A quels allergènes réagissent les allergiques au lait ?

jeudi 21 octobre 2010 par Dr Céline Palussière800 visites

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A quels allergènes réagissent les allergiques au lait ?

A quels allergènes réagissent les allergiques au lait ?

jeudi 21 octobre 2010, par Dr Céline Palussière

Biopuce et évaluation de l’activité allergénique des allergènes du lait : Hochwallner, H., Schulmeister, U., Swoboda, I., Balic, N., Geller, B., Nystrand, M., Härlin, A., Thalhamer, J., Scheiblhofer, S., Niggemann, B., Quirce, S., Ebner, C., Mari, A., Pauli, G., Herz, U., Van Tol, E., Valenta, R. and Spitzauer, S. ,

Microarray and allergenic activity assessment of milk allergens.

dans Clinical & Experimental Allergy, no. doi : 10.1111/j.1365-2222.2010.03602.x

- Contexte :

  • L’allergie au lait est une des plus fréquentes causes d’allergie alimentaires, touchant approximativement 2.5% des nourrissons au cours de leurs premières années de vie.
  • Seulement peu d’informations concernant l’activité allergénique des allergènes individuels du lait de vache dont cependant disponibles.

- Objectifs :

  • Analyser la fréquence d’IgE réactivité et déterminer l’activité allergénique des allergènes individuels du lait de vache.

- Méthodes :

  • Une biopuce basée sur nitrocellulose, utilisant des allergènes naturels purifiés et des allergènes recombinants du lait de vache, a été utilisée pour déterminer le profil d’IgE réactivité du sérum de 78 sujets sensibilisés au lait de vache, d’âge variable.
  • L’activité allergénique des allergènes individuels était testée en utilisant les sérums des patients, sur l’activité de basophiles issus de leucémie de rats (RBL) exprimant la chaîne alpha du récepteur humain Fc ε RI.

- Résultats :

  • Grâce à l’utilisation de la biopuce et du test RBL, les allergènes du lait de vache était testés sur la fréquence de reconnaissance des IgE et l’activité allergénique.
  • De plus, le test RBL a permis de distinguer les individus sans réaction clinique, ou avec réaction légère, de ceux présentant des réactions sévères systémiques ou gastro-intestinales, ainsi que les personnes dont l’allergie au lait de vache a cédé.

- Conclusions :

  • Le diagnostic moléculaire utilisant les biopuces avec les allergènes du lait et les tests RBL semble fournir des informations utiles supplémentaires pour le diagnostic, et peut représenter une base pour les formes futures de stratégies prophylactiques et thérapeutiques de l’allergie au lait de vache.

L’allergie au lait de vache peut revêtir des aspects très variables, de par les symptômes présentés, leur gravité, l’évolution de l’allergie. Un enjeu majeur de l’allergologie est d’en évaluer les tenants et les aboutissants, en posant un diagnostic le plus précis possible et en adaptant la stratégie prophylactique et thérapeutique.

Le diagnostic moléculaire permet d’apporter certains éléments de réponse, puisque les différents allergènes du lait de vache n’ont pas la même implication clinique.

Les auteurs de cette étude ont étudié la fréquence d’IgE réactivité des principaux allergènes du lait de vache, sur 78 sérums réactifs au lait de vache, quels que soient les tableaux cliniques présentés (pour certains, simple réactivité sérique sans symptômes).

Pour ce faire, une biopuce fixant des allergènes recombinants du lait ou naturels purifiés a été utilisée, permettant de déterminer les allergènes les plus fréquemment reconnus.

La réactivité sérique pour les allergènes naturels purifiés est la plus importante pour l’alpha-lactalbumine (62.8%), puis la béta-lactoglobuline et l’alpha-caséine (50% chacun), alors que la lactoferrine, la sérum albumine bovine et la sérum albumine de mouton ne sont reconnues que par moins de 5% des sérums.

Les résultats sont un peu différents avec l’utilisation de protéines recombinantes, avec une fréquence plus importante le l’alpha-caséine S1 et de la béta-caséine, puis arrivent l’alpha-lactalbumine, la béta-lactoglobuline, la kappa-caséine. Ces différences s’expliquent par les modifications post-traductionnelles des protéines naturelles et leur contamination dans les extraits.

L’activité allergénique est évaluée à travers l’expression du récepteur humain Fc ε RI après exposition de basophiles de rats aux différents allergènes.

Ce test d’activation des basophiles est systématiquement positif en cas de réaction clinique importante, et faiblement positif, ou négatif, en cas de sensibilisation sans clinique. Une étude a aussi montré que les résultats étaient plus faibles chez les enfants en voie de guérison d’une allergie au lait.

L’intérêt de cette étude repose notamment sur la corrélation entre la biologie et la clinique. Le diagnostic moléculaire et le test d’activation des basophiles apportent des informations très complémentaires, qui ouvrent des perspectives passionnantes.

Le profil de réactivité sérique est associé à des réactions spécifiques, et leur détermination apporte des éléments utiles pour la prise en charge des patients.

Bien sur, l’allergologie moléculaire ne saurait répondre à toutes les questions posées, mais elle est un outil supplémentaire qui permet de guider le clinicien. Les tests d’activation des basophiles permettent de compléter cette approche moléculaire.

Une des idées en arrière fond est de trouver des alternatives au gold-standard actuel, le test de provocation par voie orale, qui n’est pas dénué de risque pour le patient, et encombre les services hospitaliers.

Ce travail de recherche ouvre donc des perspectives intéressantes quant à l’utilisation des nouveaux outils diagnostiques en pratique clinique.