Nouvelles tendances : cette année, la diversification alimentaire sera précoce !

vendredi 12 février 2010 par Dr Céline Palussière2361 visites

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Nouvelles tendances : cette année, la diversification alimentaire sera précoce !

Nouvelles tendances : cette année, la diversification alimentaire sera précoce !

vendredi 12 février 2010, par Dr Céline Palussière

Devant l’incidence galopante des manifestations allergiques, en particulier chez les enfants, il est légitime de rechercher des leviers d’action. L’alimentation est un sujet d’étude prisé, tant pour l’allaitement que pour la diversification alimentaire. Cette étude vient bouleverser ce qui se disait encore il y a quelques années…

Introduction précoce d’une alimentation solide et développement de l’eczéma chez des enfants de plus de 4 ans. : Manana Sariachvili 1 , Jos Droste 1 , Sandra Dom 1 , Marjan Wieringa 2 , Margo Hagendorens 3,4 , Wim Stevens 3 , Marc van Sprundel 1 , Kristien Desager 4 and Joost Weyler 1

1 Department of Epidemiology and Community Medicine, University of Antwerp, Belgium , 2 Department of Otorhinolaryngology, Head and Neck Surgery, Erasmus MC, Rotterdam, The Netherlands , 3 Department of Immunology, University of Antwerp, Belgium , 4 Department of Paediatrics, University of Antwerp, Belgium

dans Pediatric Allergy and Immunology
Volume 21 Issue 1-Part-I, Pages 74 - 81

- Contexte :

  • L’introduction précoce d’une alimentation solide dans la petite enfance a été associée au développement de maladies allergiques.
  • Les données scientifiques sur ce sujet divergent cependant.

- Objectifs :

  • Le but de cette étude était d’examiner l’association entre une introduction précoce de l’alimentation solide chez le nourrisson et le développement de l’eczéma à 4 ans.

- Méthode :

  • Nous avons mené une étude cas-contrôle étiologique à partir de la cohorte PIPO (Prospective Cohort on the Influence of Perinatal Factors on the Occurrence of Asthma and Allergies).
  • Dans cette cohorte, les données concernant la nutrition, l’environnement et l’eczéma rapporté par les parents étaient collectées, de façon prospective, à partir du cinquième mois de grossesse, par des questionnaires remis lors de deux visites à domicile et par des questionnaires biannuels postaux.
  • De plus, des informations détaillées sur la date d’introduction de l’alimentation solide pour chaque aliment étaient collectées à l’âge de 1 an.
  • Les odds ratios ajustés et des intervalles de confiance de 95% étaient calculés en utilisant une analyse de régression logistique, comme mesure de l’association entre l’eczéma et la date de d’introduction de l’alimentation solide.

- Résultats :

  • Une introduction précoce (avant le 4ème mois) de l’alimentation solide était inversement associée à l’eczéma après 4 ans (OR ajusté : 0.49 ; IC 95% : 0.32-0.74).
  • De plus, nous avons trouvé qu’une exposition précoce aux aliments solides était associé à un risque réduit pour l’eczéma chez les enfants dont les parents sont allergiques (OR aj : 0.35 ; IC 95% : 0.20-0.63), alors qu’il n’y avait pas d’effet significatif chez les enfants de parents non allergiques (IR aj : 0.69 ; IC 95% : 0.37-1.29).

- Conclusion :

  • Les résultats de cette étude montrent qu’une exposition précoce aux aliments solides est associée à moins d’eczéma rapporté par les parents, particulièrement chez les enfants de parents allergiques.
  • Cette étude n’encourage donc pas une introduction retardée de l’alimentation solide pour prévenir l’eczéma dans l’enfance.

La cohorte PIPO est une cohorte belge débutée en 1997, dans laquelle 2000 femmes enceintes ont été contactées au 5ème mois de grossesse pour définir leurs pratiques en terme d’allaitement et nutrition, et étudier l’apparition de maladies allergiques chez leurs enfants. Au total 1128 enfants ont été inclus dans l’étude.

Dans cette étude, les cas étaient au nombre de 252 : il s’agissait d’enfants dont la diversification avait été débutée avant l’âge de 4 mois et dont les parents rapportaient un eczéma à l’âge de 4 ans.

Les contrôles, au nombre de 305, avaient aussi eu une diversification précoce (avant 4 mois) mais ne présentaient pas d’eczéma.

On peut déjà être frappés par le nombre très élevé d’enfants souffrant d’eczéma : 45% de la cohorte ! A 4 ans, les chiffres de prévalence tournent habituellement plutôt autour de 15-20%...

En fait le questionnaire demandait aux parents si leur enfant « avait souffert » d’eczéma au cours de ses 4 premières années. Parmi les « cas », 60% en avait souffert durant la 1ère année, seulement 27% en souffraient la 4ème année.

Les enfants souffrant d’eczéma étaient plus souvent issus de milieux favorisés, leurs parents étaient plus souvent allergiques, et ils étaient plus souvent exposés à un tabagisme passif.

Etant donné que le diagnostic d’eczéma était porté par les parents, on peut aussi imaginer que les familles d’allergiques sont plus enclines à signaler des manifestations d’allergie chez leurs enfants (bien qu’aucune distinction ne soit faite entre eczéma allergique et non allergique).

Dans cet article, l’alimentation solide recoupe ce qu’en français on appelle diversification, puisqu’elle inclut les jus de fruits, les compotes, et autres laitages. L’introduction de chaque type d’aliment était datée en fonction de l’âge de l’enfant. Le poisson, l’œuf, le fromage, la viande étaient le moins souvent introduits avant 4 mois, chez les cas comme chez les contrôles. L’arachide n’était pas individualisée.

L’interprétation des résultats doit cependant se faire avec nuance. En effet les familles d’allergiques ont certainement eu tendance à retarder la diversification, conformément aux recommandations visant à diminuer l’apparition des maladies allergiques chez les nourrissons. L’eczéma ne serait plus une conséquence mais une cause de la diversification tardive…

Quoi qu’il en soit, cette étude a le mérite de bousculer un peu les dogmes, comme cela a pu être le cas avec l’allaitement prolongé 6 mois, qui doit être recommandé dans certains cas, mais pas dans tous (par exemple chez les mamans asthmatiques).

D’autre part il va dans le sens de la conception actuelle de l’allergologie alimentaire. L’exposition précoce et continue à une grande diversité d’aliments permet à l’organisme de mettre en place les mécanismes de tolérance, contrairement aux évictions strictes.