Allergiques à l’arachide et industriels : vers un protocole d’accord ?

vendredi 15 janvier 2010 par Dr Stéphane Guez771 visites

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Allergiques à l’arachide et industriels : vers un protocole d’accord ?

Allergiques à l’arachide et industriels : vers un protocole d’accord ?

vendredi 15 janvier 2010, par Dr Stéphane Guez

L’éviction est le seul traitement de l’allergie à l’arachide. Pour se protéger les industriels inscrivent très facilement sur leurs produits « peut contenir des traces d’arachide ». Est-il possible de définir de façon précise une valeur seuil à ne pas dépasser qui servirait de référence aux industriels ?

Dose seuil pour l’arachide : évaluation du risque par un diagnostic de provocation orale sur une série de 286 patients monosensibilisés à l’arachide. : Taylor SL, Moneret-Vautrin DA, Crevel RW, Sheffield D, Morisset M, Dumont P, Remington BC, Baumert JL.

Food Allergy Research and Resource Program, Department of Food Science and Technology, University of Nebraska-Lincoln, Lincoln, NE, USA.

dans Food Chem Toxicol. 2009 Dec 23.

- Objectifs, Matériel et méthodes :

  • Les données cliniques de 286 patients consécutifs :
    • ayant réagi positivement avec des symptômes cliniques objectifs lors d’un test de provocation oral en double aveugle contre placebo vis-à-vis de l’arachide réalisés au CHU à Nancy, ont été revus pour définir pour chaque patient :
    • la dose la plus forte n’entrainant pas de symptômes
    • et la dose la plus faible entrainant une réponse clinique (respectivement dénommés : NOALS et LOALS).

- Résultats

  • Après ajustement à un modèle de distribution statistique logarithmique normal, le ED (10) et ED (05) (NDT : la dose qui entraîne une réaction chez 10% et 5% d’une population d’allergiques à l’arachide) étaient respectivement de :
    • ED (10) : 14.4 mg
    • ED (5) 7.3 mg
    • (expression en poids de cacahuète totale) avec un intervalle de confiance de 95% respectivement de 10.7 mg et 5.2 mg.
  • En comparaison avec une étude antérieure dans laquelle l’ED (10) était basé sur le seuil de réactivité individuel provenant de 12 publications, une différence statistique significative a été observée avec l’ED (50) mais pas avec l’ED (10) des 2 courbes de distribution statistique.

- Discussion :

  • Le groupe de patients de Nancy a plus de patients sensibilisés que les groupes des études publiées, pouvant expliquer les différences observées.
  • La distribution statistique des doses minimum entraînant une réaction chez les patients ayant les réactions les plus sévères (grade 4 ou 5 : 40 patients) n’est pas statistiquement différente de celles des patients ayant des antécédents cliniques moins sévères (grade 1– 3 : n=123 patients)

- Conclusion :

  • Ces données et cette approche modélisée pourrait permettre :
    • d’établir des doses seuils pour une population de patients allergiques à l’arachide
    • et pourrait permettre d’établir un taux de référence des allergènes pour les mesures de contrôle d’éviction dans l’industrie alimentaire.

Les auteurs ont extrapolés statistiquement les résultats des tests de provocation orale à l’arachide de 286 patients à une population d’allergique à l’arachide.

Il est proposé des valeurs seuils d’arachide qui n’entraînent pas de réactions.

Ces valeurs peuvent servir de référence dans l’industrie alimentaire.

Ce travail passionnant a été réalisé par l’équipe française la plus performante dans ce domaine de recherche difficile qu’est l’allergie alimentaire.

L’objectif de ce travail très pointu dans son aspect statistique a été de tenter de définir s’il existe une dose seuil d’arachide qui peut être tolérée dans les aliments en particulier d’origine industrielle sans provoquer de réaction clinique chez les allergiques à l’arachide.

Pour cela, les auteurs ont donc repris tous les dossiers des patients étant venus consulter pour une allergie à l’arachide.

A la différence de nombreuses équipes, les auteurs ont réalisé chez tous ces patients un test de provocation oral même chez des patients qui ont décrit des réactions sévères. Ainsi un des biais souvent observé dans les études publiées a été contourné : les patients les plus sévères n’ont pas été éliminés. Cela crédibilise donc les résultats.

Les auteurs ont défini 2 seuils pour chaque patient : la dose la plus forte qui n’entraine pas de réaction, et la dose la plus faible qui provoque une réaction.

Puis ils ont, par une manipulation statistique, extrapolé ces résultats à une population de distribution normale qui serait composée seulement d‘allergiques à l’arachide.

La dose qui déclenche une réaction chez 10% de cette population est de 10.4 mg et celle qui déclenche une réaction chez 5% des patients est de 5.2 mg.

Il est donc possible à partir de là de calculer le risque, pour un aliment d’origine industriel, de déclencher une réaction chez des allergiques à l’arachide en fonction du contenu en arachide.

C’est une première approche et un progrès considérable car ce qui manque aux industriels pour proposer une éviction fiable c’est justement un seuil de référence pour préciser s’ils sont au dessus ou au dessous de ce seuil.

Mais il reste un problème crucial : si un patient allergique mange non pas 1 gâteau qui contient 4 mg d’arachide mais 5 gâteaux, il dépasse alors largement le seuil limite et pourrait avoir une réaction allergique.

D’autre part lorsqu’on sait qu’une dose très faible peut être mortelle chez un allergique à l’arachide peut-on tolérer une ED 5% ?

En fait ce travail pourrait surtout ouvrir une voie de recherche intéressante pour d’autres allergènes alimentaires moins puissants et dangereux que l’arachide.