Je connaissais l’allergie au boulot mais pas à la sueur…

mercredi 27 avril 2011 par Dr Alain Thillay4311 visites

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Je connaissais l’allergie au boulot mais pas à la sueur…

Je connaissais l’allergie au boulot mais pas à la sueur…

mercredi 27 avril 2011, par Dr Alain Thillay

Désensibilisation rapide à la sueur autologue dans l’urticaire cholinergique. : Takeshi Kozaru, Atsushi Fukunaga, Kumiko Taguchi, Kanako Ogura, Tohru Nagano, Masahiro Oka, Tatsuya Horikawa and Chikako Nishigori

dans Allergology international

- Contexte :

  • La majorité des patients atteints d’urticaire cholinergique présente une forte hypersensibilité à la sueur autologue.
  • Les patients atteints d’urticaire cholinergique grave sont souvent résistants aux antagonistes H1 qui sont utilisés dans les thérapies conventionnelles pour les différents types d’urticaire.
  • Il a été rapporté que la désensibilisation avec les antigènes partiellement purifiés de la sueur avait été efficace chez un patient présentant une urticaire cholinergique.

- Méthodes :

  • L’objectif de cette étude était de déterminer l’intérêt de la désensibilisation rapide à la sueur autologue dans l’urticaire cholinergique grave, compte tenu du fait que celle-ci s’est avérée être une immunothérapie rapide et efficace contre les allergies à divers allergènes.
  • Six patients atteints d’urticaire cholinergique grave résistant aux antagonistes H1 et ayant une hypersensibilité à la sueur ont été enrôlés dans un protocole de désensibilisation rapide.

- Résultats :

  • Chez ces six patients, les réponses des tests cutanés à la sueur autologue ont été atténuées après désensibilisation rapide à la sueur autologue.
  • Deux des trois patients atteints d’urticaire cholinergique ont montré une réduction de la libération d’histamine par la sueur autologue après la désensibilisation rapide.
  • En outre, la désensibilisation rapide et le traitement d’entretien prescrit ensuite ont réduit les symptômes chez cinq des six patients.

- Conclusions :

  • Cette étude fournit la preuve que la désensibilisation rapide à la sueur autologue est bénéfique dans la prise en charge thérapeutique des patients souffrant d’urticaire cholinergique résistant au traitement conventionnel et ayant une hypersensibilité à la sueur.

Cette étude japonaise est pour le moins surprenante. Elle fait œuvre d’auto-gratulation scientifique et de sophisme. Ces mêmes auteurs auraient démontré dans deux travaux antérieurs que les patients atteints d’urticaire cholinergique souffriraient d’une importante réaction à leur propre sueur !

Ainsi, dans une première étude de 2005 publiée dans le JACI, les auteurs montrent que chez 17 patients sélectionnés cliniquement comme étant atteints d’une urticaire cholinergique, onze d’entre eux montraient une hyperréactivité cutanée à leur propre sueur ; pas de groupe témoins.

La même équipe, dans une étude publiée en 2009 dans le Br J Dermatology suggère que, chez des patients souffrant d’urticaire cholinergique, à priori, de façon significative comparativement à un groupe de témoins, leurs basophiles libèrent plus d’histamine dans une solution additionnée d’un extrait semi-purifié de leur propre sueur.

Cette réponse serait corrélée à de plus hauts taux d’IgE totales sériques et d’éosinophilie du sang périphérique.

Les patients ainsi sélectionnés, test de dégranulation des basophiles positif à la sueur autologue avec IgE totales et éosinophilie élevées, sont plus souvent atteints de dermatite atopique et/ou d’asthme.

C’est ainsi qu’à lire le présent article, on comprend qu’il est fortement suggéré que le mécanisme de réactivité à la sueur est IgE dépendant chez les patients souffrant d’urticaire cholinergique.

C’est ce qui est écrit en préambule, puisque l’immunothérapie spécifique a montré son efficacité dans nombre de maladies allergiques IgE dépendantes, puisqu’il existerait une corrélation entre urticaire cholinergique et terrain atopique, alors cette immunothérapie spécifique se devrait d’être aussi efficace dans ce cas.

Pour tenter de comprendre cette étude, j’ai dû me procurer le texte intégral.

Quelques constats : pas de groupe témoins, recrutement sur critères cliniques, parmi les six patients trois sont atopiques, pas d’immunoblot ou autre sur l’extrait de sueur, pas de recherche d’IgE réactivité sur ce même extrait, petit échantillon de patient, pas de groupe témoin, j’en oublie sûrement.

Chez les six patients ayant subi l’immunothérapie spécifique accélérée, les auteurs avancent que tous ont une diminution de la réactivité cutané, lors des tests effectués avec l’extrait partiellement purifié de sueur autologue au millième.

J’ai les résultats sous les yeux en tapant cela et je puis vous assurer que les différences sont vraiment minimes, et, bien sûr, pas de comparaison à un groupe témoins.

Le test de libération de l’histamine par les basophiles pratiqués chez les patients 1, 3 et 4 sembleraient en diminution, mais là aussi pas de comparaison, pas de test statistique.

De même, beaucoup moins d’accès d’urticaire chez ces patients désensibilisés.

En clair, l’urticaire cholinergique ne serait pas plus cholinergique que cela mais IgE dépendant.

En tous cas, il faudra confirmer cette hypothèse par la mise en évidence du ou des protéines IgE réactives contenues dans la sueur.

La sueur est un ultra-filtrat plasmatique appauvri en NaCl et en glucose, sans protéine plasmatique mais additionné de petites quantités de polypeptides et protéines de faible poids moléculaire d’origine sudoripare (notamment des sialomucines, des enzymes protéolytiques et de l’epidermal growth factor [EGF], probablement sécrétés par les cellules sombres), acidifié (acides lactique et pyruvique) et enrichi en ammoniaque.

Il existe donc des candidats à l’IgE réactivité, toutefois, pour le moment, je resterai très dubitatif…