Alternaria vous monte au nez ?

lundi 22 février 2010 par Dr Geneviève DEMONET1329 visites

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Alternaria vous monte au nez ?

Alternaria vous monte au nez ?

lundi 22 février 2010, par Dr Geneviève DEMONET

Si la sensibilisation à Alternaria est un facteur de risque d’asthme, la responsabilité de la moisissure dans la rhinite allergique est plus controversée. Une étude menée à l’école chez 6726 enfants de 6 villes françaises différentes prolonge le débat…

Sensibilisation à Alternaria et rhinite allergique avec ou sans asthme dans l’étude des Six Villes Françaises : Z. A. Randriamanantany 1 , I. Annesi-Maesano 2,3 , D. Moreau 2,3 , C. Raherison 4 , D. Charpin 5 , C. Kopferschmitt 6 , F. Lavaud 7 , A. Taytard 4 , F. De Blay 6 & D. Caillaud 1

1 CHU Clermont-Ferrand, Hôpital Gabriel Montpied, Service de Pneumologie, rue Montalembert, Clermont-Ferrand, France ; 2 EPAR INSERM U707, Faculté Médecine Saint-Antoine, rue Chaligny, Paris, France ; 3 EPAR UPMC Univ Paris 06, UMR_S 707, EPAR, Paris, France ; 4 Service des Maladies respiratoires, Hôpital du Haut-Lévèque, Avenue de Magellan, Pessac, France ; 5 Hôpital Nord, Marseille, France ; 6 Hôpitaux Civils, Strasbourg, France ; 7 Hôpital Maison Blanche, Reims, France

dans Allergy
Volume 65 Issue 3, Pages 368 - 375

- Contexte :

  • La sensibilisation allergique à Alternaria a été associée à l’asthme dans plusieurs études mais son lien avec la rhinite allergique reste controversée.

- Objectifs :

  • Le but de cette étude était de vérifier, à l’échelle d’une population, les relations entre la sensibilisation à Alternaria chez l’enfant et l’existence « d’une rhino-conjonctivite dans l’année passée » (RCAP), « d’un antécédent de rhume des foins » (ARF) et « d’un antécédent de rhinite allergique causée par des allergènes autres que les pollens » (ARA) selon la présence ou l’absence d’asthme.

- Méthodes :

  • Cette étude fait partie de l’Etude des Six villes, la contribution française à l’Etude Internationale sur l’Asthme et les Allergies chez l’enfant (ISAAC) Phase II.
  • On a réalisé des prick-tests cutanés (PTC) à Alternaria chez les enfants et les parents on rempli un questionnaire médical standardisé.

- Résultats :

  • On a examiné 6726 enfants âgés en moyenne de 10 ans.
  • La prévalence de la sensibilisation à Alternaria était de 2.8%, 0.8% pour les monosensibilisations.
  • Les prévalences des symptômes chez les enfants sensibilisés étaient de 27.7% pour la RCAP, 27.0% pour un ARF et 30.4% pour un ARA.
  • Les Odds Ratios ajustés (OR) entre la sensibilisation à Alternaria et les phénotypes de rhinite allergique étaient de 2.34 (intervalle de confiance 95% : 1.51–3.63) pour RCAP, 2.40 (1.65–3.50) pour ARF et 2.95 (2.05–4.23) pour ARA.
  • La relation se maintenait en cas de monosensibilisation à Alternaria à la fois pour RCAP et pour ARA lorsque l’on excluait les enfants asthmatiques [OR = 3.87 (1.54–9.78) et 2.88 (1.10–7.55) respectivement].

- Conclusion :

  • Dans notre échantillon de population d’enfants, nous avons trouvé un lien entre la sensibilisation à Alternaria et la rhinite allergique, de façon indépendante de l’asthme, ce qui est compatible avec les mécanismes de dépôt d’Alternaria dans les voies aériennes supérieures.

Dans le cadre de l’étude ISAAC II, 6726 écoliers âgés de 9 à 11 ans ont été recrutés entre 1999 et 2000 dans 6 villes françaises (Bordeaux, Clermont Ferrand, Créteil, Marseille, Reims et Strasbourg).

Les parents des enfants ont répondu à un questionnaire concernant la santé respiratoire et l’allergie de leur enfant ainsi que sur les facteurs de risque éventuels.

Les enfants ont été examinés à l’école (recherche d’un eczéma et réalisation de prick-tests cutanés pour les aéroallergènes communs : D pter, D far, chat, chien, Alternaria Alternata, blatte, arachide, oeuf, morue, mélange de pollens de graminées, et d’arbres).

On a distingué la présence d’un épisode de rhinoconjonctivite dans l’année passée (en dehors d’un rhume infectieux) d’un antécédent à un moment quelconque de rhume des foins ou de rhinite allergique due à des allergènes autres que polliniques.

De la même façon, le questionnaire permettait de différencier un asthme (sifflements) survenu dans les 12 derniers mois d’un antécédent d’asthme, ainsi que la confirmation du diagnostic par un médecin.

La prévalence globale de la sensibilisation à Alternaria était de 2,8% avec des variations géographiques : de 1,1 % à Strasbourg à 4,1% à Bordeaux…

Parmi les enfants sensibilisés à Alternaria, 28,1% étaient monosensibilisés (soit 0,8% de la population totale).

La prévalence de la rhinite allergique et de l’asthme était plus importante chez les enfants sensibilisés à Alternaria que dans le reste de la population.

Parmi les enfants sensibilisés à Alternaria, 27,7% avaient eu un épisode de rhino-conjonctivite dans l’année passée contre 11,5% dans la population totale, 27% des antécédents de rhume des foins (contre 12,7%) et 30,4% des antécédents de rhinite allergique à un allergène autre que pollinique (contre 12,6%).

Cette tendance était toujours observée après ajustement pour des facteurs confondants éventuels (sexe, histoire parentale d’allergie, statut socio-économique, surpoids, tabagisme passif et humidité).

La sensibilisation à Alternaria s’est avérée davantage liée à la rhinite qu’à l’asthme.

Sur les 189 enfants sensibilisés à Alternaria, 54 étaient monosensibilisés à cet allergène. L’association entre cette sensibilisation et la présence d’une rhinite sans asthme était plus forte chez ces enfants pour la rhinoconjonctivite dans l’année écoulée et l’antécédent de rhinite allergique non pollinique mais non significative pour l’antécédent de rhume des foins.

Les spores d’Alternaria font partie des spores de moisissures extérieures les plus grands (>10 μm) et peuvent donc être à l’origine d’une allergie respiratoire haute. Ils sont présents à faible concentration tout au long de l’année et voient leur quantité s’accroître notablement en été. Ils pourraient donc être responsable à la fois de rhinite perannuelle et saisonnière.

Ce travail est en faveur d’une relation entre la sensibilisation à Alternaria et la rhinite allergique.

On aurait cependant aimé plus de détails sur la concordance effective de la symptomatologie des enfants avec les relevés de moisissures. Il me semble qu’il y a 2 types de patients sensibilisés à Alternaria : ceux qui ont une allergie réelle et un maximum de symptômes en été et ceux qui vont parfaitement bien en été mais qui ont peut-être une rhinite par ailleurs le reste de l’année. Quelle est alors la responsabilité réelle de la moisissure ?