2 mg de dexaméthasone, 60 mg de prednisone… : qui dit mieux ? A vo’t bon poumon m’ssieurs dames !

jeudi 28 avril 2011 par Dr Philippe Carré1956 visites

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2 mg de dexaméthasone, 60 mg de prednisone… : qui dit mieux ? A vo’t bon poumon  m’ssieurs dames !

2 mg de dexaméthasone, 60 mg de prednisone… : qui dit mieux ? A vo’t bon poumon m’ssieurs dames !

jeudi 28 avril 2011, par Dr Philippe Carré

Deux jours de Dexaméthasone versus 5 jours de Prednisone dans le traitement de l’asthme aigu : Joel Kravitz, Paul Dominici, Jacob Ufberg, Jonathan Fisher, Patricia Giraldo

dans Annals of Emergency Medicine - 21 February 2011 (10.1016/j.annemergmed.2011.01.004)

- Objectif de l’étude :

  • La dexaméthasone a une demi-vie plus longue que la prednisone et sa tolérance est bonne par voie orale
  • Les auteurs ont comparé le temps nécessaire au retour à une activité normale et la fréquence de rechute après une exacerbation aigue chez des adultes recevant soit 5 jours de Prednisone soit 2 jours de Dexaméthasone.

- Méthodes :

  • Randomisation des patients adultes (âgés de 18 à 45 ans) se présentant au département des urgences avec une exacerbation aigue d’asthme (DEP à moins de 80% de la valeur optimale), pour recevoir soit 60 mg par jour de prednisone orale pendant 5 jours soit 16 mg de dexaméthasone orale pendant 2 jours
  • L’évolution était contrôlée par suivi téléphonique.

- Résultats :

  • 96 patients sous prednisone et 104 patients sous dexaméthasone ont complété l’étude et le suivi
  • Plus de patients dans le groupe dexaméthasone ont rapporté un retour à des activités normales dans les 3 jours comparativement au groupe prednisone (90% vs 80% ; différence de 10% ; IC à 95% : 0 à 20% ; p<0.049)
  • Les rechutes étaient similaires dans les 2 groupes (13% vs 11% ; différence 2% ; IC à 95% : -7 à 11% ; p=0.67).

- Conclusion :

  • Dans les exacerbations aigues d’asthme chez l’adulte, 2 jours de dexaméthasone orale est au moins aussi efficace que 5 jours de prednisone orale pour ramener les patients à leur niveau d’activité normal et prévenir les rechutes.

L’administration de corticoïdes par voie générale est un traitement de choix des exacerbations aigues d’asthme dans les services d’urgence.

Bien qu’il existe des données sur l’équivalence entre les voies orale et intraveineuse, la différence d’efficacité entre les différentes formules n’est pas claire et les recommandations sont parfois discordantes.

La dexaméthasone a la même équivalence biologique que la prednisone, mais une demi-vie plus longue (jusque 72 heures), ce qui pourrait permettre de raccourcir le traitement et ainsi améliorer l’observance.

Les auteurs ont comparé, chez 200 patients adultes passant dans un service d’urgence pour exacerbation d’asthme (définie par un DEP <80% de la valeur optimale), le temps nécessaire pour un retour à une activité normale et la fréquence de rechute entre des patients recevant 16 mg de dexamétasone orale pendant 2 jours (n=104) et des patients recevant 60 mg de prednisone orale pendant 5 jours (n=96). Il s’agissait d’une étude prospective randomisée en double-aveugle conduite entre 2004 et 2007 à Philadelphie. Le suivi était assuré par contrôle téléphonique.

Plus de patients dans le groupe dexaméthasone ont rapporté un retour à des activités normales dans les 3 jours comparativement au groupe prednisone, alors que les rechutes étaient similaires dans les 2 groupes, et ce chez des patients ayant une exacerbation légère ou modérée de leur asthme.

Cette étude vient confirmer d’autres publications concernant l’équivalence d’efficacité entre dexaméthasone (à différentes doses et par voie orale ou parentérale) et prednisone, chez l’adulte et chez l’enfant. L’avantage de la dexaméthasone est d’avoir des propriétés pharmacologiques adaptées : durée d’action jusqu’à 72 heures, longue demi-vie, excellente biodisponibilité ; son utilisation pourrait permettre de raccourcir la durée de traitement, dans des populations dont on sait que le suivi thérapeutique est médiocre à la sortie des urgences.

Il faut noter cependant que bien que la différence entre les deux médicaments soit statistiquement significative, cela ne signifie pas forcément un vrai bénéfice clinique de la dexaméthasone par rapport à la prednisone. Par ailleurs, une limite de cette étude tient au choix d’une méthode téléphonique pour le contrôle des patients, impliquant que le retour à une activité normale ait été considéré comme équivalent à un score clinique plus sophistiqué, ce qui resterait à valider. L’autre limite tient au fait que 22 % des patients enrôlés dans l’étude ont été perdus de vue pour le suivi, ce qui pourrait être un biais dans les conclusions de l’étude.