Mais quel allergène se cache dans notre baguette ?

vendredi 24 septembre 2010 par Dr Céline Palussière1495 visites

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Mais quel allergène se cache dans notre baguette ?

Mais quel allergène se cache dans notre baguette ?

vendredi 24 septembre 2010, par Dr Céline Palussière

Sensibilisation à la farine de lupin : est-elle relevante cliniquement ? : De Jong, N. W., Van Maaren, M. S., Vlieg-Boersta, B. J., Dubois, A. E. J., De Groot, H. and Gerth van Wijk, R. (2010),

Sensitization to lupine flour : is it clinically relevant ?.

dans Clinical & Experimental Allergy, 40 : 1571–1577. doi : 10.1111/j.1365-2222.2010.03496.x

- Contexte :

  • Lupinus angustifolius (lupin bleu) est utilisé dans l’alimentation humaine et animale.
  • Actuellement, le contenu en lupin varie de 0 à 10% dans le pain et de 0.5% à 3% dans les pâtisseries.
  • Bien que la farine de lupin soit présente dans de nombreux produits, les anaphylaxies à la farine de lupin sont rarement observées.

- Objectifs :

  • Le but de notre étude était la détermination de la relevance clinique de la sensibilisation à la farine de lupin.

- Méthodes :

  • D’octobre 2004 à octobre 2005, nous avons réalisé des prick tests (SPT) avec des extraits de farine de lupin, d’arachide et de soja chez des patients consultant dans notre clinique allergologique pour une suspicion d’allergie alimentaire.
  • Chez les patients sensibilisés à la farine de lupin, des tests de provocation par voie orale en double aveugle contre placébo (DBPCFC) ont été menés, et les IgE spécifiques étaient mesurées.

- Résultats :

  • Nous avons testé 372 patients.
  • Les SPT avec l’arachide, le soja et la farine de lupin étaient positifs chez 135, 58 et 22 patients, respectivement.
  • Neuf patients sensibilisés au lupin ont subi un DBPCFC, qui a été négatif dans 8 cas.
  • Un patient a en revanche présenté des symptômes significatifs.
  • Quatre de ces neuf patients suspectaient le lupin en raison de leur histoire clinique.
  • Deux autres patients ayant une histoire clinique positive pour le lupin ont refusé le test de provocation.
  • Chez ces patients, un journal diététique sur trois jours a permis de voir qu’ils pouvaient consommer du lupin sans symptômes.
  • Les IgE spécifiques sériques étaient positifs pour Lupinus angustifolius, arachide et soja chez tous les 9 patients.

- Conclusion :

  • Ces résultats démontrent que l’allergie clinique au lupin est très rare, même en présence d’une sensibilisation à la farine de lupin
  • La prévalence estimée de l’allergie au lupin, parmi des patients suspects d’allergie alimentaire, référée dans un centre d’allergologie aux Pays Bas est de 0.27-0.81%.
  • Dans la plupart des cas, mais pas tous, la sensibilisation n’est pas cliniquement relevante, et est plus probablement liée à une réactivité croisée avec l’arachide.
  • Dans des cas sélectionnés, les doses réactogènes sont basses et peuvent entrainer des réactions significatives.

En allergologie alimentaire, les allergènes cachés sont responsables de réactions potentiellement graves, dont le diagnostic est par définition difficile. Cette étude se porte sur le lupin, dont l’utilisation comme adjuvant est de plus en plus répandue en boulangerie et en pâtisserie : jusqu’à 10% de la farine utilisée.

L’exposition se renforçant, les cas d’allergies augmentent aussi. Les auteurs ont ici cherché à déterminer la relevance clinique des tests cutanés et biologiques positifs pour les extraits de lupin.

Plus que de sensibilisation, il faut ainsi parler de réactivité cutanée ou sérique, puisque a priori, le mécanisme dynamique de l’apparition de cette réactivité n’est pas connu.

Les auteurs ont donc réalisé des prick tests pour le soja, le lupin et l’arachide, chez les patients consultant pour une suspicion d’allergie alimentaire. Il n’y a donc aucune sélection des patients, pas d’orientation selon leur symptômes, leur alimentation ou leur pollinose potentielle.

Sur 372 patients testés, 22 sujets avaient un prick positifs, et parmi eux, 9 ont subi un TPO pour le lupin. Celui ci s’est avéré négatif dans 8 cas.

Les auteurs concluent donc en appuyant sur la rareté des réactivités cutanées et sériques au lupin, et leur faible responsabilité dans les réactions cliniques.

Pour nous français, qui avons la chance de disposer des données du Réseau d’Allergologie Vigilance, ces résultats sont étonnants. En effet, en 2010, 33 cas d’anaphylaxies dues au lupin avaient été déclarées (par comparaison, 110 déclarations pour l’arachide) : des réactions généralisées pas si rares que ça...

Comment expliquer ces discordances de résultats ? Un élément de réponse se situe vraisemblablement dans la méthodologie de l’étude. Les patients ne sont pas sélectionnés, les tests (cutanés, sériques, ou de provocation) sont réalisés sans distinction. Où l’on voit encore que la prévalence d’une pathologie ne vaut que pour une population définie, et qu’elle est difficile à extrapoler.

Un autre élément de réponse serait aussi donné par le diagnostic moléculaire, qui manque ici. En effet, la réactivité au lupin n’a certainement pas la même conséquence clinique selon qu’elle entre dans le cadre d’une allergie aux Fabacées (dont arachide) que dans celui d’une pollinose, par réactivité croisées avec les Bétulacées par exemple. Pour la défense des auteurs, les allergènes du lupin ne sont pas tous identifiés.

La confrontation des données cliniques et des résultats du diagnostic moléculaire apporterait ainsi de très précieuses informations quant au sujet de cette étude !