Les enfants asthmatiques seraient-ils cernés par les moisissures ?

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Les enfants asthmatiques seraient-ils cernés par les moisissures ?

Les enfants asthmatiques seraient-ils cernés par les moisissures ?

mardi 30 mars 2010, par Dr Philippe Carré

La sensibilisation aux allergènes fungiques est connue chez les enfants asthmatiques vivant en ville, mais peu d’études ont analysé sa relation avec la morbidité, et les résultats sont divergents. Les auteurs ont donc étudié cette relation à partit d’une enquête épidémiologique sur l’asthme infantile en milieu urbain.

Effets différentiels de l’exposition aux spores de moisissures extérieures versus intérieures, sur la morbidité asthmatique, chez des enfants vivant en milieu urbain. : Jacqueline A. Pongracic, MDa, George T. O’Connor, MD, MSb, Michael L. Muilenberg, MSc, Ben Vaughn, MSd, Diane R. Gold, MD, MPHe, Meyer Kattan, MD, CMf, Wayne J. Morgan, MD, CMg, Rebecca S. Gruchalla, MD, PhDh, Ernestine Smartt, RNi, Herman E. Mitchell, PhDd

a Children’s Memorial Hospital, Northwestern University Feinberg School of Medicine, Chicago, Ill

b Boston University School of Medicine, Boston, Mass

c School of Public Health and Health Sciences, University of Massachusetts, Amherst, Mass

d Rho, Inc, Chapel Hill, NC

e Channing Laboratory, Brigham and Women’s Hospital, Boston, Mass

f Columbia University College of Physicians and Surgeons, New York, NY

g Arizona Respiratory Center, University of Arizona, Tucson, Ariz

h University of Texas Southwestern Medical Center, Dallas, Tex

i National Institute of Allergy and Infectious Diseases, National Institutes of Health, Department of Health and Human Services, Bethesda, Md

dans JACI Volume 125, Issue 3, Pages 593-599 (March 2010)

- Contexte :

  • Bien que la sensibilisation aux allergènes de moisissures soit prévalente chez les enfants asthmatiques vivant en milieu urbain, la relation entre l’exposition aux moisissures et la morbidité n’est pas bien comprise.

- Objectif :

  • Examiner la relation entre la sensibilisation aux moisissures et la morbidité asthmatique chez des enfants vivant en milieu urbain.

- Méthodes :

  • Les participants étaient des enfants de 5 à 11 ans inclus dans l’Etude sur l’Asthme en Milieu Urbain (EAMU)
  • Cette étude incluse le sous-groupe des enfants avec au moins une réponse positive des tests cutanés (TCP) à un extrait d’allergène fungique
  • Pour ces enfants, les niveaux de culture des moisissures dans l’air intérieur et extérieur ont été mesurés à l’état basal et au cours des 2 ans de l’étude
  • Les mesures de morbidité asthmatique étaient collectées de façon prospective
  • L’objectif principal était de mesurer les jours symptomatiques par périodes de 2 semaines.

- Résultats :

  • A l’état basal, les enfants avec des TCP à un extrait d’allergène fungique avaient significativement plus de jours symptomatiques comparativement à ceux sans TCP à aucun des extraits fungiques (6.3 vs 5.7 jours par 2 semaines, p=0.04)
  • Pendant l’étude, les augmentations de l’exposition totale aux moisissures et de l’exposition aux espèces de Pénicillium dans l’air intérieur étaient associées à une augmentation des jours symptomatiques et des consultations non programmées liées à l’asthme
  • Les expositions intérieures à l’ensemble des moisissures et à Penicillium étaient associées à une augmentation significative des consultations non programmées, même après contrôle des taux de moisissures extérieures
  • Les effets néfastes associés à l’exposition à une moisissure spécifique étaient plus marqués chez les enfants avec des TCP à cet extrait allergénique spécifique, comparativement à ceux des enfants ayant des tests cutanés négatifs.

- Conclusion :

  • L’exposition aux moisissures extérieures est associée surtout, dans cette population, à une augmentation des symptômes d’asthme et à un risque accru d’exacerbations.

Cette étude présente les effets respiratoires des moisissures de l’air dans un groupe d’enfants atopiques asthmatiques vivant en milieu urbain.

Les enfants sensibilisés aux allergènes fungiques avaient un asthme aggravé par rapport à ceux qui n’étaient pas sensibilisés, quel que soit le degré d’atopie.

L’exposition aux moisissures de l’air extérieur était reliée de façon plus forte aux symptômes d’asthme, alors que l’exposition dans l’air intérieur semblait augmenter les exacerbations. Les variations de l’exposition aux moisissures de l’air extérieur étaient associées de façon significative au nombre de jours symptomatiques.

Après contrôle de l’exposition extérieure, seule l’exposition intérieure à Penicillium modifiait à la fois les symptômes et les consultations non programmées.

Les effets différents de l’exposition aux moisissures, dans l’air extérieur par rapport à l’air intérieur, pourraient être liés à l’intensité de l’exposition : l’exposition dans l’air intérieur pourrait être une source d’exposition plus forte et plus longue, par rapport aux expositions externes qui sont plus courtes.

Les résultats de cette étude suggèrent que la sensibilisation et l’exposition aux allergènes des moisissures contribuent de façon indépendante à la morbidité asthmatique chez les enfants asthmatiques vivant en milieu urbain, et que cet effet est lié à l’exposition aux moisissures de l’air extérieur et à Penicillium dans l’air intérieur. Ceci ouvre le champ à de nouvelles possibilités de stratégie d’intervention sur le contrôle de l’environnement dans ces populations.

En pratique, l’exposition aux moisissures devrait être considérée comme une source potentielle de mauvais contrôle de l’asthme dans cette population d’enfants asthmatiques atopiques.