Les jumeaux asthmatiques sont-ils sans gène ?

jeudi 15 juillet 2010 par Dr Philippe Carré732 visites

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Les jumeaux asthmatiques sont-ils sans gène ?

Les jumeaux asthmatiques sont-ils sans gène ?

jeudi 15 juillet 2010, par Dr Philippe Carré

La maladie asthmatique est liée à des facteurs génétiques et environnementaux, avec des variations individuelles dans son expression. Les auteurs ont effectué une étude de jumeaux asthmatiques pour analyser différents facteurs de variabilité, et notamment l’influence du sexe et de l’âge dans la transmission héréditaire.

Estimation de la transmission de l’asthme dans une large population de jumeaux. : S. F. Thomsen 1 , S. van der Sluis 2 , K. O. Kyvik 3,4 , A. Skytthe 3 , V. Backer 1

1 Department of Respiratory Medicine, Bispebjerg Hospital, Copenhagen, Denmark , 2 Department of Biological Psychology, Vrije Universiteit, Amsterdam, The Netherlands , 3 The Danish Twin Registry, Institute of Public Health and 4 Institute of Regional Health Services Research, University of Southern Denmark, Odense, Denmark

dans Clinical & Experimental Allergy
Volume 40 Issue 7, Pages 1054 - 1061

- Contexte :

  • L’asthme est une maladie complexe caractérisée par des symptômes de sifflements, dyspnée, oppression respiratoire et toux.

- Objectif :

  • Etudier la contribution relative des facteurs génétiques et environnementaux dans la responsabilité de la survenue de l’asthme dans un grand échantillon de jumeaux.

- Méthodes :

  • Les données concernant l’asthme de 21135 paires de jumeaux, âgés de 3 à 71 ans, ont été collectés à partir du registre danois des jumeaux, via un questionnaire de surveillance multidisciplinaire
  • Les estimations de transmission ont été calculées en utilisant des modèles composés de variance.

- Résultats :

  • Un jumeau monozygote avait approximativement un risque 6 fois plus élevé d’asthme alors qu’un jumeau dizygote avait seulement un risque approximativement 3 fois plus élevé par rapport à la population générale, si son co-jumeau ou jumelle était affecté
  • La différence était plus grande chez les hommes
  • L’agrégation familiale de l’asthme chez les enfants et les adolescents était principalement expliquée par des facteurs génétiques additifs, mais l’environnement habituel était aussi important
  • La transmission de l’asthme était aussi substantielle chez les adultes de 20 à 49 ans
  • Chez les sujets plus âgés (50 à 71 ans), les facteurs génétiques additifs n’influençaient pas de façon significative le risque de maladie.

- Conclusion :

  • Les influences génétiques concernant l’asthme sont substantielles tout au long de la vie, mais la proportion de la responsabilité des facteurs génétiques dans la survenue de l’asthme est diminuée chez les adultes les plus âgés.

Dans cette étude sur l’apparition et l’évolution de l’asthme chez 21135 paires de jumeaux, les auteurs montrent que :
- le risque d’asthme est 6 fois plus élevé chez les jumeaux homozygotes et 3 fois plus élevé chez les dizygotes que dans la population générale
- cette différence est plus importante dans le sexe masculin
- chez les enfants et les adolescents, les facteurs environnementaux sont aussi importants
- les facteurs génétiques sont nettement moins importants dans le groupe des sujets plus âgés (50 à 71 ans).

L’importance relative des facteurs héréditaires sur l’évolution de l’asthme décroit donc avec le temps, d’autant plus que l’âge est plus élevé, alors que les facteurs environnementaux deviennent plus importants.

Cette constatation pourrait aussi témoigner d’un biais dans le recueil des données, par la confusion entre asthme vrai et BPCO dans les tranches d’âge élevées ; mais elle pourrait aussi être liée au fait que les modifications de l’environnement au fil des années augmenteraient l’expression des gènes, ce qui conduirait à une influence plus grande de la transmission héréditaire dans les cohortes de sujets plus jeunes.

L’étude repose sur le recueil de données rétrospectives, et pourrait biaiser aussi les estimations de prévalence, mais les auteurs ont validé leur protocole dans des études antérieures, et ce facteur confondant semble limité.

Les influences génétiques concernant l’asthme sont donc substantielles tout au long de la vie, mais leur responsabilité est diminuée chez les adultes les plus âgés.