kemp 1,2 and Dianne Elizabeth Campbell 1,2

1 Department of Allergy and Immunology, The Children’s Hospital at Westmead, Sydney, NSW, Australia , 2 Discipline of Paediatrics and Child Health, Clinical School, University of Sydney, Sydney, NSW, Australia

dans Pediatric Allergy and Immunology
Volume 20 Issue 3, Pages 213 - 218

L’allergie à l’œuf IgE-médiée est une allergie alimentaire fréquente dans l’enfance touchant environ 1-2% des enfants âgés de 2 ans.

L’éviction de l’œuf est le pilier du traitement de l’allergie à l’œuf ; cependant, on ne sait pas très bien quel type de conseil nutritionnel reçoivent les parents d’enfants allergiques à l’œuf et jusqu’à quel point il est suivi.

Cette étude avait pour but de vérifier :

  • (i) le type et la source du conseil nutritionnel que reçoivent les parents dans un hôpital tertiaire,
  • (ii) la plus ou moins grande adhérence des parents au conseil donné,
  • (iii) quelles caractéristiques du patient ont influencé l’adhérence au régime et
  • (iv) si une adhérence stricte au conseil diététique était un facteur identifiable de guérison de l’allergie à l’œuf.

- En 2006, un questionnaire a été envoyé à 261 parents d’enfants vus dans un service de pédiatrie tertiaire en 2003 et pour lesquels un diagnostic d’allergie à l’œuf avait été porté ; un test ouvert de provocation orale à l’œuf avait été pratiqué à l’hôpital chez 84 de ces enfants durant cette période (2003-2006).

- Les questions comportaient des données démographiques, des détails sur l’allergie à l’œuf, le régime d’éviction et l’acquisition d’une consommation d’œuf illimitée.

  • Sur les 199 questionnaires effectivement reçus, 167 ont été renvoyés (84%).
  • La moyenne d’âge de la cohorte était de 6.6 ans avec un suivi moyen de 5.5 ans depuis la première réaction.
  • Soixante-six pour cent des sujets ont signalé une éviction permanente de tout aliment contenant de l’œuf.
  • Quarante-sept pour cent des enfants avaient accidentellement été exposés à l’œuf.
  • Il n’est pas apparu que la sévérité de la réaction initiale influence l’adhérence au régime conseillé.
  • Sur les 84 enfants ayant eu, à l’hôpital, un test de provocation ouvert à l’œuf, 57 enfants ont été capables de consommer de l’œuf sans réaction clinique et ont été considérés comme guéris de leur allergie à l’œuf.
    • Ces enfants ne différaient pas de ceux qui avaient eu une réaction positive au test de provocation en terme de conseil diététique reçu ni de degré d’éviction plus ou moins strict de l’œuf.
    • De plus, les enfants qui avaient guéris de leur allergie à l’œuf ne différaient pas de ceux toujours allergiques au test de provocation mené à l’hôpital quant à la fréquence des ingestions accidentelles ou à la sévérité de la réaction initiale.

Ni l’éviction stricte de l’œuf ni l’existence d’ingestions accidentelles d’œuf ne sont apparues comme des facteurs influençant l’acquisition de la tolérance.


Une étude a été menée en Australie chez 167 enfants allergiques à l’œuf. Le type de régime suivi par ces enfants et l’existence de prises accidentelles de l’allergène ont été évalués par l’intermédiaire de questionnaires remplis par les parents.

Le suivi moyen de ces enfants était de 5 ans depuis la réaction allergique initiale.
Sur les 167 enfants considérés, 84 ont eu un test de provocation ouvert.

Il s’avère que les enfants suivant un régime strict et n’ayant jamais consommé d’œuf de façon accidentelle ne guérissaient pas plus vite que les autres ! La sévérité de la réaction initiale n’est pas non plus intervenue dans l’évolution de l’allergie.

Ce travail, parmi d’autres, a été repris lors du dernier CFA par E. Bidat dans une session intitulée « Comment adapter le régime d’éviction avec le bilan allergologique ? ».

On assiste actuellement à un retour en arrière sur ce qui a été pratiqué pendant des années, à savoir des régimes d’exclusion alimentaires stricts.

C’est le cas particulièrement pour l’œuf. En cas d’allergie à l’œuf, il est important de continuer, lorsque cela est possible, la consommation d’œuf sous une forme tolérée (œuf très cuit ou mi-cuit). De la même façon, 70% des enfants toléreraient le lait cuit, il faut alors en poursuivre la consommation qui pourrait favoriser l’acquisition de la tolérance.

Le régime strict élargi aux aliments de la même famille c’est aussi fini. Quatre-vingt-deux pour cent des enfants allergiques à l’arachide ont une sensibilisation aux légumineuses alors que seulement 35% d’entre eux ont une véritable allergie croisée. Il faut déterminer les aliments responsables d’une allergie véritable et ne pas éliminer tous ceux positifs lors des prick-tests cutanés.

Quatre vingt pour cent des enfants ayant une allergie à l’arachide ont au moins un test positif pour un fruit à coque alors que seulement 35% d’entre eux ont une allergie vraie.

Il ne faut donc pas mener d’éviction globale mais s’adapter au bilan et poursuivre la consommation des aliments tolérés.

Avec un bémol cependant : ne pas aller au-delà du souhait du patient. Lorsqu’il existe un dégoût alimentaire, il ne sert à rien de vouloir obtenir que l’enfant mange des œufs à la coque ou boive un bol de lait… Par contre, s’il vit une vie normale et n’a plus à s’inquiéter de ce qui se trouve dans son assiette, alors le pari est gagné !