Si les mamans broutaient les enfants seraient peut-être moins allergiques au lait de vache ?

mardi 9 février 2010 par Dr Stéphane Guez1100 visites

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Si les mamans broutaient les enfants seraient peut-être moins allergiques au lait de vache ?

Si les mamans broutaient les enfants seraient peut-être moins allergiques au lait de vache ?

mardi 9 février 2010, par Dr Stéphane Guez

Pourquoi des enfants intolérants au lait de vache développent ensuite une tolérance pour certains et pas pour d’autres ? La modification de la réponse immunitaire n’est pas clairement précisée à ce jour. Ce travail a cherché à établir les différences immunologiques entre les enfants devenus tolérants et les autres.

La durée de la réactivité clinique dans l’allergie au lait de vache est associée aux taux d’IgG4 spécifiques et aux IgA anti-lactoglobuline. E. M. Savilahti 1 , K. M. Saarinen 1 and E. Savilahti 1

1 Hospital for Children and Adolescents, University of Helsinki, Helsinki, Finland

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 40 Issue 2, Pages 251 - 256

- Introduction :

  • Le développement d’une tolérance dans les allergies IgE médiées a été associé à un taux bas des IgE spécifiques anti-lait de vache, à une augmentation du taux des IgG4 spécifiques, et de façon plus contestée des IgA.

- Objectif de l’étude :

  • Les auteurs ont étudié si la réponse spécifique contre les protéines de lait de vache est différente en fonction du temps entre les patients :
    • qui perdent leur allergie au lait de vache à l’age de 3 ans
    • de ceux qui développent une tolérance seulement après l’age de 8 ans.

- Matériel et méthode :

  • La population étudiée comprend 83 patients ayant une allergie IgE médiée au lait de vache.
  • Ils appartiennent à une cohorte de 6209 enfants en bonne santé et nés à terme, et qui sont suivis de façon prospective pour dépister l’émergence d’une allergie au lait de vache.
  • Les prélèvements sériques étaient disponibles :
    • au moment du diagnostic (age moyen 7 mois),
    • 1 an plus tard (médiane 19 mois)
    • et lors du suivi (médiane 8.5 ans).
  • Une population témoin appariée sur l’age (n = 76) et n’ayant pas d’antécédents allergique au lait de vache a été également étudiée comme contrôle.
  • Les taux d’IgE sériques au lait de vache ont été mesurés par méthode UniCAP.
  • Les taux d’IgA, IgG1 et IgG4 spécifiques de la lactoglobuline et de l’alpha caséine ont été mesurés par test ELISA.

- Résultats :

  • Les patients qui ont une allergie persistante à l’âge de 8 ans (n=18 au moment du diagnostic, n=16 aux autres points d’étude) ont des taux d’IgE spécifiques plus élevés au 3 points de mesure (p<0.001) par rapport aux patients qui deviennent tolérants à l’âge de 3 ans (n=55 lors du diagnostic, n=54 à plus 1 an, n=40 au suivi).
  • Ils ont un taux plus bas
    • d’IgA à la lactoglobuline au moment du diagnostic (p=0.01)
    • et des taux d’IgG4 plus bas contre la lactoglobuline (p=0.04) et la caséine (p=0.05) lors du suivi.

- Conclusion :

  • Des taux élevés d’IgE spécifiques au lait de vache prédisent à la persistance d’une allergie au lait de vache.
  • Le développement d’une tolérance est associé :
    • à des taux élevés d’IgA anti-bêta lactoglobuline sérique au moment du diagnostic, -**et à une augmentation ultérieure des taux d’IgG4 contre la bêta lactoglobuline et l’alpha caséine.

Les auteurs ont cherché les critères permettant de prédire l’apparition d’une tolérance au lait de vache à 8 ans chez des enfants présentant une intolérance au lait à l’âge de 6 mois.

Des taux élevés d’IgA et d’IgG4 contre la béta lactoglobuline et d’IgG4 contre l’alpha-caséine sont des bons marqueurs d’une future tolérance.

Ce travail soulève des questions qui ne sont pas résolues par cet article et doivent faire l’objet d’investigations ultérieures.

En effet si l’augmentation des IgG4, qui ont un rôle bloquant reconnu au niveau de l’activation mastocytaire, explique le lien avec l’apparition d’une tolérance, le rôle des IgA est beaucoup moins clair.

Est-ce qu’il y aurait un effet « barrière »au niveau du tube digestif ?

Ou est-ce un épiphénomène lié à la sécrétion de diverses cytokines modifiant la réponse immunitaire et accompagnant la production des IgG4 ?