Les allergiques à l’arachide ont-ils droit à un peu d’exotisme ?

jeudi 9 décembre 2010 par Dr Céline Palussière2905 visites

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Les allergiques à l’arachide ont-ils droit à un peu d’exotisme ?

Les allergiques à l’arachide ont-ils droit à un peu d’exotisme ?

jeudi 9 décembre 2010, par Dr Céline Palussière

Caractérisation des relations entre l’allergie au sésame, à la noix de coco et aux fruits à coque chez l’enfant. : Stutius, L. M., Sheehan, W. J., Rangsithienchai, P., Bharmanee, A., Scott, J. E., Young, M. C., Dioun, A. F., Schneider, L. C. and Phipatanakul, W. (2010),

Characterizing the relationship between sesame, coconut, and nut allergy in children.

dans Pediatric Allergy and Immunology, 21 : 1114–1118. doi : 10.1111/j.1399-3038.2010.00997.x

- Contexte :

  • Le sésame et la noix de coco sont des allergènes alimentaires émergents aux Etats Unis.

- Objectifs :

  • Nous avons voulu examiner si les enfants allergiques à l’arachide et aux noix ont un risque accru de développer une allergie au sésame ou à la noix de coco.

- Méthodes :

  • Nous avons réalisé une étude rétrospective d’enfant ayant subi des tests cutanés (SPT) au sésame et à la noix de coco, et ainsi identifié 191 enfants ayant eu des SPT au sésame et 40 à la noix de coco.

- Résultats :

  • La sensibilisation au sésame était plus fréquente chez les enfants ayant des SPT positifs pour l’arachide (odds ratio [OR] = 6.7, intervalle de confiance [CI] [2.7-16.8], p < 0.001) et pour les noix (OR = 10.5%, CI 95% [4.0-27.7], p< 0.001).
  • Les enfants ayant une histoire clinique de réaction avec à la fois l’arachide et la noix étaient les plus à risque d’histoire clinique de réaction avec le sésame (OR = 10.2%, CI 95% [2.7-38.7], p< 0.001).
  • Les enfants ayant une sensibilisation ou une allergie à l’arachide ou aux noix n’étaient pas plus susceptibles de sensibilisation ou d’allergie à la noix de coco.

- Conclusion :

  • En conclusion, les enfants avec une sensibilisation à l’arachide ou à la noix étaient plus susceptibles d’être sensibilisés au sésame mais pas à la noix de coco.
  • Les enfants avec histoire clinique d’allergie à la fois à la noix et à l’arachide étaient plus susceptibles d’être allergique au sésame.

Le sésame et la noix de coco sont consommés de plus en plus fréquemment dans nos pays occidentaux, et ils deviennent ainsi des allergènes alimentaires de plus en plus fréquents.

Les auteurs de cette étude ont cherché à savoir si l’allergie à l’arachide ou aux fruits à coque constituait un facteur de risque pour ces nouvelles allergies alimentaires.

Il s’agit d’une étude rétrospective sur dossiers de 191 enfants ayant eu des tests cutanés positifs pour le sésame, et de 40 enfants ayant eu des tests positifs pour la noix de coco.

Les enfants ayant eu des tests cutanés positifs pour l’arachide avaient près de 7 fois plus de risque d’avoir aussi des tests cutanés positifs pour le sésame. Ceux qui avaient une histoire clinique pour l’arachide ou la noix voyaient ce risque multiplié par 10. En ce qui concerne la noix, les tests cutanés positifs pour la noix entrainaient un risque de tests positifs pour le sésame multiplié par 10.

Chez ces enfants, les résultats des tests cutanés pour la noix de coco n’étaient pas influencés par les tests cutanés à l’arachide ou aux noix.

Cette analyse de dossiers clinique comporte des biais de sélection et n’a pas de groupe contrôle permettant de parler d’authentique facteur de risque.

Il est encore plus difficile de parler de réaction croisée, comme on pourrait le croire à la lecture du titre de l’article. La relation entre ces différentes allergies alimentaires est étudiée sur le plan statistique uniquement, et non sur une quelconque parenté moléculaire.

Le sésame est pourtant partiellement analysé sur le plan moléculaire. On sait que les allergènes majeurs du sésame appartiennent aux mêmes familles que ceux de l’arachide : 2S albumines, 7S globulines, 11S albumines, vicilines, oléosine...Mais les pourcentages d’identité entre ces allergènes du sésame et leurs homologues de l’arachide sont faibles : entre 30% et 50%, ce qui laisse penser qu’il y a le plus souvent une double sensibilisation plutôt qu’une allergie croisée.

Les allergènes de la noix de coco sont moins bien connus : ont été identifiés une 11S globuline et une viciline.

Au total, on retient de cet article une analyse statistique des résultats de tests cutanés pour l’arachide, le sésame et la noix de coco, permettant d’orienter l’interrogatoire et les tests cutanés en cas d’allergie à l’arachide ou aux fruits à coque.